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COL L OQUE
INTERNATIONAL
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L’ENFANT
Un monde à RE-CONNAÎTRE
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Les photographies prises lors du Symposium, du Colloque international et de l'ensemble des activités
entourant cet événement sont disponibles sur la galerie souvenir du RCPEM au www.flickr.com/rcpem.
Dépôt légal – 2012
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
ISBN : 978-2-923909-40-0
© 2012 RCPEM
Entrée principale : 1854, boul. Marie
Saint-Hubert (Québec) J4T 2A9
Adresse postale : 1861, rue Prince
Saint-Hubert, (Québec) J4T 0A5
Toute reproduction partielle ou complète de ce
document par quelque procédé que ce soit,
sans l’autorisation écrite de l’éditeur, est strictement
interdite et constitue un outrage à la loi
sur la protection des droits d’auteur.
Les genres masculin et féminin ont été utilisés
de façon épicène dans ce document.
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SYMPOSIUM ET
COL L OQUE
INTERNATIONAL
2012
L’ENFANT
Un monde à RE-CONNAÎTRE
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Direction •••
Claudette Pitre-Robin
Coordination et organisation •••
Nathalie Sapina
Conception de procédés administratifs et inscription •••
Soutien technique et logistique •••
Contenu ••• Naïma Boumedine •••
Annie Rodrigue
Jean-François Beaule •••
Josée Charette •••
Pierre Gagnon •••
Cécile Hanna •••
••• Josée Leroux ••• Annie Marcotte ••• Sylvie Martel •••
••• Claudette Pitre-Robin •••
Nathalie Sapina
Comité organisateur ••• Jocelyne Bernier •••
••• Diane Héroux-Jean •••
••• Danielle Renaud •••
Équipe du RCPEM •••
Charlotte Bergeron •••
••• Carole Leclerc •••
••• Nathalie Quintin •••
Autres ressources humaines •••
Josée Charette •••
Monique Legros
Lucie Veilleux
Nathalie Blouin •••
Manon Cardinal •••
Brigitte Lépine ••• Julie Marois •••
Annie Rodrigue •••
Chantal Bellavance •••
••• Thérèse Émery •••
••• Réjean Robin •••
Nathalie Sapina •••
France Bertrand •••
Cloé Émery Brassard •••
Lise Rosa ••• Patrick Roy •••
Conception des Actes du Symposium et Colloque international 2012 •••
Rédaction et révision de textes •••
Conception graphique •••
Impression •••
Brigitte Lépine
Extragraphique •••
Imprimerie Dumaine
Lyne Picard •••
picard.lyne@videotron.ca
Josée Dumoulin •••
Sylvie Melsbach •••
Karine Tétreault
Julie Brassard •••
Manon Ferland •••
Nathalie Sapina
Loïc Côté •••
Annie Tremblay
Sylvain Duquette
Annie Marcotte ••• Céline Ricard
Cécile Hanna
Claudette Pitre-Robin
Anik Dupuis •••
Mélanie Gauthier •••
••• Annie Marcotte •••
Johanne Gauvin
Julie Marois
Johanne Pelletier
Brigitte Lépine ••• Cassandra Letartre
Sylvie Melsbach
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À
titre de ministre de la Famille, je tiens à saluer l’initiative du Symposium et Colloque
international 2012 « L’ENFANT, un monde à RE-CONNAÎTRE », organisé en mai dernier
par le Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie.
Depuis plus de 35 ans, les colloques qu’organise votre Regroupement permettent à toutes celles et
à tous ceux qui travaillent pour le bien-être des enfants de participer à des échanges enrichissants
visant à améliorer les services de garde. Le choix du thème, la grande qualité des conférenciers et le
nombre de participants issus du monde de la petite enfance ont fait de l’édition 2012 une réussite.
La thématique « L’ENFANT, un monde à RE-CONNAÎTRE » a permis de mieux comprendre qui sont
véritablement les enfants, ce qui les anime et comment ils perçoivent les choses. Les différentes
activités proposées au cours du colloque ont apporté aux participants des outils précieux dans
l’actualisation de leur rôle d’accompagnement auprès des enfants.
Le Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie place le bien-être des enfants
et des familles au cœur de ses priorités et s’implique quotidiennement pour assurer leur plein
épanouissement. C’est pourquoi je désire saluer également le travail important des partenaires qui,
comme vous, mettent tout en œuvre pour offrir aux enfants un milieu de vie stimulant et positif où
ils peuvent développer leur plein potentiel.
Mieux répondre aux besoins des enfants et des familles du Québec est une priorité du gouvernement.
Dans la poursuite de cet objectif, je me sens privilégiée de pouvoir compter sur votre collaboration,
car c’est en conjuguant nos efforts que nous pourrons offrir ce qu’il y a de mieux aux familles
québécoises.
Ministre de la Famille
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C
est avec une grande joie que j’introduis ce colloque. La petite enfance a été longtemps
boudée par maints intervenants qui commençaient à porter intérêt à l’enfant lorsqu’il
devenait capable de s’exprimer par la parole. Il y eut même un temps où le bébé était considéré
durant ses premiers mois comme une sorte de tube digestif dont la tête ne pouvait se remplir de
désirs et d’images qu’après une phase de limbes où il n’était pas encore né psychiquement. Il fallut
bien des efforts de parents et de cliniciens pour faire comprendre que la vie psychique débute dès
la naissance et même dès les derniers mois de la vie fœtale.
On sait à présent que ce petit être humain passe de sensations et de vibrations toniques à des
impressions figurales dès les premiers jours afin de se construire progressivement un univers intérieur.
Simultanément, il s’attache aux personnes gravitant autour de lui et sachant l’accompagner.
Il absorbe ainsi les ingrédients affectifs, émotifs, sensoriels fournis par un milieu d’accueil. Il met
toute son énergie pour entrer dans un véritable partenariat où lui et l’autre d’abord en partie
confondus deviennent des duos, des trios, des quatuors apprenant à se situer et à exister comme
des individualités. On ne crée donc pas un enfant. On lui permet de se créer et c’est ce processus
d’élaboration mutuelle sur lequel nous allons réfléchir.
Ce monde de la première enfance, il nous rejoint à la fois parce qu’il est celui de nos origines et à
la fois parce qu’il nous interpelle profondément dans nos responsabilités avec cette fameuse
question qui nous hante : Comment aider l’enfant à se bâtir en lui donnant ce dont il a vraiment
besoin, mais en sachant respecter ses propres mouvements afin qu’il fasse éclore ses incroyables
potentialités ? Merci à tous les organisateurs de nous convier à un tel projet. Merci à vous tous
d’être venus si nombreux. Par nos observations, nos expériences partagées, nous avons tenté de
soulever un peu le voile sur ce monde qui a été le nôtre et qui est devenu notre champ professionnel.
Cet univers de l’enfance, il nous déroute, nous angoisse parfois, nous plonge en partie dans
l’inconnu, mais il nous enchante et nous enrichit car le meilleur professeur de l’enfance, ce ne sont
pas nos livres et nos conférences, c’est ce que le petit enfant nous dit et nous révèle si nous savons
le regarder et l’écouter.
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L
e Symposium et Colloque international 2012 a été un moment fort pour l'ensemble des CPE
de la Montérégie et des professionnels de la petite enfance. Quelle générosité de la
part des conférenciers et conférencières, qui ont accepté de partager leur grand savoir et la réflexion
qu'ils mènent dans leurs champs d'expertise respectifs à propos de l'enfant, cœur de nos actions.
Les retombées d'un tel événement sont importantes non seulement pour nous, qui accueillons
quotidiennement les tout-petits dans nos installations et nos milieux familiaux, mais également
pour les organisations ou les individus qui cheminent dans une même volonté de connaissance et
de re-connaissance du monde de l'enfant.
La tenue d'événements majeurs comme celui du colloque du Regroupement a un impact direct sur
nos milieux et sur les enfants. Nous avons rarement l'opportunité d'entendre des sommités, des
experts, les meilleurs réunis dans un même lieu, nous entretenir des théories et des recherches scientifiques
aussi bien que de l'historique de certaines approches pédagogiques ou de leur déploiement,
ailleurs dans le monde. L'instant d'une fin de semaine, la Montérégie s'est retrouvée au carrefour
des connaissances, offrant à ses membres et à ses partenaires une source inestimable en terme
d'inspiration humaniste.
Profitons de la publication de ce document pour revivre ces moments exceptionnels et pour les
partager et les faire vivre aux personnes qui n'ont pas pu y être, mais qui souhaitent aussi poser un
regard renouvelé sur le monde de l'enfant.
Un grand merci à la directrice générale du Regroupement pour son acharnement à rendre possible
de tels événements, à son équipe pour la grande disponibilité dont elle fait preuve et à toutes les
autres personnes qui se sont impliquées de près ou de loin dans cet événement, dont les bénévoles
sans qui ce Colloque n'aurait pu être tenu.
Au plaisir de vous revoir au prochain rendez-vous !
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N
ous avions de grandes attentes pour ce Symposium et Colloque international 2012 qui
réunissait des conférenciers exceptionnels, devant le nombre record d’inscriptions, devant
la convergence de nos passions respectives pour la petite enfance et je me dois de dire que nous
n’avons pas été déçus. Cet événement a su toucher chacun d’entre nous qui avons eu la chance d’y
participer et il marquera ainsi tout le réseau des centres de la petite enfance.
La thématique du Colloque, « L’ENFANT, un monde à RE-CONNAÎTRE » nous invitait à changer
notre regard, à regarder le monde tel qu’un enfant le regarde, à enrichir nos connaissances, à
partager des savoirs, à échanger sur des idées et c’est ce que nous avons pu faire tout au cours des
diverses activités auxquelles nous étions conviés. Plus encore, nous avons pu rêver le monde que
l’on veut pour nos enfants, nous avons pu voir le monde tel que nous souhaiterions qu’ils y vivent.
Merci donc aux conférenciers venus de divers coins du monde, aux parents, aux éducatrices en
petite enfance, aux responsables d’un service de garde en milieu familial, aux conseillères pédagogiques,
aux gestionnaires, aux autres membres des personnels des services de garde, aux enseignants
et aux partenaires de toutes les régions du Québec et d’ailleurs. Merci de tout cœur à
chacun de vous et un merci tout particulier à ce grand homme de cœur et d’humanité, le docteur
Michel Lemay, président d’honneur de notre événement.
Ces Actes du Symposium et Colloque international 2012 vous permettront de revivre et de garder
bien vivant le souvenir de votre participation au moment magique que fut ce Colloque. Pour ceux
qui n’ont pas eu ce privilège, nous espérons qu’il vous permettra de nous rejoindre dans ce grand
rêve.
Bonne lecture.
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09 •••
10 •••
28 •••
62 •••
LES CONFÉRENCES
RÉSUMÉS DE TEXTES DU SYMPOSIUM
RÉSUMÉS DE TEXTES DU COLLOQUE
RÉSUMÉS DE TEXTES DU COLLOQUE PARENTS ET
RSG EN MILIEU FAMILIAL
68 •••
72 •••
CONCOURS DE PHOTOGRAPHIES : un regard sur l'enfant
CARNET SOUVENIR
•••
Un rendez-vous petite enfance mémorable
••• Événement S.O.S Planète
••• Le Salon du livre, un lieu de rencontre et d'enrichissement
••• Se retrouver en équipe...
••• Une équipe indispensable !
•••
Lancement du coffret de DVD intitulé Lóczy vu par...
Myriam David, Maria Vincze, Judit Falk, Geneviève Appell et Anna Tardos
••• Les partenaires du Symposium et Colloque
7
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SYMPOSIUM
01 REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
L’enfant en 2012
Bernard GOLSE
Le stress et le très jeune enfant : Quoi observer ?
Que faire ?
Ashley WAZANA
Prévention, promotion de la santé et développement
de l’enfant : enjeux, défis et impact
Christine COLIN
L’importance du lien que l’on crée avec l’enfant
Anna TARDOS
L’importance de la famille pour l’enfant
Michel MANCIAUX
Tout ne se joue pas avant 6 ans
Michel LEMAY
02 PANEL
Animation : Stéphan BUREAU
Panellistes : Bernard GOLSE, Christine COLIN, Anna
TARDOS, Michel MANCIAUX et Michel LEMAY
COLLOQUE
03
04
L’ENFANT, un monde à RE-CONNAÎTRE
Charles E. CAOUETTE
Des sens au sens
Bernard GOLSE
05 ÉTINCELLE
06 Pour une gestion au service de la mission
07 Observer un enfant pour mieux le connaître
08 Reggio Emilia, comme si nous y étions
Accueillir l’enfant • théâtre-forum
COLLOQUE PARENTS ET RSG en milieu familial
Michel BÉLANGER
Alain LEBEL
Dale GOLDHABER et Jeanne GOLDHABER
09
10
11
Pour amorcer une réflexion…
Michel MANCIAUX
L’importance du lien que l’on crée avec l’enfant
Anna TARDOS
Perdus sans la nature
François CARDINAL
01
Pour les parents :
L’enfant : centre des préoccupations de l’administrateur
Louise CHAMPOUX-PAILLÉ
Pour les RSG en milieu familial :
Accueillir l'enfant • théâtre-forum
ÉTINCELLE
02 Comprendre le monde de l’enfant
Jean EPSTEIN
03
L’approche Pikler-Lóczy, grandir autrement
Bernard MARTINO
04 La valeur ludique d’une aire de jeu
Sylvie MELSBACH
9
12
14
15
L’alimentation en service de garde
Stéphanie CÔTÉ
13 Reggio Emilia : mission bien-être
Lella GANDINI
L’attachement
Michel LEMAY et Michel MANCIAUX
Développement de la motricité au premier
âge selon Emmi Pikler
Agnès SZANTO-FEDER
16 Aménagement comestible et écologique
Ismael HAUTECOEUR
17 Entre collègues, des relations de qualité • théâtre-forum
ÉTINCELLE
18
19
L’enfant et sa famille
Vania JIMENEZ
L’enfant qui bouge trop
Bernard GOLSE
ACTIVITÉS DE CLÔTURE
Le monde de l’enfant
20 ÉTINCELLE
PANEL
Animation : Stéphan BUREAU
Panellistes : Michel LEMAY, Anna TARDOS, Michel
MANCIAUX, Agnès SZANTO-FEDER, Marie-France
DUCAS, Cassandra LETARTE, Mélanie GAUTHIER et
Claudette PITRE-ROBIN
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01
REGARDS CROISÉS SUR
LA PETITE ENFANCE
les victoires progressives sur l’infertilité des couples et les
avancées considérables de l’Assistance Médicale à la ProcréaL’ENFANT
EN 2012
Bernard Golse
Pédopsychiatre et psychanalyste • France
on sait que l’accueil de l’enfant par ses parents dépend en
grande partie des représentations mentales que ceux-ci se sont
forgées à son sujet. Ces représentations mentales que Michel
soulé appelait « les bébés-dans-la-tête » constituent l’enfant
dit « imaginaire » dont on décrit habituellement en quatre
composantes principales : l’enfant fantasmatique (groupe de
représentations inconscientes propres à chacun des deux parents),
l’enfant rêvé par le couple (groupe de représentations
conscientes et préconscientes), l’enfant narcissique (Freud) et
l’enfant dit mythique ou culturel, enfin (lebovici). C’est cet
enfant mythique ou culturel qui nous permet le mieux de
réfléchir à la question de l’enfant aujourd’hui.
tion n’ont fait que renforcer ces différents courants d’évolution
qui sous-tendent le mythe de l’enfant parfait. Mais, dans le
même temps, l’enfant se doit d’être le plus rapidement possible
autonome, c’est-à-dire le moins longtemps bébé afin
de ne pas trop interférer avec le travail des parents qui est
souvent prioritaire avant la naissance de l’enfant et qui doit
ensuite être rapidement repris.
le trait est sans doute un peu forcé, mais il comporte cependant
sa part de vérité. on notera, par exemple, que les prétendus
progrès de la puériculture vont souvent dans le sens
d’un éloignement progressif, mais rapide, du corps du bébé
et de celui de l’adulte (évoquons ici ces petits transats en tissu
éponge qui permettent de donner le bain aux bébés sans
risque de glissade ou de... noyade !).
Comme s’il fallait qu’assez vite, le bébé dispose de son propre
espace corporel et comportemental distinct de celui de ses
parents. sociologiquement au moins, la fusion n’est plus dans
l’air du temps, mais ceci nous amènera peut-être à rappeler
que parmi les droits de l’enfant il y a, tout simplement, le droit
à l’enfance !
De ce fait, il est l’objet d’un triple risque :
-
celui d’être attendu par des adultes dont les représentations
mentales le concernant sont devenues trop rigides et
trop figées, et qui ne sont donc pas suffisamment prêts à
l’imprévu dont le nouveau-né est toujours porteur ;
Chaque époque, chaque société, chaque groupe culturel élabore,
en effet, ses représentations spécifiques de l’enfance et
celles-ci imprègnent, qu’on le veuille ou non et qu’on le sache
ou non, le fonctionnement psychique des adultes qui composent
ces groupes, à savoir les parents ou les futurs parents.
Dans notre société, par exemple, l’enfant est devenu de plus
en plus précieux (parce que de plus en plus rare compte tenu
de la diminution progressive de la taille des fratries), de plus en
plus tardif (l’âge des mères à la première grossesse a régulièrement
augmenté jusqu’à récemment) et il se doit également
d’être de plus en plus parfait (au fur et à mesure des progrès
des techniques biomédicales pré- et périnatales).
10
-
celui de ne pas avoir le temps suffisant d’être un bébé du
fait des exigences qu’on lui impose d’être trop vite autonome
;
-
celui, enfin, d’être considéré comme la dernière des utopies
des adultes, mandat à l’évidence trop lourd à porter pour
lui, et qui ne peut donc être source que de déceptions.
Derrière cette évolution générale des représentations des
adultes à l’égard de l’enfant et de l’enfance, l’ambivalence
foncière des adultes est, en réalité, une ambivalence qui repose
sur un équilibre difficile entre les représentations de
l’enfant que nous aurions aimé être, et celles de l’enfant que
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://WtlfuqhyHwJhWCtbwzLYtUOX71CN_uTJCkyf5W6ezCQÍEÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLR׉EÚ®nous craignons d’avoir été. C’est là ce qui nous rend difficile
de renoncer à notre pouvoir sur les bébés et sur les très
jeunes enfants, d’où notre tendance à les priver, souvent, de
l’un de leurs besoins fondamentaux, soit celui de leur permettre
d’actualiser toutes leurs compétences par eux-mêmes,
et à leur rythme propre, sous le regard d’un adulte présent et
étayant, mais pas trop intervenant.
les jardiniers savent bien qu’il ne sert à rien de tirer sur les
feuilles pour qu’elles poussent. les feuilles et les fleurs poussent
de l’intérieur, mais sous le regard aimant et encourageant
du jardinier à leurs côtés. Tout ceci doit nous amener à mieux
définir, parmi les droits de l’enfant, un droit à l’enfance.
LE STRESS ET LE TRÈS JEUNE ENFANT :
QUOI OBSERVER ? QUE FAIRE ?
Ashley WAZANA
Chercheur clinicien • Québec
Bien sûr, la maladie mentale chez l’enfant est une réalité. Il
existe des facteurs de risque avant même la naissance de
l’enfant, pendant la grossesse, de même qu’il existe des
facteurs génétiques. À cet effet, nous avons besoin d’être
vigilants ; la psychopathologie existe bel et bien chez les tout
jeunes enfants. on peut trouver des symptômes d’anxiété, de
dépression même, chez des enfants en très bas âge, dès deux
ans, et il est possible de détecter ces symptômes. Afin que la
prévention et l’intervention précoce exploitent la plasticité de
l’enfant dès la petite l’enfance, il nous faut mieux comprendre
les facteurs de risque et de protection.
Ce qui se passe avant la naissance revêt donc une grande
importance : le fœtus est en réaction aux changements intrautérins,
il se développe en s’adaptant à son environnement.
Barker (1989) émet l’hypothèse que l’origine de plusieurs
maladies remonte à la malnutrition pendant la période prénatale.
Déjà à la naissance, on peut percevoir des signes : un petit
poids de l’enfant à la naissance ou la présence de stresseurs
chroniques, par exemple. le tempérament de l’enfant semble
lié à ce qu’il a vécu pendant la grossesse : les réactions, les
craintes, l’agressivité, l’impulsivité, l’anxiété, la dépression, les
problèmes ou des retards cognitifs ou moteurs sont tous liés à
des événements vécus pendant la période intra-utérine.
la recherche évolue ; les chercheurs peuvent maintenant
démontrer que ce que l’on fait après la naissance de
l’enfant est d’une importance capitale. on ne peut toutefois
ignorer la question du déterminisme qui est apparue et qui
réussit à infléchir nos motivations et celle de notre confiance
que notre existence en tant que parents ou en tant
qu’intervenants font réellement une différence dans la vie de
ces familles et de ces enfants. Il faut toujours rester confiant ;
ce qui se passe avant la naissance compte, mais ce qui se
passe après compte tout autant.
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
les chercheurs ont beaucoup travaillé sur la sérotonine (le
« gène du bonheur ») : l’allèle court du gène, associé à une
baisse de la transcription, du transport cellulaire et de la capture
de la sérotonine, est en lien avec la psychopathologie ;
il est associé à l’anxiété, à la dépression et à l’émotivité négative.
Cette association faite chez l’adulte semble toutefois
beaucoup moins claire chez l’enfant. on a pensé que les
découvertes entourant le génome humain allaient nous
apporter un véritable éclairage, alors qu’on a réalisé qu’il manquait
certaines informations majeures. la question du « pourquoi
l’ADN ne peut prédire notre futur ? » est ainsi restée sans
réponse.
si l’on prend l’exemple d’un ver de terre : il compte 19 000
gènes et possède un génome de 97 mégabases. l’enfant
humain, quant à lui, possède un génome de 3 000 mégabases,
soit 330 fois plus qu’un ver de terre, mais ne possède que
30 000 gènes, à peine 1,5 fois plus ! Pourquoi cette dispro11
׉	Ú 7cassandra://q6hpaVS0Y9KPHqdhQcFWyvpn4kkNHCdcWkKOcrmcR_YÍÖÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLS�×W™ä°֓ÍLR�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://ziTVbh0fqjvZvLPhVElMJaMyNze7UoV6u5YzG9bjeb8Î …êÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://wkhwkLrj2lDifDU872brA2jBIr1pIVlzHJrzG6frMzQÍa-Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://ug9Ghqpdk8nQ1Xm897FoN45htECR9h12BaCjyfIYuncÍÐÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://xaedwqugDBbqXOkRI459sEMZ4erHpv3VgC3TqNqe-9cÍ_‰Í͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLTטš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://5MlQkfQdttV2_Jqg9H9BF1XbdSB1MtEgo0G1TxlMZrMÎ 0Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://i65kCRPlFCscLoz1yyXVoogW2f8p4paaL8B9YbcFZooÍjNÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://6Ogoqz9aaEdUKNN3d6sNF9b1gIaWSexdSGsDvlaUIWIÍaÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://X2GrX5HY4RRl7p8WEm7jnh35GLmzhc5f7L3cC4WPwhkÍG­ÍF͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLU׉EÚSYMPOSIUM
portion, pourquoi le génome n’a-t-il pas plus de gènes ? en
fait, on s’aperçoit au fil des recherches qu’un gène ne produit
pas nécessairement « quelque chose »; il doit compter sur des
« interrupteurs » pour permettre que se produise quelque
chose. lentement, on s’est aperçu que l’environnement joue ce
rôle d’interrupteur, le développement étant en quelque sorte
une interaction constante entre les gènes et l’environnement.
Mais tel que l’a illustré Donald Hebb de l’Université McGill :
« se demander ce qui de la nature ou l’environnement contribue
le plus au développement de la personnalité, c’est se
demander ce qui contribue le plus à la surface d’un rectangle,
la longueur ou la largeur. »
Comment peut-on étudier l’interaction entre tous ces facteurs ?
Dans le cadre d’une étude (2003 – 2011) portant sur la qualité
de l’environnement après la naissance, on a émis l’hypothèse
que l’hétérogénéité de l’impact des facteurs de risque pendant
la grossesse sur le développement et le comportement
de l’enfant reflète en partie la génétique et la qualité de
l’environnement après la naissance. Dans le cadre de cette
étude, la relation mère-enfant a été observée très finement.
on en est venu à la conclusion que la relation avec le parent
influence beaucoup l’évolution de l’enfant, en fonction du fait
que l’enfant porte ou non le gène « protecteur ». Quand la
mère en plus a souffert de dépression pendant la grossesse,
même si l’enfant possède ce « gène protecteur », l’ampleur
de l’impact est plus grande. la relation mère-enfant compte
donc…
Quelques études viennent confirmer ces hypothèses. Ainsi,
les résultats de l’Étude longitudinale du Développement des
Enfants du Québec (ELDEQ) ont confirmé que la fréquentation
d’un CPe constitue un facteur de protection et de diminution
des risques chez des enfants de familles défavorisées et
vulnérables, particulièrement dans le cas où la mère n’a pas de
diplôme secondaire. le risque pour son enfant de développer
un caractère agressif est moindre s’il fréquente un CPe.
la relation avec les éducatrices joue bien sûr un rôle majeur,
l’attachement constituant un facteur de grande influence. Cet
attachement secondaire (entre l’enfant et l’éducatrice) peut
avoir un rôle protecteur quand l’éducatrice est attentionnée
et sensible, mais dans le cas d’un attachement primaire (entre
l’enfant et son parent) solide et stable, la fréquentation
d’un CPe peut augmenter le risque de psychopathologie chez
l’enfant. le développement d’un attachement secondaire est
un facteur de protection, mais le résultat n’est pas homogène :
12
Le contexte des naissances au Québec évolue sans cesse.
Après une diminution marquée du nombre des naissances au
cours des dernières années, celles-ci sont à nouveau plus nombreuses
et se stabilisent à 88 500 naissances en 2011, tandis
que l’âge moyen de la mère au premier enfant est en hausse et
dépasse légèrement 28 ans. les inégalités sociales persistent :
quelle que soit la définition adoptée, le pourcentage d’enfants
qui vivent dans la pauvreté au Canada et au Québec reste
élevé : entre 10 et 15 % selon les années et la méthode de
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
il faut prêter une attention particulière aux facteurs portés
par l’enfant et sa famille. Ainsi, le stress interagit avec les vulnérabilités
pour causer des difficultés d’adaptation.
le stress prénatal, les éléments de l’expérience avant la naissance,
la génétique, le stress familial et le tempérament sont
les premiers signaux qu’on voudrait identifier chez les enfants
à risque. Il est donc important d’identifier les facteurs qui
modèrent le risque et qui influencent positivement la trajectoire
de l’enfant. C’est le cas des interventions qui ciblent la
relation mère-enfant, qui augmentent la sensibilité maternelle.
Dans le cas des CPe, des interventions doivent aussi se faire
auprès des intervenants pour leur permettre d’augmenter leur
sensibilité, ce qui peut manifestement avoir une influence
positive, un impact sur la qualité de l’attachement secondaire
développé avec l’enfant. on constatera alors une amélioration
de l’évolution de ces enfants vulnérables. Inutile de rappeler
qu’il reste encore beaucoup de travail sur la planche…
PRÉVENTION, PROMOTION DE
LA SANTÉ ET DÉVELOPPEMENT DE L’ENFANT :
ENJEUX, DÉFIS ET IMPACT
Christine ColIN
Médecin et professeur titulaire • Québec
׉	Ú 7cassandra://ug9Ghqpdk8nQ1Xm897FoN45htECR9h12BaCjyfIYuncÍÐÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLV׉EÚßcalcul retenue. Près de 650 000 enfants au Canada et près
de 150 000 enfants au Québec (parfois plus) vivent dans la
pauvreté, au sein de familles mono ou biparentales. Au Québec,
37 % des enfants vivant dans des familles bénéficiaires
de l’aide de dernier recours ont moins de 6 ans (2005-2006).
et malheureusement, l’écart entre les riches et les pauvres ne
cesse de se creuser.
la prématurité (nouveau-nés de moins de 37 semaines) continue
d’augmenter (7,3 % en 2009) et le retard de croissance
intra-utérine (nouveau-né trop petit pour son âge gestationnel)
reste élevé (8,6 % en 2009). Ces deux pathologies rendent
les enfants plus à risque de poids insuffisant à la naissance
(5,8 % en 2009), de maladies graves, de troubles de
développement ou de mortalité. la mortalité infantile (de la
naissance à 1 an) est maintenant de 4,3 pour mille naissances :
30 % de ces décès sont causés par la prématurité.
l’asthme et les autres maladies de l’appareil respiratoire, les
allergies, les traumatismes non intentionnels et les malformations
congénitales sont les principales causes de maladies chez
les enfants de moins de 5 ans. la dépression maternelle et ses
effets sur la mère et l’enfant, les troubles de l’attachement, du
développement et les troubles émotionnels chez l’enfant, la
violence envers les enfants sont encore bien trop fréquents.
le développement et la santé des jeunes enfants sont en fait
fortement marqués par les « déterminants de la santé » qui
sont multiples et liés à la biologie (condition physique, maladies
génétiques, etc.), aux habitudes de vie (alimentation,
tabagisme, etc.), à l’environnement physique (logement,
pollution,
etc.)
et
surtout
à
l’environnement
social
et
économique (pauvreté, isolement, etc.). Plus largement,
l’oMs définit les déterminants sociaux de la santé comme
« les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent,
vivent, travaillent, vieillissent ainsi que les systèmes
mis en place pour faire face à la maladie »1
. le ministère de
la Santé et des Services sociaux du Québec a adopté en 2010
un cadre conceptuel de la santé et de ses déterminants2
qui
prend en compte le contexte global (notamment politique,
économique et social), les caractéristiques des différents systèmes
et milieux de vie et les caractéristiques individuelles qui
influencent l’état de santé - globale, physique, mentale et
psychosociale - de la population.
Parmi les déterminants sociaux de la santé, la grande pauvreté
et l’exclusion sociale sont particulièrement dommageables.
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
elles sont caractérisées par un cumul important de difficultés,
leur persistance dans le temps, l’absence de savoir et de pouvoir
reconnus. les enfants et les parents sont marqués par les
effets physiques et psychologiques de la pauvreté, l’insécurité
chronique, l’angoisse et la honte. Dans ce contexte, la naissance
d’un enfant est d’autant plus un réel projet pour les
mères, qui donne sens à leur vie et qui apporte l’espoir d’une vie
meilleure3
. Même si elles ont constamment peur d’être jugées
incompétentes et de se faire « retirer » leurs enfants et même si
leurs compétences sont souvent niées, la majorité des familles
défavorisées font preuve de trésors de courage et de résilience
pour élever leurs enfants. Malgré tous les efforts de leurs parents,
les enfants sont cependant marqués par les dures conditions
de vie de leur famille qui compromettent leur santé et
leur bien-être. l’impact de la pauvreté sur la santé et l’excès de
morbidité et de mortalité qui en résulte sont maintenant bien
connus, qu’il s’agisse de l’excès de prématurité ou de retard de
croissance intra-utérine, des problèmes de santé physique ou
de développement, de mortalité, de santé mentale et d’estime
de soi. les effets de la pauvreté pendant la petite enfance
sont très dommageables, car en plus des conséquences sur la
santé, ils ont aussi des conséquences sur la performance et la
réussite scolaires et sur la santé à l’âge adulte.
Pourtant, les chaînes de conséquence ne sont pas un déterminants,
les parents ont des compétences réelles, certes souvent
masquées par les conditions de vie, mais qui ne demandent
qu’à être révélées et soutenues. les programmes de prévention
et les politiques peuvent avoir un réel impact pour améliorer
la santé des enfants et modifier les trajectoires de vie. Il
y a donc lieu de tout mettre en œuvre pour à la fois réduire
l’impact de la pauvreté sur la santé et le bien-être et réduire les
inégalités socioéconomiques, la pauvreté et l’exclusion sociale.
Il existe de nombreux programmes de prévention en période
périnatale et à la naissance : soutien alimentaire olo, promotion
d’une saine alimentation et de l’activité physique pour
les femmes enceintes, programme « Pour une maternité sans
danger », promotion et soutien de l’allaitement, programmes
d’intervention précoce, prévention du syndrome du bébé
secoué, etc. Par ailleurs, d’autres programmes ciblent des
domaines spécifiques pour la santé des enfants : nutrition,
vaccination, prévention des traumatismes et de la violence, etc.
Ces programmes, certes efficaces, sont cependant insuffisants
s’ils restent isolés. le concept de Promotion de la santé a donc
été développé, en se basant sur le constat de l’impact limité
de ces programmes spécifiques et sur la persistance d’écarts
13
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͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLY׉EÚÈSYMPOSIUM
importants entre les groupes sociaux d’une part, sur l’étude
des déterminants sociaux de la santé d’autre part et enfin sur
le constat que la santé et le bien-être sont les résultats à la fois
d’effets collectifs structurels et de caractéristiques individuelles.
« La promotion de la santé est le processus qui confère
aux populations les moyens d’assurer un plus grand contrôle
sur leur propre santé et d’améliorer celle-ci »4
. elle vise à intervenir
le plus tôt possible sur les déterminants individuels et
collectifs de la santé auprès des familles et des communautés
en créant des environnements et des conditions favorables à
la santé. elle cible le développement de politiques publiques
et de milieux de vie favorables au développement et à la santé
(au centre de la petite enfance, à l’école, au travail, dans la
ville ou ailleurs), le développement des aptitudes personnelles
à la santé et l’autonomisation (empowerment) ainsi que la
participation des individus, des familles et des communautés.
Au Québec, le programme Naître Égaux – Grandir en santé
(NE-GS) mis sur pied en 1989 s’inspire de cette approche ainsi
que des exemples des programmes globaux d’intervention
américains. Par la suite, les services intégrés en périnatalité
et pour la petite enfance (sIPPe) ont été développés avec la
même approche. Ils proposent aux mères et aux enfants, de
la grossesse jusqu’à 5 ans, une approche globale intégrant
des suivis individuels personnalisés et une intervention intersectorielle
et communautaire. Ils s’appuient sur un ensemble
de facteurs de réussite bien identifiés : des changements
d’attitudes des intervenants misant sur le non-jugement, le
respect des valeurs et des compétences des mères et la création
d’une vraie relation de confiance, la précocité, la continuité,
l’intensité et la souplesse de l’intervention, l’approche
globale et personnalisée, la présence d’une intervenante privilégiée
(et engagée), le travail en équipe multidisciplinaire, la
participation et la mobilisation du milieu (ressources communautaires),
le partenariat et la concertation.
l’évaluation rigoureuse du programme NE-GS (essai clinique
randomisé avec 1 340 femmes de 1994 à 1998)5
a démontré
son efficacité : les futures mères sont rejointes, l’attitude
des intervenantes a changé, les mères et les intervenantes
sont satisfaites. les femmes reçoivent beaucoup de soutien
ajouté : informatif, alimentaire et psychosocial. elles se nourrissent
mieux, ont moins d’anémie postpartum et moins de
symptômes dépressifs après l’accouchement (deux fois moins
chez les mères dépressives en prénatal). l’alimentation des
nouveau-nés est meilleure : plus d’allaitement, moins de lait
de vache. les mères consultent plus rapidement en période
14
postnatale et sont moins réticentes face aux milieux de garde
auxquels elles confient plus facilement leur enfant. le projet
a entraîné plus de développement communautaire et d’action
intersectorielle.
en somme, les gains substantiels du programme NE-GS sont
significatifs, malgré la persistance du tabagisme chez les
femmes et en conséquence, l’absence de diminution de la
prématurité ou du retard de croissance intra-utérine.
en suivi du programme NÉ-GS, les services intégrés en périnatalité
et pour la petite enfance (sIPPe), offerts depuis 2004 de
la 12e
semaine de grossesse jusqu’à l’âge de 5 ans dans tous
les centres de services sociaux et de santé (CSSS) du Québec,
visent à maximiser le potentiel de santé et de bien-être des enfants
et à inclure la naissance dans un projet de vie porteur de
réussite tout en renforçant le pouvoir d’agir des personnes et
des communautés. Ils accompagnent les familles (mères pauvres
et peu scolarisées ou de moins de 20 ans) par des visites
à domicile régulières, des activités de groupe pour les parents
et des ateliers de stimulation parent-enfant, l’intégration de
l’enfant en milieu de garde (incluant la possibilité d’obtenir
la gratuité partielle ou complète des services de garde) et
l’accompagnement vers les ressources du milieu. le programme
vise aussi le soutien à la création d’environnements
favorables au développement optimal des enfants et l’action
intersectorielle concertée, locale, régionale et nationale.
Au niveau international comme au Québec, les interventions
de développement précoce visent l’amélioration de la santé
des enfants et, dans la majorité des cas, la réduction des inégalités,
en s’appuyant sur le rôle « pivot » de la mère, et en
adoptant une approche globale, qu’il s’agisse de visites à domicile
ou d’autres interventions pour soutenir la parentalité. les
effets sont positifs sur la santé physique de la mère durant
la grossesse et celle de l’enfant, le développement cognitif et
socioaffectif des enfants, le lien parent-enfant, les pratiques
parentales, la santé mentale du parent, le taux d’allaitement,
la diminution des blessures non intentionnelles et du risque de
maltraitance et de négligence. les effets sont plus marqués
chez les populations les plus vulnérables. les programmes qui
combinent les visites à domicile et une intervention directe
auprès de l’enfant semblent plus efficaces (services intégrés
et multiples).
les programmes préscolaires obtiennent aussi des effets
positifs en prévenant le retard de développement cognitif
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://nhIzA6Ov6jkRN6D9hUrV5E7Di87MvBH_D6J66T-MHycÍ5Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLZ׉EÚ&et en augmentant la préparation pour l’école, en prévenant
les conséquences négatives à l’adolescence et à l’âge adulte
(réduction de l’abandon scolaire, de la criminalité et du chômage
chez les jeunes adultes ayant bénéficié de ce type de
programmes dans leur petite enfance). Ils ont aussi des effets
positifs chez les parents (moins de grossesses, augmentation
de l’emploi, diminution de la criminalité et de l’aide sociale,
etc.). Ces programmes sont plus efficaces et ont plus d’effets
s’ils font partie d’un ensemble de services coordonnés pour
les familles, incluant les soins des enfants, l’aide pour le logement
et le transport, un soutien nutritionnel, des opportunités
d’emploi et les soins de santé.
Cependant, la santé des enfants n’est pas seulement l’affaire
du secteur de la santé et il y a lieu de développer aussi des
politiques publiques intersectorielles et des partenariats pour
renforcer (empower) les communautés et pour améliorer la
santé et l’équité en santé, comme le préconise l’organisation
mondiale de la santé. Pour améliorer la santé des mères, des
enfants, des familles et des communautés, il faut à la fois agir
en amont des services de santé, miser sur l’éducation et les
centres de la petite enfance, investir dans les programmes de
promotion de la santé, influencer les politiques intersectorielles
et faire de la réduction des inégalités un véritable enjeu.
1
oRGANIsATIoN MoNDIAle De lA sANTÉ. Commission des
Déterminants sociaux de la santé. Combler le fossé en une génération
: instaurer l’équité en agissant sur les déterminants sociaux de la
santé, Rapport final, Genève, 2008.
2
Msss. Le Cadre conceptuel de la santé et de ses déterminants - résultat
d’une réflexion commune, Québec, Gouv. du Québec, page 44.
3
COLIN, Christine, OUELLET, Francine, BOYER, Ginette et Catherine
MARTIN. Extrême pauvreté, maternité et santé, Montréal, les Éditions
saint-Martin, 1992, 259 pages.
4
le résultat des découvertes et des recherches théoriques psychologiques
des décennies passées est aujourd’hui connu. Ainsi,
nous possédons des connaissances de plus en plus larges et
différenciées de l’importance et de la nature de l’attachement
primaire.
oRGANIsATIoN MoNDIAle De lA sANTÉ. Charte d’Ottawa pour
la Promotion de la santé, ottawa, 1986.
5
BRODEUR, Jean-Marc, Ginette BOYER, Louise SÉGUIN, Michel PERREAULT,
Christine COLIN, Bruno THÉORÊT, Qian XU, Daniel BEAUReGARD
et suzanne De BloIs. « le programme québécois Naître
égaux – Grandir en santé : Étude des effets sur la santé des mères
et des nouveau-nés », Santé, Société et Solidarité, 2004, 1, pages
119-127.
la question peut s’élargir : le bébé et le petit enfant vivant
dans tout autre milieu ont-ils besoin d’un lien personnel,
sécurisant ?
Y a-t-il possibilité d’établir un lien individuel sécurisant
lorsqu’il s’agit d’un groupe d’enfants, loin de la mère ?
Quels sont le contenu et la nature du lien à développer, ce
lien dont ont besoin ces enfants ?
Quelles sont les conditions les plus importantes de la création
d’un lien entre l’éducatrice et le bébé ou le petit enfant
vivant loin de sa mère ?
Par rapport à ces questions, voici quelques réflexions basées
sur les résultats d’une pouponnière fondée par la pédiatre
hongroise emmi Pikler, ensuite dirigée pas ses collaborateurs,
de même que sur les résultats récents de la crèche fondée par
ses collègues.
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
15
L’IMPORTANCE DU LIEN QUE L’ON CRÉE
AVEC L’ENFANT
Anna TARDos
Psychologue et pédagogue • Hongrie
À partir de sa naissance, l’être humain est social. Pas seulement
pour sa survie a-t-il besoin du soin, de la préoccupation
d’un autre, d’un adulte ; cela signifie plus. Après sa naissance,
il cherche tout de suite à établir un lien. la condition
de base d’un développement physique et psychique sain est
l’attachement profond avec sa mère, avec ses parents qui en
prennent en soin ; l’attachement se forme dans le temps.
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͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL]׉EÚ°SYMPOSIUM
emmi Pikler était pédiatre ; elle avait avant tout fixé son regard
sur le développement physique et psychique sain du bébé
et l’a promu. l’image qu’elle avait du bébé était celle d’un
bébé en bonne santé, qui est paisible, a confiance en lui et en
son entourage, qui est actif, intéressé et compétent. elle est
toujours associée au mouvement libre du bébé. Grâce aux
visites régulières qu’elle faisait dans les familles ayant des
bébés, elle a contribué à la création d’un milieu plein de
confiance. l’amour vécu de la famille vers l’enfant était lié
à cette confiance. les difficultés de l’enfant y sont comprises,
le petit enfant y est considéré comme un partenaire, ses
efforts sont encouragés et valorisés. elle a donné des conseils
très concrets comme comment être ensemble avec les bébés
au cours des soins, un très important moment de rencontre
avec le bébé. Il en est résulté un grand respect envers le bébé.
lui parler avec raison à partir du début, même si les parents
ont l’impression qu’il ne les comprend pas encore, le préparer
aux gestes ou aux événements suivants, faire en sorte que le
bébé puisse être un partenaire actif au cours des repas, des
soins. Avec tous ces conseils, elle a aidé les familles à vivre
ensemble en évitant les risques les plus fréquents qui peuvent
compromettre leur relation.
Dans la pouponnière qu’elle a fondée après la seconde
Guerre, elle a réussi à réaliser ce maternage insolite dont on
parle depuis, c’est-à-dire l’attachement réel entre la nurseéducatrice
et le bébé ou le petit enfant privé de sa mère. la
réalisation d’une relation sécurisante, attentive et personnelle
entre l’enfant et l’éducatrice fait encore partie des conditions
prioritaires de toute institution d’accueil ; il lui fallait alors
d’une part créer les cadres institutionnels et ses conditions
pour permettre la relation personnelle entre la nurse-éducatrice
et l’enfant. D’autre part, il fallait aussi élaborer tous les
détails du processus éducatif. C’est ainsi que sa conception de
l’éducation et du soin est devenue plus détaillée, plus riche,
plus fine.
Dans les familles tout comme dans la pouponnière, le vécu
constructif du bébé et du petit enfant est promu par le soin.
emmi Pikler a toujours maintenu et répété que le bébé devait
être touché par des mains fines, qu’il ne devait jamais être
pressé, qu’il devait être considéré comme un partenaire en lui
permettant de coopérer, que la parole lui étant adressée devait
l’entourer pendant le temps passé avec lui.
le bébé ou le jeune enfant séparé de sa mère cherche et a
rapidement besoin d’une attention sécurisante, ce qui lui est
assuré à lóczy. Naturellement, le temps que cela prendra et
16
l’harmonisation du processus dépendent de l’âge de l’enfant
et de ses antécédents. Mais pour chaque enfant, après une
période plus ou moins longue, on constatera que cette attention,
ce lien sécurisant bâtis grâce au soin, se sont établis.
le travail en crèche fut une tâche nouvelle par rapport à celle
de la pouponnière : il a fallu prendre en compte le fait que
l’enfant apporte, en les répétant, les habitudes qui viennent de
son milieu familial. Même si ses parents ne sont pas physiquement
présents, il les porte en lui, de même qu’il porte en lui ses
habitudes qu’il retrouve chaque jour chez lui. Cela modifie la
nature de la relation adulte-enfant : la qualité de cette relation
sécurisante est tout aussi importante, mais revêt un tout autre
caractère. en pouponnière, cette relation entre l’enfant et
l’éducatrice est fondamentale. Pour les enfants de crèche, leur
relation tout aussi fondamentale et significative se construit
avec la mère, avec les parents, dans la famille.
la professionnelle, qui n’a pas la tâche d’imiter la mère ni de
faire comme elle, peut apporter à l’enfant une expérience
différente de ce qu’il vit dans sa famille. elle apporte
à l’enfant quelque chose de constructif pour lui,
sans toutefois entrer en rivalité avec la mère. Comme
a dit Myriam David « la mère soigne l’enfant parce
qu’elle l’aime, l’éducatrice aime l’enfant parce qu’elle le
soigne ».
L’IMPORTANCE DE LA FAMILLE POUR L’ENFANT
Michel MANCIAUX
Pédiatre social • France
la famille, importante pour l’enfant ? Cela semble une évidence,
mais c’est oublier que de nombreux enfants sont élevés
par un seul adulte – on parle quand même de « famille monoparentale
» - que d’autres sont placés très tôt en institutions,
et que s’il suffit de la rencontre furtive de deux adultes de
sexes opposés pour faire un enfant au sens réducteur de cette
expression, il faut aussi d’autres personnes et du temps pour
élever cet enfant et en faire un être humain au sens fort de ce
terme. le livre La naissance d’une famille de Thomas Berry
Brazelton le souligne : tout comme l’enfant, la famille doit se
faire. C’est l’enfant qui « parentalise » ses parents.
la famille se vit, mais, comme beaucoup de réalités humaines,
est difficile à définir tant sont nombreuses et variées ses
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://RESuoZW3ZASnupQW7p6OxNBDKuhYNAEMP_HgtZg0Z0EÍ˜Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL^׉EÚˆformes et ses fonctions suivant des facteurs juridiques, culturels,
religieux, sociaux, économiques… Il n’est plus réaliste
de définir la famille comme étant deux personnes de sexes différents
vivant sous le même toit, même si elles ont un toit : les
familles homoparentales sont déjà reconnues légalement dans
de nombreux pays, et sans doute bientôt en France.
si elles s’opposent, le développement de l’enfant s’en trouve
compromis. Françoise Molénat, pédopsychiatre travaillant en
maternité avec des femmes enceintes en grandes difficultés,
écrit : « Découvrir que les médecins, les services travaillent
ensemble constitue pour ces parents un véritable déclic : la
visualisation de leur place dans un ensemble qui les contient.
en même temps ils ressentent l’intérêt que ces professionnels
éprouvent à travailler ensemble à leur propos. souvent une
bascule s’opère qui ouvre la voie aux mots. » Ce message fort
situe bien la place et le rôle des professionnels dans leur travail
avec les familles. Cela vaut la peine d’essayer !
Pour finir, un message important : quand on interroge des
groupes de jeunes sur leurs projets, leurs désirs et sur ce qui
compte pour eux (selon les eurobaromètres périodiques), la
famille vient en bonne place. C’est encourageant. Il faut les
aider à concrétiser cet avis dans le respect de leur liberté.
Le cycle de la vie familiale
C’est d’abord la vie à deux que la venue ou l’adoption d’un
enfant transforme en famille nucléaire. Grands-parents, frères
et sœurs, neveux et nièces, cousins et cousines en font une
famille élargie, mais les départs successifs entament une
régression qui se termine par le décès des parents et
l’extinction de la famille initiale, parfois prolongée par des
familles filles. Il s’agit donc d’une réalité toujours évolutive
au fil du temps. Parallèlement, il existe une grande variété de
familles, avec des passages fréquents d’une forme à une autre :
familles traditionnelles, monoparentales, homoparentales,
« décomposées » par la mort ou le départ d’un conjoint, familles
recomposées où la place et le rôle des nouveaux parents doivent
être redéfinis pour le bien des enfants. Chacune de ces
formes de familles a un potentiel d’harmonie et de développement
que les acteurs sociaux doivent comprendre et favoriser
sans jugements à priori. Personnellement, je récuse le terme
de « familles à risques », car toute vie familiale comporte, à un
moment ou à un autre, des moments difficiles. Au lieu de parler
de familles vulnérables, il vaut mieux identifier les périodes
de vulnérabilité dans le cycle des vies familiales et y apporter
les soutiens nécessaires et adéquats.
« Il faut un village pour élever un enfant », dit le proverbe africain.
C’est dire l’importance d’une coéducation harmonieuse
utilisant à bon escient les ressources éducatives de la communauté.
Urie Bronfenbrenner parle à ce propos de contextes,
primaires et secondaires, de développement en insistant sur
le fait que si ces ressources et ces familles s’ignorent ou pire
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
TOUT NE SE JOUE PAS AVANT 6 ANS
Michel LEMAY
Pédopsychiatre et professeur titulaire • Québec
Il m’arrive une drôle d’aventure ; il y a un petit enfant garçon
ou fille, je ne sais, qui m’a dit : « Je veux parler à ta place ». Je
vais lui laisser la parole…
Il paraît que vous m’avez silhouetté, inspiré et donc créé bien
avant que je naisse, au moment où la première fois vous vous
êtes dit : « Mais si on avait un enfant, plutôt que de rester des
personnes qui veulent seulement s’aimer et vivre ensemble ? »
Je vous ai transformés en parents, alors que je n’existais pas.
Je suis devenu celui ou celle qui agrandissait votre amour, mais
en me plaçant déjà entre vous. Je suis devenu celui ou celle
qui vous permettait de rejoindre vos lointaines origines, avec
le désir de recommencer grâce à moi, des parties de vousmêmes
que vous auriez voulu avoir et faire. Je suis devenu celui
ou celle qui vous donnait l’illusion que grâce à ma présence
vous pourriez continuer à être vivants malgré votre inexorable
finitude. et puis on a annoncé que j’étais né dans le ventre de
maman. et pendant 9 mois, vous ne m’avez pas vu, mais
il s’en est passé des choses dans cette première demeure
d’amour. Vous m’avez photographié, vous avez rêvé que je
pensais déjà à vous, et puis au bout de quelques mois, quand
je ne bougeais pas, vous vous inquiétiez, et quand je donnais
des coups de pieds dans la paroi abdominale, vous me prêtiez
un tas d’intentions comme si je vous disais quelque chose.
17
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Vous me parliez, surtout maman. et en palpant le ventre où
j’étais niché, vous me caressiez. Moi j’étais actif ; quel travail !
Ces milliards et milliards de cellules qui doivent se différencier,
se rejoindre, s’organiser, et peu à peu former un tout qui
ressent des effleurements, des balancements, des glissements,
qui entend des drôles de bruits, qui boit et rejette un liquide
dans lequel je nageais en paix, rattaché à un cordon qui me
donnait la vie. et puis je suis sorti, facilement ou avec un grand
malaise réciproque. et quand pour la première fois, j’ai poussé
un cri, vous l’avez entendu comme un appel, presque comme
une conversation. Vous m’avez regardé des pieds à la tête,
pour vérifier si j’étais bien complet, et vous m’avez langé,
c’est-à-dire que pour la première fois d’une vie qui avait déjà
neuf mois, vous m’avez habillé, mais pas n’importe comment !
en rose ou en bleu… Vous avez trouvé bien sûr que j’étais
le plus beau bébé du monde, tout en me déposant d’abord
longuement contre votre poitrine, puis dans ma deuxième
demeure, celle d’un berceau inondé de vos présences. Au
début, je dormais beaucoup, mais très vite, j’ai été en vigilance,
prêt à répondre à vos sollicitations. Quand vous vous
approchiez de moi, quand vous me leviez et que me parliez,
quand vous me berciez, quand vous me plaquiez contre votre
sein, quand vous me laviez, ma peau, mes oreilles, mes yeux,
ma bouche, mon nez recevaient tous ces messages. Je vibrais
dans mon corps au point où la tension de mes muscles se
modifiait, que mon dos se raidissait comme si tous les tendons,
toutes les fibres nerveuses résonnaient à la façon des cordes
d’une harpe et me chantaient une sorte de musique devenant
peu à peu une mélodie déchiffrable. Vous m’enveloppiez de
sensations. et mon propre cocon de peau formait lui aussi une
enveloppe me permettant de découvrir que j’existais en tant
que corps, que j’avais un dedans et un dehors, que j’occupais
un espace dont les limites se précisaient peu à peu.
Ha, on a échangé des regards quand je tournais les yeux vers
vous ! Maman, un petit moins papa parce qu’il avait neuf mois
de retard, répondait au même moment non seulement par les
18
yeux, mais par un sourire, par des mots, qui me disaient « mon
bébé… » ou bien « je t’aime… ». De mon côté, je ne restais
pas passif. J’étais capable de vous suivre des yeux quand vous
vous déplaciez, ma nuque devenait plus ferme, mes mouvements
plus organisés, mes bruits un peu plus ondulés. et
quand vous deveniez un petit peu trop envahissant, parce
que vos marques d’affection devenaient trop encombrantes
pour que je puisse les assimiler, je tournais la tête, je fixais un
coin du plafond ou je m’endormais. Vous aussi, je l’ai bien
senti, vous saviez doser ce que vous m’apportiez, et quand au
très fond de moi-même il y avait comme une grande vague
d’angoisse, de colère et d’un je-ne-sais-quoi d’engouffrant,
vous me teniez bien fort. Vous transformiez ma peine en des
sons, des mots, que je pouvais absorber. on est devenus des
partenaires qui ont su s’ajuster aux bizarreries, aux caprices,
aux richesses et aux limites de l’autre.
À six mois, le monde s’est modifié, car j’ai pu me tenir vraiment
assis, sans basculer de droite et de gauche. J’ai pu commencer
à si bien coordonner mes gestes et à devenir si habile
que les objets autour de mois sont devenus autant de choses
non seulement à tenir, à cogner, à lécher, mais à découvrir puis
à explorer. en fait, c’est un peu à partir de ce moment-là que
ce sont créés deux mondes : celui de mes explorations solitaires,
et puis celui d’un partenariat ajusté avec vous.
Alors, parlons des deux mondes.
le monde solitaire, à condition que vous repériez quand
j’avais besoin de vous, je le trouvais extraordinaire. Je vous
donne quelques exemples pour que vous compreniez. Vous
aviez suspendu au-dessus de mon berceau un drôle d’objet
dont s’échappaient des sortes d’étoiles. selon la lumière de
la pièce, les scintillements étaient différents, et je passais des
longs moments à regarder osciller ce firmament. Ça bougeait
à des rythmes différents, ça tournait plus au moins vite autour
de ma tête et j’ai peu à peu compris que toutes ces brillances
n’étaient pas les mêmes quand je gigotais sur mon matelas
ou quand je restais immobile. J’ai donc remué, pour vérifier,
et vous n’allez sans doute pas me croire, mais dès mes premiers
mois, j’ai pu constater que je pouvais agir sur ce qui
était autour de moi. le bébé que vous pensiez autrefois être
un petit tube digestif sans beaucoup de pensées inscrites dans
mon crâne, hé bien ce bébé-là faisait une découverte à couper
le souffle : je pouvais devenir le maître de mes étoiles. Avec
un hochet c’était encore plus étonnant. Après l’avoir regardé,
sucé, cogné et laissé tomber, j’ai remarqué qu’à chacune de
ses chutes en-dehors de mon berceau vous veniez le ramasser
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://1mg3Dw0V31_ku4WfVSIGIsT6OX_frFwyh6B2T5SC5XMÍÖÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLb׉EÚHpour me le redonner. et vous pensez, si j’en ai profité ! Vous
disiez : « Bébé! C’est la dernière fois que je te le redonne ! »
Je vous regardais bien dans les yeux, j’envoyais le hochet pardessus
bord, et pour entendre pour la ixième fois : « Cette
fois-ci, bébé, c’est pour de bon, je ne vais pas te le rendre ! ».
et… vous me le rendiez ! Je n’étais donc pas seulement maître
de mes étoiles, je devenais un peu le maître de mes parents.
les cris, c’était la même chose. Il y en avait qui ne déclenchaient
rien du tout, vous disiez : « Bébé fait ses poumons »,
il y en avait qui m’inquiétaient et que je ne croyais pas avoir
poussés parce qu’ils me faisaient peur, à ce moment-là vous
vous rapprochiez de mon berceau pour me rassurer, il y en
avait d’autres où je disais ma colère, où je réclamais mon dû.
Qu’il s’agisse du biberon, du sein, de votre chaleur, de votre
voix ou de votre odeur, vous me preniez, vous colliez une partie
de moi contre votre poitrine, et là, j’étais bien à avaler tout
ce qui était vous. et puis une autre partie, celle de mon dos, un
bout de bras et un peu les yeux, faisaient corps avec un autre
espace, celui des meubles, des rideaux, celui de mon frère ou
de ma sœur, de papa… C’est-à-dire, le vaste monde. Une
fois bien comblé, redisposé par terre et cette fois-ci en entier,
j’allais explorer en flairant, touchant, suçant, ressentant, tout
en me déplaçant à quatre pattes. et cette escapade à quatre
pattes, elle m’offrait des expériences.
Par exemple, sur le tapis, il y avait une chose ronde, avec une
certaine couleur. Un peu plus loin, une autre chose ronde,
mais pas de la même teinte. et puis très loin, à la frange du
tapis, une troisième chose de la même couleur que la première.
C’est celle-là que je voulais pour la comparer, la faire
rouler, la cogner et puis la mettre contre sa copine. oui, me
disais-je, c’est pareil, ça a la même texture, mais ça n’a pas
tout à fait la même odeur. oui, si mon geste est plus accentué,
la chose part plus loin. et si mon geste est tout doux, la
chose se contente de frémir, sans avancer. et c’est ainsi que
j’ai appris la logique des choses. C’est ainsi que, pas à pas,
j’ai appris ce que vous appelez, je crois, les liens de causes à
effets, et c’est aussi grâce à ces explorations que mon espace
s’est agrandi, et qu’en l’arpentant, j’ai compris que des choses
étaient permises, d’autres, impossibles à saisir, d’autres, douloureuses
à tenir, d’autres, possiblement atteignables quand
je deviendrai plus grand. et ce fut ma première désillusion. Je
n’étais pas totalement puissant, et le monde des objets n’était
pas totalement gratifiant, il pouvait même devenir méchant.
Cela m’amène à vous parler du deuxième monde, celui où
j’étais avec vous.
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
J’ai savouré bien de vos expériences et je vais juste vous en
évoquer quelques-unes. C’était bon de sentir à travers vos
mains et votre peau que vous saviez me tenir pour que je
puisse m’incruster en vous et sentir que par vos touchers et
vos bains sensoriels vous me transmettiez non seulement de
l’amour, mais une sorte de sécurité qui me rendait suffisamment
confiant pour oser expérimenter. en fait, je crois bien
que vous étiez nécessaires pour me faire connaître le monde
qui m’était peu à peu présenté. Mais attention, on était
embarqués dans le même navire des exigences. À chaque
rencontre, ceux qui m’aimaient m’offraient un petit morceau
de leur univers en sachant choisir pour que je ne devienne
pas trop désorienté, mais en sachant aussi l’agrandir, un tout
petit peu, pour que je puisse l’explorer avec quiétude et avec
plaisir vos parcelles d’espace qui devenaient miennes. et
souvent, vous deviniez par mes mouvements, mes tressaillements,
mes tensions, puis mes gestes et mes sons beaucoup
mieux formulés, ce que j’aurais sans doute voulu faire si j’avais
été plus capable de maîtriser mon corps et mes pensées. Alors,
par la voix, par vos gestes, je me trouvais brusquement spectateur
de ce que j’aurais pu être, et de ce que vous espériez que
je devienne. Bien sûr ce n’était pas toujours exact, et parfois je
ne comprenais pas grand-chose à ce que vous me présentiez.
Mais, d’autres fois, vous tombiez tellement juste que j’avais
l’impression de pouvoir regarder une image qui était peutêtre
moi, peut-être vous, peut-être le deux, mais qui en tout
cas, me donnait des points de repère pour aller un peu plus
loin. Je vous donne un exemple. J’émettais de sons de plus en
plus compliqués, car je faisais mes gammes pour apprendre
à parler. et voilà que vous me disiez à ce moment-là quelque
chose que je ne racontais pas, mais qui après tout aurait pu
exister. « Beu beu areu », faisais-je. et vous répondiez : « Mais
oui, tu me dis que tu es content, que tu attends maman, ou
papa ». Vu avec le recul, je m’excuse, mais c’était un peu délirant.
et ça pouvait même devenir figeant, mais finalement,
c’était presque vrai parce qu’un peu plus tard, j’ai eu effectivement
envie d’exprimer ma joie, mon attente de l’un d’entre
vous. et plus tard, quand je commençais à dire « da da da
da », maman entendait son nom, papa entendait le sien, et
mamie et papi avaient même réussi à se persuader que j’avais
réussi à prononcer des « i ». Alors, plus tard encore, quand
j’ai dit pour vrai ces mots que vous anticipiez, vous en vouliez
davantage, et vous entamiez un grand discours avec l’espoir
que je vous répondrais sur le même ton et avec le même
vocabulaire. en fait, vous m’entraîniez dans une sorte de rêve
qui peu à peu s’enracinait dans la réalité et vous me disiez
quelque chose de bien plaisant : « Je te vois déjà comme un
petit enfant, capable de penser par toi-même ».
19
׉	Ú 7cassandra://r-s02vfs9Skf7XZuP-wsf-044ArXK24oE17iLvFW--AÍEÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLc�×W™ä°֓ÍLb�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://2kWaHjYesFqvXamnl8qgx1W-ugVV_P678p8skpb-cfkÎ z.Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://ivuPL-4PHaolTHzAUoL68IYoeyeYUURoIaBruXNmu3gÍq"Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://B51GqHlP9tn2kwk6QWW3RrXI6A4SCYeAzl6wmVdQzskÍÕÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://ArakkRrK0Jvaib2aqPxqpD8r5szeUvA7fbWevd8vbKsÍDÍB͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLdטš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://5jYW2HUXm2IUS2RaciSrz5Ku6J4b12ceAM7T1zcNQsAÎ )eÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://8fOp694eV-VgRd2IIultHHjQTI7IeRUA10sWvfjWHz8ÍlÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://IkkrH9J3U-96aCr65Ly0ITfkXfutev70ZG8Sjg46FtEÍ/Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://c1TYWiKHyfEDj4p-7FyXY7vBbpSQ2AT5WGQ3x9-V2fcÍA?ÍF͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLe׉EÚ¡SYMPOSIUM
on pourrait croire, quand j’évoque tout cela, que la vie était
totalement rose. C’était peut-être vrai au début, mais ce qui
est sûr c’est que je recevais beaucoup d’éléments sécurisants,
sans que j’aie à bouger le petit doigt. J’étais comme dans un
pays de merveilles et ça remplissait mon cœur d’une forme
de bonheur dont j’ai peut-être tiré même un amour éternel
de moi-même. les choses n’ont pourtant pas tardé à se
gâter. Vous m’imposiez un rythme de tétée tandis que je vous
imposais un rythme de sommeil. Vous m’offriez des moments
de paix, de bruits, de douceurs et d’attentes qui, sans que
vous vous en rendiez compte, me conféraient une notion de
temps. Mais quand on a faim et soif, non seulement de lait,
de chaleur, de protection, mais aussi de caresses et de bout
de présence, et qu’il faut supporter qu’en dépit des cris et des
appels, rien ne vient, hé bien il y a une sorte de colère qui
apparaît en soi. on voudrait tout avoir, et on n’a que des parcelles
d’un tout. on voudrait un sein aussi gros qu’un immeuble,
et on n’a qu’un bout de téton avec lequel on peut sucer,
jouer, se frotter juste pendant la période que vous avez décidé
d’accorder. le monde devient à la fois sécurisant et incertain.
Il y a comme une menace de pouvoir être délaissé, abandonné,
attaqué, capturé ou rejeté qui pèse sur nous, sans aucun
autre moyen de défense autre que des cris et des quêtes de
regard. Ainsi débutent que vous le vouliez ou non, une montagne
de bonheur et un abîme de terreur. Quelques mois plus
tard surviennent des limites, disons des interdits qu’on n’avait
pas prévus. Alors que c’était si bon de faire pipi et caca dans
sa culotte, il faut se retrouver assis sur une sorte d’ustensile
malcommode que vous nommez pot. si ce que vous attendez
tombe dedans, ce sont des grandes exclamations, un branlebas
de bravos, et si rien n’arrive, il y a des gros yeux, et puis
plus tard, de vrais reproches. Alors, on obéit sans trop comprendre
pourquoi, mais en pressentant que sans réponse de
notre part, on pourrait peut-être vous perdre. on finit par découvrir
que le plus grand danger c’est pas d’être abandonné,
parce que quand même, vous êtes tout le temps là. Mais c’est
d’être privé de ce qu’il y a de meilleur, à savoir, votre amour.
Alors que faire face à de telles menaces, la piste est claire, tracée,
balisée. Il faut suivre vos directives, afin que nous devenions
maîtres de nos forces, de nos muscles, de nos moyens de
contrôle. on éprouve une grande fierté de réussir là où vous
nous amenez, et il y a d’autres périodes où on fait le contraire
de ce que vous exigez. et dans la mesure où on n’exagère
pas trop, on découvre une autre fierté, celle de pouvoir vous
tenir tête. Ça, c’est la partie de nous que vous voyez. le petit
gars ou la petite fille officiel de maman. l’autre partie, celle
qui pense, qui ressent, qui se met à fabriquer du cinéma, qui
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élabore des images, il vaut mieux que vous ne connaissiez pas
les images. et nous aussi, faut peut-être les oublier. on vous
aime, mais on vous déteste. on vous démords d’amour, et
on vous croque dans la haine. on vous caresse dans l’extase,
on vous déchire et on vous griffe avec toute l’agressivité qu’il
nous est possible de mettre en œuvre. on dépose en nous, au
plus profond de nos tripes, un univers du contraire. C’est un
univers qui tantôt nous apporte la plus grande quiétude, et
qui tantôt éveille des peurs d’origine inconnue. et des figures
de monstres que vous savez plus ou moins apaiser lorsqu’elles
deviennent des cauchemars. C’est drôle quand on y pense.
Il faut passer par là pour devenir soi-même. si vous donniez
tout, on n’en ferait rien puisqu’on resterait à jamais confondu
avec vous. et si vous ne donniez rien, on en ferait un néant
de détresse et de haine, qui nous submergerait au point de ne
plus être qu’un magma de sensations impuissantes.
Dans cette bagarre pour exister avec vous et sans vous, il
y a une autre réalité bien difficile à assumer. et là, je vous
confie un secret très, très intime… J’ai découvert, un jour que
mes parents m’avaient mis dans leur chambre pour toute la
nuit, que maman et papa, sans rien du tout sur leur corps,
hein, faisaient de curieux bruits et de curieux mouvements,
alors qu’ils étaient collés l’un contre l’autre. C’était bizarre,
peut-être violent, peut-être tout doux, mais en tout cas une
chose est sûre, ils n’ont jamais fait cela avec moi. et comme je
m’étais mis à bouger et je crois, à protester, ils avaient arrêté
leur charivari, et maman était venue me voir en m’intimant,
gênée, de dormir. J’ai aussi remarqué à plusieurs occasions
qu’ils aimaient rester seuls, en m’envoyant comme par hasard
jouer dehors ou dans ma chambre, souvent le dimanche après
le repas du midi. en fait, ils ont comme moi un jardin secret
qu’ils ne veulent pas partager, et où manifestement je n’ai aucune
place dans leur cœur. C’est dur de découvrir qu’on peut
devenir dérangeant, et qu’il y a comme une sorte de banderole
placée devant nos yeux où sont écrites en grosses lettres :
« l’amour, la tendresse, la douceur, c’est comme les gâteaux
de fête, il faut les partager ». Il y a même un autre slogan qui
fait encore plus mal. sur une partie du gâteau, c’est écrit :
« Nous le gardons pour nous, en l’utilisant autrement qu’avec
toi, car il y a plusieurs formes d’amour et l’une d’entre elles
nous est totalement réservée sans que tu puisses la consommer.
» Dans ces moments de solitudes et de coupures, je vous
jure qu’il y a un tsunami de colère. Mais il y a aussi quelque
chose de passionnant qui se présente devant nous. Puisque
vous nous privez de certaines choses, nous, on peut en trouver
d’autres. on peut s’inventer un langage, une langue même.
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://B51GqHlP9tn2kwk6QWW3RrXI6A4SCYeAzl6wmVdQzskÍÕÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLf׉EÚ$on peut se construire une vidéo, dessiner d’immenses bédés
remplies d’aventures où il y a de meilleures mamans et de
meilleurs papas. où il y a des gens qui vous ressemblent un
peu, mais qu’on peut emprisonner, voire décapiter. on peut
partir pendant de longues périodes, surtout le soir au moment
du coucher, sur une planète beaucoup plus grande et beaucoup
plus belle que la lune où je suis juché. on peut tout
rendre possible, même ce que vous prétendez impossible. les
histoires si belles que vous nous racontez avant de s’endormir,
on peut les mettre en action. et plus tard, grâce aux livres
que peut-être on a envie finalement de lire à cause de tout
ce manque en nous, on peut bâtir nos propres romans. Il y
a même une chose extraordinaire, et là, on vous dépasse de
beaucoup sur le plan de nos capacités. on peut jouer. Jouer
juste pour se tirailler, pour se détendre, devenir plus agile dans
nos mouvements. Jouer pour s’agiter, jouer à imaginer qu’on
souffre, qu’on est abandonné, puis faire venir par un coup
de baguette magique le personnage le plus puissant de nos
rêves, de vos contes et de nos lectures. Jouer, avec son frère,
sa sœur, ses copains, à mourir 107 fois, puis à ressusciter 108
fois afin de vaincre et la mort, et la finitude. Jouer pour devenir
le meilleur scénariste du monde, par nos couleurs et la qualité
de nos fondues enchaînées. Jouer les rôles des grands et vous
donner des rôles de petits. Jouer en apprenant à gagner, à
perdre, à devenir pour vrai un champion ou une victime, qui
peut redevenir championne si c’est trop triste de rester dans
l’esclavage. Jouer pour fuir l’école ou pour devenir professeur.
ou pour faire brûler la bâtisse. ou pour devenir le meilleur
élève de tous les temps. on peut aussi dessiner et tandis que
vous vous extasiez un peu faussement sur nos « barbots », on
peut y voir ce que vous n’y distinguez pas, car nos ronds, nos
spirales et nos ratures sont autant de chefs-d’œuvre inconnus
par la douceur des bleus, des rouges, des oranges que nous
avons utilisés. Nous y voyons un ciel où vous voyez un cercle,
nous y voyons nos réalisations futures là où vous apercevez
une feuille maculée et barbouillée. Chacun est finalement
dans son « comme si », et c’est comme ça que chacun possède
son monde.
Ce monde, il faut le partager non seulement avec la famille,
mais dans des lieux extérieurs, que vous appelez centres de
la petite enfance, garderies, pré-maternelles, maternelles et
écoles. et là encore, c’est tout un branle-bas pour s’y insérer.
Puisque je vous ai parlé du jeu, c’est là qu’on découvre des
groupes d’amis avec lesquels on se tiraille, on invente des
aventures. Bien sûr, si on avait des frères et des sœurs on a
déjà connu plein d’activités en commun, mais si on était l’aîné,
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
on commandait, et si on était le petit, on se faisait commander.
À l’extérieur c’est pas pareil. on est à peu près tous du même
âge, on ne se connaît pas au départ. Il faut trouver sa place au
milieu d’autres qui cherchent aussi leur place sans pouvoir se
rattacher aux images familiales habituelles. Bien sûr on n’est
pas seul : il y a des adultes, souvent gentils, parfois débordés,
dont on apprend bien vite les noms, et quand la vie devient
difficile, elles viennent vers nous, mais elles ne nous consolent
pas et ne nous soutiennent pas du tout de la même manière
que maman et papa.
l’endroit est nouveau, même après pas mal de semaines, sans
les jouets qui nous appartiennent, avec des garçons et des
filles qui tantôt nous collent trop, tantôt nous tirent la langue,
et tantôt ne veulent pas rester avec nous avec une phrase un
peu assassine : t’es plus mon ami. Par moment, on est vraiment
très bien, parce qu’il y a des activités amusantes, des
histoires nouvelles à écouter, des jeux jusque-là inconnus à
expérimenter, des chants un peu étranges à murmurer, des
promenades où il faut se mettre en ligne, en se tenant par
la main. C’est comme un troisième univers où il n’est pas
facile de rêver tout seul, et où peu à peu on nous dit qu’il faut
apprendre des choses d’une certaine manière.
en fait, on est à la fois plus seul et plus bousculé, plus isolé
et plus envahi par des drôles de sensations qui viennent du
dehors et qui viennent aussi du dedans. et c’est souvent long
la journée. et dans les mouvements de longueur, on pleure
un peu. le problème c’est qu’on ne sait pas trop pourquoi les
larmes sont venues. Peut-être elles cherchent à combler du
vide et à diluer de la peine. C’est curieux. À la maison, dès
qu’on fait un pet de travers, maman s’inquiète et nous touche
le front pour savoir si on a de la température, et à l’école si
on a eu de vraies coliques de peur ou de crainte de ne pas
être à la hauteur de ce qu’on nous demande, on nous « ça va
passer ! ». on devient des égaux face à une même réalité, il faut
apprendre à grandir. en fait, si les parents ont été les premiers
noyaux, on fabrique tellement d’écorces successives, au milieu
de toutes ces peines, on ne sait pas trop ce qui fait partie de
nous et des autres.
Que dirais-je pour terminer ? Après le big bang originaire,
notre toute petite terre s’agrandit, trouve des terreaux un peu
partout, découvre des semences, apprend à les arroser, attrape
un morceau d’étoile, se fait percuter par quelques météorites,
est obligé de combler les trous laissés par les impacts. Cette
petite terre dont la trajectoire était rêvée rectiligne par ceux
21
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qui l’ont lancée dans l’espace, elle a été attirée par quelques
astres imprévus dont elle s’est dépêchée de prendre quelques
diamants et métaux rares. elle croyait pouvoir rester avec eux,
mais ils se sont écartés pour suivre leur propre destin. Cette
terre en théorie elle nous appartient, mais il faut la sarcler, la
bêcher, la modifier autant par soi-même qu’avec les autres.
et je ne vous cacherai pas que je la trouve quelquefois bien
envahie par vos demandes. C’est vrai que sans beaucoup
de sable, d’argile et de cailloux apportés par vous, cette petite
terre ne pourrait pas résister à toutes les tempêtes. elle
risquerait d’être aspirée par les trous noirs. elle s’en irait
imprudemment trop près des soleils, et deviendrait toute desséchée.
elle serait en quête perpétuelle d’une eau dont trop
vite elle aurait été privée avant de pouvoir détecter ses propres
sources.
Mais combien vous avez peur qu’on échoue ! et peut-être
que vous échouez… et vous nous fournissez plein de suppléments
vitaminiques, comme si vous pensiez que nous étions
incapables de la rendre suffisamment belle. Après l’école,
et quelquefois avant celle-ci, y compris durant nos jours de
vacances, vous insérez des tas d’activités parce que, ditesvous,
la vie est tellement compétitive ! Permettez-moi de vous
dire que pour des gens qui quand même défendent parfois
avec beaucoup d’énergie, le principe des 35 heures, vous nous
offrez des heures complémentaires qu’un syndicat d’enfants
pourrait sans doute contester.
Je n’insiste pas là-dessus, vous aurez certainement l’occasion
d’en discuter entre vous, y compris sur nos petits dérapages,
nos petits aléas teintés d’agitation, de retrait ou d’opposition,
qui quand même, je vous le rappelle, ne sont pas nécessairement
des symptômes à traiter. Ce sont des efforts maladroits
d’ajustements. Voilà, j’ai fini de vous confier ce que je
souhaitais de vous dire, je fais mes excuses au conférencier
puisque je ne l’ai pas laissé beaucoup parlé, mais je crois qu’il
était d’accord pour que je m’exprime avec mon cœur. oh
quand même… le titre c’était « Tout n’est pas joué avant 6
ans ». si tout était joué, vous ne seriez pas brillants! Parce que
quand même, vous avez plus que 6 ans, alors il doit quand
même se passer des choses après. Je sais que les battements
cardiaques rejoignent un peu les miens, à bientôt, et merci de
m’avoir écouté aussi sagement.
02
PANEL
Animé par stéphan BUReAU et composé de Christine ColIN,
Bernard Golse, Michel LEMAY, Michel MANCIAUX et Anna
TARDos
Ce qui a rassemblé les participants et les conférenciers en
cette journée de symposium s’apparente fort à de l’empathie ;
tous ont souligné le respect mutuel et l’atmosphère qui ont
entouré ces premiers moments de partage. Ils ont mentionné,
à leur manière et en regard de leurs expertises respectives, à
quel point il est important de s’accorder des moments comme
ceux-ci, qui permettent de se rencontrer et de croiser les
opinions, les points de vue, les regards.
Profitant de ce moment de mise au point, de mise en commun
et de rendez-vous d’idées, les cinq panellistes ont donc
polarisé la discussion autour de réflexions multiples entourant
un même objet : l’enfant.
Entre science et humanisme
la communauté scientifique connaît un défi pour les années
à venir : trouver un équilibre entre la science et la pratique,
entre la théorie et le terrain, au même titre que la recherche
d’équilibre entre la technologie et l’humanisme. Bien sûr fautil
demeurer très attentif à ces questions, mais dans la vie relationnelle
ou politique, un certain décalage se fait sentir. Collectivement,
un important travail reste à réaliser, il faut savoir se
lever à la hauteur de nos enfants. l’enjeu de la technologie,
qui change si vite, impose de travailler sur les « essentiels » qui
eux, sont invariables.
la mouvance sociétale, si rapide, se traduit en terme technologique,
mais également en terme de typologies familiales.
la famille n’est plus immuable ; elle revêt des formes et des
allures si différentes ; reconfiguré, le concept de famille s’est
22
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://ufYuvQSQTqvR8ktGbXy7_pTTAyUbT3OKesGWa6cu0M8ÍÔÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLj׉EÚîbeaucoup développé. Mais est-ce que les enfants sont différents
? l’approche face à nos enfants sera-t-elle modulée
par un contexte familial différent ?
on sait que s’occuper des enfants, qu’on soit parent ou professionnel
est un enjeu considérable. Toutefois, on a beaucoup
dit que de s’occuper des enfants des autres est une chose très
facile, alors que cela n’a rien à voir avec le fait de s’occuper de
ses propres enfants. l’enfant étant très dépendant, comment
apporte-t-on le soin nécessaire, sans « boucher » l’image parentale
? Il s’agit d’une question qui est au cœur même de la
professionnalisation des soins.
Génétiquement parlant, le bébé humain est le seul qui ne construit
pas son cerveau au complet in utero. Tous les autres animaux
quand ils naissent ont un cerveau presque complété. Ils
peuvent presque tout faire, seuls. Déjà Freud constatait que
dans l’espèce humaine, la grossesse est plus courte comme
s’il manquait un quatrième trimestre de gestation. la dépendance
de l’enfant est un très grand risque et impose qu’on
s’occupe de lui, sinon il meurt, mais la chance évolutive est
que cela donne une ouverture, une diversité ; le cerveau se
développe à l’air libre, dans sa rencontre avec l’autre, avec son
travail psychique. Chaque enfant rencontre un environnement
différent qui s’inscrira profondément dans l’organisation cérébrale
même du bébé.
Dans une trentaine d’années, il sera certes très intéressant de
voir par exemple l’impact de la « gestation pour autrui » sur
l’organisation psychique des enfants nés de cette technique
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
de fécondation. on sait que dans leur développement, les
enfants se mettent un jour à rêver que leurs parents ne sont
pas vraiment leurs parents. Que leur véritable père est toutpuissant
et merveilleux. Cette fantaisie refoulée porte surtout
sur le père, mais un jour, la technologie aura produit une
image très diffractée de la mère. la mère porteuse, la mère
biologique et la mère désirante coexisteront, et l’on aura
affaire à une tout autre réalité. Bien sûr aujourd’hui, nous
sommes déjà dans la période de transition. Par exemple,
nous devons parler de « milieux d’accueil différents » en ce
qui a trait aux types de familles, qu’elles soient recomposées,
homoparentales, monoparentales volontaires, etc. Nous
n’avons pas suffisamment de recul pour voir ce qui va ou peut
devenir pathogène et ce qui va créer des modèles adaptatifs.
Par rapport à la question de l’adoption, par ailleurs, l’Institut
Pikler a beaucoup d’expérience. l’adoption peut être une
solution finale, mais l’enfant et les familles doivent être
accompagnés dans cette démarche.
Un autre questionnement, concernant l’image et l’adaptabilité
des enfants par rapport à la différence parentale, relève du
fait que les CPe et les écoles sont principalement des milieux
féminins ; la représentation sexuée des adultes a été réfléchie,
entre autres, par le pédopsychiatre et psychanalyste Didier
ouzel. Il en a conclu que dans les familles, ou dans les équipes
de travail, qui ont su trouver le moyen d’équilibrer les composantes,
l’enfant se servira de cet équilibre pour sa propre
croissance et sa maturation psychique. Dans une équipe purement
féminine, l’important est de donner les moyens pour
équilibrer les composantes ; c’est ce qui a été effectué à lóczy,
où les limites et la hiérarchie sont respectées. D’ailleurs, il est
surprenant de constater que dans les pouponnières, parmi les
dix premiers mots prononcés par les bébés, le mot « homme »
y figure toujours, même s’il n’y en a pas parmi les éducatrices.
Un bon milieu d’accueil pour soutenir les enfants
Dans un monde bigarré et diversifié comme le nôtre, où la
différence est omniprésente, éviter les jugements devient
une mesure à adopter. À cet effet, un bon service de garde
peut faire beaucoup, en bien soutenant les parents. Dire
d’une mère qu’elle est bonne ou non, non seulement blesse
les parents, mais traduit un manque de confiance envers eux.
Trop souvent, les professionnelles de la santé, des services
sociaux ou d’autres réseaux, sont consternées par des situations
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familiales. Plutôt que de développer de l’empathie, bien des
préjugés apparaissent et, devons-nous le répéter, ils sont très
dommageables. Même si elles sont très souvent masquées par
la lourdeur du quotidien, les compétences des parents doivent
être respectées.
Une professionnelle qui n’entretient pas de bons liens avec le
parent ne pourra pas entretenir de bons liens avec l’enfant,
puisqu’elle verra toujours le mauvais parent à travers l’enfant.
et pourtant, l’enfant doit se sentir à l’aise, il doit profiter de sa
rencontre avec une nouvelle personne, il doit développer une
amitié avec l’éducatrice. le lien est important pour l’enfant ;
il doit être vu, il doit avoir le sentiment d’être accepté. C’est
un art que de s’occuper des enfants des autres dans l’amour
professionnel et le plaisir. Tout en restant dans le cadre professionnel,
la relation doit être chaleureuse. Moment intime et
chaleureux, la relation est tout aussi importante pour l’adulte,
pour l’éducatrice.
Pour y arriver, le milieu de travail doit fournir toute l’aide
nécessaire, afin que puisse être atteinte la qualité de soin souhaitée
: le soutien, l’accompagnement sont des enjeux pour
l’adulte et la formation devient alors un élément essentiel pour
y parvenir. elle permet aux intervenants d’apprendre à décoder
les comportements et à accompagner les familles. l’aide
de l’équipe est aussi essentielle. Face aux familles démunies, la
tendance est soit de baisser les bras soit de faire toujours plus,
avec un risque réel de craquer. le rôle de l’équipe permet de
s’entraider, de s’aider, de se soutenir. Ce sont des ingrédients
qui peuvent être bien intégrés dans les organisations. Toutefois,
ils ne permettent pas d’atteindre les objectifs visés s’il n’y
a pas, en plus, le plaisir et l’amour. sans amour, on ne peut pas
être avec les enfants. Il est possible que l’éducatrice se sente
débordée, mais elle doit vouloir rester avec les enfants. si elle
perd le plaisir, si la joie profonde d’être avec les enfants disparaît,
même si tous ses gestes sont maîtrisés, si elle est polie,
même si elle travaille comme avant, les enfants le sentiront
immédiatement et ne seront pas bien ; les enfants sentent ces
choses bien plus tôt que les adultes.
Devant le travail de l’éducatrice, les parents sont quelquefois
découragés. Mais le parent ne doit pas imiter l’éducatrice,
et vice versa. le lieu d’accueil permet de proposer une tranquillité,
presque thérapeutique, mais il n’est pas réaliste de
demander la même chose aux familles ; la vie de famille est
beaucoup plus complexe que la vie en institution. Il ne faut
pas attendre des parents qu’ils suivent la façon de faire de
l’établissement. Il est possible qu’elle adopte quelques gestes,
mis on ne doit pas mêler les deux fonctions :
24
« la mère doit être assez bonne, c’est déjà beaucoup.
Mais pour la professionnelle, c’est mieux d’être parfaite. »
- Anna Tardos
L’être humain se construit dans la complexité
les quelques décennies qui ont suivi la seconde Guerre mondiale
ont vu s’accomplir plus de progrès en matière de pédiatrie
qu’en ont vu tous les millénaires qui l’ont précédée.
on en sait beaucoup plus qu’avant ; le travail des pédiatres
qui permet aux enfants de mieux naître, physiquement, a fait
un bond immense. Mais, nous avons encore beaucoup à faire
pour les faire mieux naître psychiquement. Pour y parvenir
et mettre en œuvre nos connaissances, de nombreux obstacles
nous gênent : des obstacles politiques, économiques ou
idéologiques, et même des obstacles intérieurs. en effet, par
moment, l’enfant nous entraîne dans des sentiments ambivalents,
car oui, quelquefois, l’enfant nous irrite. Il faut accepter
ces sentiments contradictoires, tout en sachant vers quoi il
nous entraîne. Il ne s’agit pas ici d’aimer et de ne pas aimer
en alternance; il s’agit de ne pas aimer et d’aimer en même
temps. Aux prises avec cette ambivalence, ce tiraillement de
deux mouvements contradictoires, il n’est pas rare que les parents
puissent se sentir coupables.
la plus grande ambivalence toutefois est portée dans deux
phrases qui ont chacune leur valeur propre :
« l’enfant ne peut attendre, son nom est aujourd’hui »
- Gabriela Mistral
« le temps méprise ce que l’on fait sans lui »
- Paul Morand
les deux sont vraies, tout en étant contradictoires ;
il faut
savoir moduler le temps et l’adapter au rythme de la vie. les
professionnels doivent modeler le suivi des enfants dans la
durée, en s’assurant que les bilans aient des intervalles suffisants
entre eux pour permettre les changements, mais ils ne
doivent pas trop attendre, car l’enfant quelquefois a besoin
d’interventions urgentes.
Il existe d’ailleurs un déséquilibre flagrant entre le développement
technologique et le développement spirituel : la technologie
exige toujours une plus grande rapidité, alors qu’on
doit prendre le temps d’écouter les enfants. Il n’est pas plus
long de regarder les enfants et de les écouter nous parler, mais
on accorde ainsi une réelle importance à l’enfant. l’adulte ne
doit-il pas lui donner l’exemple pour qu’il puisse reproduire
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://AUef0fscF0QDtoaxNvY6JM0VIuFYh24BqZzrZMo8mEAÍÕÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLn׉EÚVcette volonté de prendre le temps ? Chaque adulte doit savoir
qu’il a un impact sur l’enfant, et doit se sentir responsable de
ce qu’il transmet comme message.
Ce « temps à prendre » est un incontournable et ce sujet
soulève bien des inquiétudes. Il est important, nécessaire, de
laisser les enfants prendre le temps ; on attend souvent des
résultats rapides, alors que tragiquement, à cause de cela, on
met nos enfants en position d’échec. Déjà le parent n’a pas
souvent l’occasion ou la capacité de prendre le temps. Notre
société impose la vitesse, on inscrit les enfants à un nombre
incalculable de cours et d’activités. Ils sont bousculés, n’ont
plus le temps de faire leurs propres découvertes par le jeu.
Investir en prévention constitue également un bel exemple
de respect du temps : investir dans des projets, dans
l’accompagnement ; est-ce réaliste de consacrer davantage
de temps aux enfants, aujourd’hui ? on dit qu’un dollar
investi sauve 5 $ en éventuelles interventions, mais est-ce un
calcul que les fonctionnaires peuvent faire ? Quand on mène
ce genre d’études, on regarde les gains éventuels, en diminution
de l’utilisation aux services de santé, diminution du taux
de décrochage et d’absentéisme des parents, etc.
Il est clair
qu’actuellement on sous-estime la réalité, investir à long terme
est rentable au plan économique autant qu’au plan sociétal.
les programmes actuels accompagnent les parents dans leur
démarche, agissent sur l’environnement grâce à la coordination
de ressources locales. Ces programmes sont efficaces
à court terme pour le développement de l’enfant, et à long
terme, sur la santé du jeune adulte que sera l’enfant.
Il faut donc réunir les conditions qui permettront la création et
le développement de politiques favorables à l’enfance. Toutes
les activités mises en place auprès et autour des enfants et
des parents sont essentielles, mais ne sont valables que si la
société est d’accord. Actuellement, dans notre société, on n’a
malheureusement pas l’impression que ces orientations sont
les bienvenues, les décisions politiques n’y sont pas.
Les mots pour le dire
on n’a pas beaucoup de mots en français pour bien décrire
la relation entre l’éducatrice et l’enfant : le plaisir, l’amour
professionnel, l’attachement, l’intérêt en sont tous, un peu.
la question du toucher doit également être réfléchie, mais
avec prudence, finesse et sans précipitation, car elle reste très
délicate. D’abord, pour structurer un enfant, on ne doit pas
REGARDS CROISÉS sur la petite enfance
toucher le corps pour l’exciter ou pour le détruire. Myriam
David avait repris la question du toucher dans l’une des
dernières entrevues accordées ; ce toucher est un toucher
« pour être ensemble », marque d’un infini respect de la juste
distance qu’il doit y avoir entre une professionnelle et un
enfant. Il est toutefois intéressant de souligner que l’agressivité
physique se transmet aussi par le toucher, et que la façon de
toucher joue donc un rôle prépondérant dans toute cette
réflexion.
Et la télévision ?
Étrangement, il y a de moins en moins d’enfants, mais on a
toujours moins de temps ! en outre, on ne peut pas passer
sous silence le lien qui se crée entre la question du temps et
la technologie.
les recherches se rejoignent dans ces domaines ; on passe de
l’acte à la pensée par un processus complexe. la vie psychique
ne peut se développer qu’à partir d’un manque ; pourtant,
par réflexe, crainte ou peurs multiples, on s’assure pour combler
les manques de bombarder les enfants et même les toutpetits
avec des stimuli sensoriels sans limites : la télévision.
elle occupe toute la place et actuellement, même les bébés
sont placés devant la télévision pendant des heures. les cliniciens
constatent une augmentation du nombre d’enfants dits
hyperactifs, et une augmentation des enfants qui ont
d’étranges troubles de la modulation sensorielle. sans être des
autistes, ils éprouvent des difficultés à associer et à donner
un sens aux stimulations sensorielles dont on les bombarde. Il
faut impérativement renverser la vapeur et faire comprendre
que le manque et le silence sont aussi nécessaires au développement.
Comment y parvenir ? en créant des espaces qui permettent
le jeu et qui ouvrent à la culture.
25
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Pourtant, malgré notre « manque de temps » chronique, le
temps passé devant un écran continue à augmenter. Devenu
un véritable problème, cette situation est vivement et de
plus en plus dénoncée : le temps passé devant un écran augmente
en même temps que le taux d’obésité et que les coûts
humains et sociaux. la santé publique évalue actuellement
l’impact négatif du bombardement sensoriel provoqué par ce
temps – écran, et surtout chez les tout-petits, et d’ici peu,
une recommandation devrait être déposée selon laquelle un
enfant de moins d’un an ne devrait être exposé à aucun écran.
les données concernant les enfants entre un et deux ans ne
sont pas encore connues, mais pour les enfants qui ont entre 2
et 5 ans la recommandation est de ne pas dépasser une heure
par jour. Il a clairement été établi par la santé publique que les
effets sont plus dommageables que ce qu’on pense.
Du temps pour l’adulte, du temps pour l’équipe
Temps qu’on laisse à l’enfant : pour donner ce temps, même si
c’est plus difficile, ne faut-il pas donner du temps aux adultes
éducateurs pour réfléchir aux manières de donner du temps
aux enfants ?
en milieu d’accueil, comme dans toutes les institutions, le
temps d’élaboration est très important. sans être excessif, il
reste crucial. Malheureusement, alors qu’ils sont essentiels,
ce sont toujours ces temps qui sont retirés, en période de
restrictions économiques. Il s’agit d’un temps non contrôlable ;
personne ne peut dire « Il faut qu’on règle ça en 10 minutes
», puisque les temps d’élaboration ne sont pas des temps
de logique déductive ou des temps quantifiables. Mais
encore faut-il qu’elles soient faites avec professionnalisme :
il y a souvent lors des réunions d’équipe d’inutiles et stériles
« monologues juxtaposés ». Parler des ressentis, avec empathie
et émotion à partir d’un enfant précis, se sentir accueillie par
un « contenant d’équipe », c’est là que la réunion peut avoir
une très grande valeur. le « temps d’association de pensées »
dans une équipe doit être revendiqué comme une mesure
immuable, malgré sa difficulté de financement.
Il appartient à la profession de réfléchir, mais aussi d’écrire.
Il faut prendre le temps d’écrire pour pouvoir observer, pour
pouvoir vraiment voir tous les enfants ; écrire tous les jours
dans un cahier, plus que noter simplement ce qu’il a mangé
et à quoi il a joué, mais écrire concrètement tout ce qui est
observé, noter chaque élément qui traduit le développement
de l’enfant. D’ailleurs, l’éducatrice qui observe est plus
« présente » aux enfants. Ainsi, donner du temps relève d’une
26
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
volonté administrative, puisque le travail avec les enfants n’est
pas seulement du temps passé avec les enfants, mais inclut
toute la préparation et la réflexion.
l’utilisation du cahier de bord doit être naturelle et systématique
; il permet de poser des questions sur un moment de
la journée, sur le développement, sur le contenu des jeux. Il
doit être vu comme acte professionnel continuel, à maintenir,
car les enfants changent. Certaines conditions doivent être
respectées pour que la vie d’équipe se développe ; c’est le
cas de l’accueil des collègues, que celles-ci exercent ou non
la même profession. Ainsi, l’équipe réfléchira ensemble,
accueillera les avis et se posera des questions, cherchant
ensemble des solutions lorsqu’un problème se pose.
Une des tendances générales et culturelles actuelles est
d’accorder une priorité permanente à l’information ponctuelle,
mais jamais à la parole comme récit. Pourtant, pour permettre
au bébé de se construire comme bébé, on doit l’aider
à construire son identité narrative. Un jour, il pourra raconter
son histoire et se la raconter lui-même. l’identité narrative
se construit uniquement si l’on rencontre des gens qui sont
eux-mêmes dans la narrativité, comme c’est le cas à lóczy où
le journal des enfants est lu avec plaisir, travaillé avec plaisir.
C’est ça qui permet la construction de l’identité.
Dans les métiers de la petite enfance, il est un besoin de développer
et de sauvegarder l’ouverture à l’inattendu. les professionnels
doivent rester ouverts face à ce qui n’était attendu ni
de la part des familles, ni des patients, ni des interlocuteurs,
ni de la clientèle, ni d’autres professionnels ! Il faut laisser une
ouverture immense à ce qui combat les préjugés, il faut construire
avec ce qui nous étonne.
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03
L’ENFANT, UN MONDE À
RE-CONNAÎTRE
Charles e. CAoUeTTe
Professeur honoraire • Québec
Re-CoNNAÎTRe l’enfant, c’est aussi éprouver de la reconnaissance
à son endroit. C’est dire à chaque enfant dans vos CPe,
ici au Québec et à travers le monde : « Merci d’être là ! Aidenous
à être dignes de toi, à la hauteur de ton potentiel, à la
hauteur de ton goût de vivre, de ton goût de te développer et
de devenir l’Être humain unique et irremplaçable que tu es. »
la garderie à l’université), on ne peut agir à l’encontre de ses
principes et de ses valeurs, on ne peut le faire sans porter
atteinte à sa propre joie de vivre et à sa propre santé mentale.
Il y a toujours un prix énorme à payer lorsqu’on essaie de se
mentir à soi-même. Vous le savez, les enfants ne s’y trompent
pas ; ils savent aussi nous Re-CoNNAÎTRe.
Le monde de l’enfant à re-connaître
C’est en 1959, il y a donc plus de 50 ans, que l’oNU a adopté
la Déclaration des droits de l’enfant où il est clairement écrit
que « l’Humanité se doit de donner à l’enfant le meilleur
d’elle-même ».
où en sommes-nous aujourd’hui ? Avons-nous progressé
ou régressé ? sommes-nous en train de tromper l’enfant, de
dénier ses droits, alors que nous sommes en train de le « sculpter »,
de le « formater », de l’organiser à notre goût, selon les
attentes des parents et des exigences (aléatoires) des administrations
scolaires et sociales ?
les besoins fondamentaux de l’enfant n’ont pas tellement
changé, mais il est devenu plus difficile et plus urgent de
répondre à ces besoins, d’assurer une plus grande concertation
et une meilleure collaboration entre les éducatrices et les
parents.
Ce que j’ai pu observer au cours des dernières années, c’est
que ceux et celles qui avaient fait de vrais changements dans
leurs interventions auprès des enfants et dans la qualité de leur
présence sont précisément ceux et celles qui avaient fait des
changements dans leur propre vie, ceux et celles qui avaient
appris à mieux respecter leurs propres besoins, ceux et celles
qui avaient appris à mieux se ressourcer au plan personnel
et professionnel et, enfin, à s’accorder le temps nécessaire de
silence, de repos, de méditation et de cheminement vers une
plus grande cohérence et vers la transcendance.
Je crois qu’il est déjà clair pour chacune d’entre vous que,
dans quelque domaine ou quelque institution que ce soit (de
28
les besoins de l’enfant demeurent fondamentalement les
mêmes, soit :
- être aimé et le ressentir ;
- être respecté et le ressentir.
l’enfant ressent souvent diverses peurs, notamment celles
d’être bousculé, de devoir toujours progresser, d’être suralimenté
et « surstimulé »… Comment garderai-je ma soif
d’apprendre à mon rythme et à ma manière ? C’est à travers
son ressenti que l’enfant perçoit émotivement s’il est
réellement aimé et respecté, s’il est aidé à vivre sa propre
enfance et aidé à se développer comme enfant. Mais l’enfant
ne s’y trompe pas : à travers nos discours emberlificotés et
l’incohérence de nos interventions, l’enfant sait, lui aussi, nous
re-connaître…
Vous n’aurez point pour moi de langage secret
J’entendrai des regards que vous croirez muets.
Jean Racine
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://W5bKxlUDS_wTsAoswCmqgJnxK85Nim4K7C8hbm3azVAÍ=Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLv׉EÚñLe monde autour de l’enfant
PARABOLE DE L’AQUARIUM
Il m’est arrivé un jour d’être tout seul, en silence devant un
immense et très bel aquarium plein de poissons rouges. À
un moment donné, hypnotisé, je me suis mis à parler aux
poissons et leur ai demandé ce qui les rendrait totalement
heureux.
le premier a répondu : « Moi, c’est la nourriture… Je suis
fatigué de manger toujours la même chose; il me semble
qu’il doit rester encore quelques insectes, quelques beaux
vers dans la vie ».
l’autre, un peu poète, me dit : « Moi ce qui me fatigue, ce
sont les fameuses plantes vertes qui bougent tout le temps,
qui n’ont pas l’air vraies, qui deviennent laides et visqueuses ».
Un troisième me dit : « Qu’on ait un petit enclos, une
petite cours de récréation, pour y mettre les petits énervés
qui s’agitent trop. Il faudrait qu’on puisse les isoler un peu,
qu’on puisse au moins faire des siestes. on dirait que ces
jeunes n’ont jamais eu ni parents ni grands-parents, il faudrait
peut-être les mettre au Ritalin ? »
Un autre, bel adolescent, a proposé qu’on ajoute des vitamines
dans l’eau pour qu’il devienne plus fort, plus musclé,
plus séduisant.
J’ai demandé pourquoi aucun n’avait dit que ce qui le rendrait
totalement heureux, ce serait de se retrouver à la mer
des Caraïbes, d’où ils viennent tous, directement ou indirectement.
Ils
ont répondu : « Non mais, es-tu malade ? Qui va nous
nourrir, nous protéger des prédateurs, qui va fermer les
lumières le soir ? »
J’ai alors compris la morale de cette histoire : À force d’avoir
la tête dans l’aquarium, on finit par avoir l’aquarium
dans la tête. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour
reconnaître que présentement, nous vivons tous dans un
« aquarium ». Cet aquarium, c’est le paradigme industriel,
avec son économisme dominant, son capitalisme sauvage.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Il est prioritaire et urgent que, comme éducatrices et éducateurs
des jeunes enfants, nous nous engagions activement et
participions à ce mouvement de fond pour que, progressivement,
nous fassions participer les enfants, dès leur bas âge, à
l’émergence de valeurs nouvelles, à l’émergence d’une nouvelle
manière de vivre ensemble, dans les valeurs de respect,
de partage et de convivialité.
29
et c’est totalement en fonction de ce paradigme que nous
concevons le sens de la vie et, pire, le sens de l’éducation,
l’éducation de cet enfant que nous cherchons pourtant à
respecter.
À l’image de cet aquarium dans lequel nous plongeons la tête,
nous sommes déformés et aveuglés par le paradigme industriel
dans lequel nous avons été éduqués et « formatés » à
éduquer, comme en témoignent nos préoccupations de performance,
notre recherche de l’excellence à tout prix, avec ses
effets néfastes sur la santé et la joie de vivre.
Mais il y a de plus en plus d’éclaircies. Il y a des signes évidents
qu’une transformation est en train de s’opérer à travers
le monde et j’ajoute, sans hésitation, qu’une transformation
majeure est aussi en train de s’opérer ici même au Québec.
serons-nous de ceux qui collaborent à créer ces changements
ou de ceux qui le ralentissent parce qu’ils en ont peur ?
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Il est prioritaire et urgent surtout que nous cessions de « déformer
» les enfants dans le sens de l’individualisme, de la
compétition, de l’intolérance et de la violence du paradigme
industriel et du capitalisme sauvage.
Comme des dominos qui décident de se relever, nous
devons contribuer activement au changement de civilisation
soIRÉ e D’oUV e RTUR e
Animée par le comédien sylvain MAssÉ
auquel nous sommes conviés et, à la manière des bâtisseurs de
cathédrales, bâtir ensemble, pour nous et pour tous les jeunes
enfants qui commencent leur vie, une nouvelle société plus
saine, plus joyeuse et conviviale.
Par le chant et les rythmes corporels, les participants et de nombreux conférenciers
vivent à l’unisson un moment de qualité avec sAMAJAM.
30
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://BSByF5CmP8FmRm_kKPfBbCYi8YFUsuprZbDOZ_Ni-qwÍŒÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLz׉EÚQ04 DES SENS AU SENS
Le travail de la polysensorialité
Bernard Golse
Pédopsychiatre et psychanalyste • France
l’importance de la sensorialité dans le champ de la construction
du sujet n’est plus à démontrer actuellement, et il y a
même là un domaine de dialogue, enfin possible, entre la
psychanalyse et les neurosciences.
exister comme une personne (devenir quelqu’un). Nous savons
mieux, aujourd’hui, à quel point les émotions et la polysensorialité
du bébé se trouvent en position centrale dans l’étude
des interactions précoces dont le dialogue tonique, ou tonicoémotionnel,
s’avère désormais un élément essentiel, et la
question de la synchronie polysensorielle se trouve aujourd’hui
au cœur de toutes les réflexions sur les interactions précoces
(A. Ciccone).
La comodalisation des flux sensoriels selon le point de vue
cognitif
en français, nous avons la chance de disposer du même
signifiant pour les deux signifiés différents que sont les organes
de la sensorialité (les sens) et la signification (le sens), ce
qui montre à quel point l’accès au sens, ou le chemin des connaissances,
dépend fondamentalement de la sensitivité et de
la sensorialité, et c’est tout l’intérêt de faire, ainsi, un lien entre
la dynamique du développement psychique et cette convergence
linguistique particulière.
Dans son travail sur le « Moi-Peau », Didier Anzieu avait,
en son temps, beaucoup insisté sur le fait que, selon lui, la
réflexivité de la pensée s’enracinait dans la réflexivité de la
sensorialité, et en particulier dans celle de la peau qui précède,
probablement, toutes les autres : dès que l’on touche, on est
touché par ce que l’on touche, et c’est seulement dans un
temps second que ce couplage entre la position active (toucher)
et la position passive (être touché) s’organisera au niveau
des autres sensorialités (voir / se voir, entendre / s’entendre,
sentir / se sentir, goûter / se goûter).
Des sens au sens, il y a ainsi tout un chemin qui ouvre sur
la construction de la réflexivité psychique, laquelle se trouve
au cœur même des processus de subjectivation, soit des
processus qui permettent au bébé, une fois né, de se sentir
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Un certain nombre de travaux de type cognitif (A. streri)
nous apprennent aujourd’hui que l’articulation des différents
flux sensoriels issus de l’objet est nécessaire pour que le
sujet puisse prendre conscience du fait que l’objet concerné
lui est bien extérieur. Autrement dit, aucun objet ne peut, en
effet, être ressenti comme extérieur à soi-même, tant qu’il
n’est pas appréhendé simultanément par au moins deux
modalités sensorielles, ce qui met nettement l’accent sur
l’importance de la comodalisation comme agent central de
l’accès à l’intersubjectivité. Il nous semble qu’à leur manière,
les cognitivistes rejoignent, là, une position psychodynamique
classique selon laquelle la découverte de l’objet est fondamentalement
coextensive de la découverte du sujet, et réciproquement
dit, même si les travaux cognitivistes font, en
réalité, le plus souvent référence à une intersubjectivité primaire
d’emblée efficiente chez le bébé. en effet, repérer l’objet
comme extérieur à soi-même suppose, dans le même mouvement,
de reconnaître le soi comme l’agent des perceptions
en jeu et pas seulement comme l’agent des actions produites
(processus d’agentivité).
Le vécu d’extériorité de l’objet : une convergence entre
psychanalyse et cognition
Vivre l’objet comme extérieur à soi-même, soit le vivre
en extériorité, suppose donc, bien évidemment, l’accès à
l’intersubjectivité, et l’élaboration du deuil de l’objet primaire
qui sous-tend le processus de différenciation extrapsychique.
D’un point de vue psychodynamique, cette possibilité de vivre
l’objet en extériorité se trouve éclairée par les concepts de
mantèlement et de démantèlement (D. Meltzer), tandis que
d’un point de vue cognitiviste, c’est le processus de comodalisation
des flux sensoriels émanant de l’objet qui se trouve
au premier plan des réflexions. Il y a donc, là, à propos de
l’articulation des flux sensoriels, une certaine convergence
à signaler entre les deux approches, psychodynamique et
cognitive. Cette convergence entre les deux types d’approche,
31
׉	Ú 7cassandra://h56D5RMVTTqu8BXQYVJtzDy7fbBI3avYZkTIAy1pGfoÍzÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL{�×W™ä°֓ÍLz�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://kzYPPh6kej1AhgM-ZECGdbPCpF5R4nNN7WiBm9pGXesÎ VÃÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://bDRjX7Y5-WSfaCWOvXkF0KP9LIAM0N_Am0tvVz6OooYÍ`7Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://em8bxEmPBirmJYsDNbnE_wbjNdyZtE0iJGCXEUfO_WoÍ:Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://zOjsznOvfl9W6_dKc9hjCS5tUJ_Z7tyCryD7RkA0mOo͐j͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL|טš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://CPmQ0nJxxGPM8zPNELyrzT0UkRPJ7_ZzDQFlDu5hieQÎ :¡Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://ab8Krg2RcNGuUkMfWE6xG4UJbfA3bhd79WGq1gIk3PcÍ`øÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://RV4rfBSPQETOTHdqm-0eWzCK93hMtTC5n8ZnN7DMibMÍeÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://ZieodTHLPOYsSde3diTKMtPiz9l5ka9mF4pj-FluFGUͅOn͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL}׉EÚwCOLLOQUE
psychodynamique et cognitive, est suffisamment rare pour
qu’on prenne la peine de la souligner et de considérer qu’elle
témoigne, probablement, du fait que ces concepts de mantèlement
ou de comodalisation représentent deux approches
complémentaires d’un seul et même phénomène développemental,
appréhendable selon différents vertex.
Ceci étant, on peut faire l’hypothèse d’un équilibre nécessaire
entre d’une part le couple dialectique mantèlement /
démantèlement (mécanisme intersensoriel) et le phénomène
de segmentation des sensations (mécanisme intrasensoriel),
étant entendu qu’il n’y a pas de perception possible sans une
mise en rythme des différents flux sensoriels. Ce travail de
comodalisation perceptive ne peut se faire, en effet, que si
les différents flux sensoriels s’avèrent mis en rythmes compatibles,
et si ce travail de comodalisation s’effectue, comme
on le pense aujourd’hui, au niveau du sillon temporal supérieur,
alors s’ouvre une piste de travail passionnante, dans la
mesure où cette zone cérébrale se trouve également être la
zone de la reconnaissance du visage de l’autre (et des émotions
qui l’animent), de l’analyse des mouvements de l’autre
et de la perception de la qualité humaine de la voix. la
voix de la mère, le visage de la mère, le holding de la mère
apparaissent désormais comme des facteurs fondamentaux de
la facilitation de, ou au contraire de l’entrave à, la comodalité
perceptive du bébé, et donc de son accès à l’intersubjectivité.
Ceci nous montre que les processus de subjectivation se jouent
fondamentalement, au niveau des interactions précoces, comme
une coproduction de la mère et du bébé, coproduction
qui doit tenir compte à la fois de l’équipement cérébral de
l’enfant, de ses capacités sensorielles, et de la vie fantasmatique
inconsciente de l’adulte qui rend performants, ou non,
ces divers facilitateurs de la comodalité perceptive.
Eléments bibliographiques appelés dans le texte
ANZIeU, Didier. Le Moi-peau, 2e
1995, 304 pages.
CICCoNe, Albert et Alberto KoNICHeCKIs. La vie psychique du
bébé, coll. Inconscient et Culture, Paris, Dunod, 2012, 288 pages.
MelTZeR, Donald. Explorations dans le monde de l’autisme, coll.
Bibliothèque scientifique, Paris, Payot, 1980, 320 pages.
sTeRI, Arlette. « la naissance : un état particulier », Le développement
du nourrisson, sous la direction de Roger lécuyer, coll. Psycho
sup, Paris, Dunod, 2004, 544 pages.
éd., coll. Psychismes, Paris, Dunod,
05
ACCUEILLIR L’ENFANT
ÉTINCelle
Conseil et formation en développement relationnel • France
la conférence Accueillir l’enfant a été présentée par le truchement
du théâtre-forum ; les participantes ont donc pu prendre
une part active à la démarche.
Accueillir l’enfant dans un espace collectif et public lui
offre une possible opportunité d’élargir son espace de vie et
d’exploration, sous réserve qu’il s’y sente en sécurité et accompagné.
les enfants et leurs familles ressentent nécessairement
des appréhensions dans cette « rencontre », particulièrement
au moment de la séparation et des retrouvailles. Accueillir,
c’est faire place à l’autre. Cela nécessite de la présence, de la
disponibilité et de l’ouverture, mais également la capacité à
poser des limites et à contenir des comportements pour que
personne ne se sente envahi.
l’intention d’accueillir est présente dans les structures
d’accueil, mais peut rencontrer des difficultés de mise en
œuvre et nécessite de développer ses compétences relationnelles,
telles que :
-
-
-
la capacité à accueillir ses propres pensées, émotions et
sensations pour répondre à ses propres besoins ;
la capacité à exprimer ses valeurs et besoins et les règles
qui en découlent.
les mises en situation présentées ont abordé trois différents
aspects de l’accueil, l’impulsion d’un enfant et le besoin du
parent de savoir ce qui s’est passé pendant la journée.
32
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
la capacité d’empathie pour accueillir sans jugement
l’émotion de l’autre et sa vision du monde ;
׉	Ú 7cassandra://em8bxEmPBirmJYsDNbnE_wbjNdyZtE0iJGCXEUfO_WoÍ:Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL~׉EÚla première scène présente un parent qui laisse son enfant
à la crèche pour la première fois une journée complète. son
inquiétude est contagieuse et participe à la difficulté de la
séparation. Il a du mal à partir, il revient à plusieurs reprises,
a peur d’avoir oublié de donner des consignes. la professionnelle
ne sait pas comment accompagner cette séparation.
la deuxième scène présente un enfant qui, à la vue du
repas, a du mal à attendre et exprime son désir de manger
sur l’instant. Comment accueillir son impulsion sans jugement
tout en l’aidant à attendre ?
la dernière scène évoque les retrouvailles du parent et de
l’enfant en fin de journée. Comment accueillir le parent et que
lui partager de ce que son enfant a vécu ?
les situations jouées illustrent la problématique et la rendent
vivante. l’animateur a invité les participantes au débat pour
faire émerger les ressentis, les interprétations et les propositions
de changement. Un spectateur est invité à remplacer un
personnage pour tester son idée. la scène est rejouée. les
spectateurs font part des changements qu’ils ont observés.
D’autres idées émergent et enrichissent la réflexion, de nouvelles
propositions sont jouées… Il ne s’agit pas de trouver
la solution miracle qui règlerait tous les problèmes, mais de
développer chez chacun la capacité créatrice de trouver la juste
attitude dans une situation donnée, qui prenne en compte les
besoins de chacun et apaise les tensions.
importante : sommes-nous en lien avec la mission de l’entreprise ?
Malheureusement, trop peu de gestionnaires connaissent
vraiment la mission de l’entreprise pour laquelle ils œuvrent.
elle est souvent un bout de phrase sur un morceau de
papier et personne ne revendique plus d’actions en son nom.
en raison de cet état, nous voyons des individus qui souffrent
dans les organisations, des organisations elles-mêmes souffrantes
et des clients insatisfaits qui restent parce qu’ils n’ont
pas d’autres choix.
l’entreprise se doit donc d’être un milieu d’échange, un échange
entre l’entreprise et le client, avec ses besoins et sa réalité, un
échange entre ses employés, leurs besoins et leur réalité.
Travail délicat s’il en est un ; le devoir du gestionnaire consiste
à créer ce lieu d’échange fédérateur et mobilisant. Un lieu où
les actions alignées sur la satisfaction des besoins du client en
lien avec le respect de la mission et l’actualisation des besoins
à la fois organisationnels et motivationnels des employés. Cet
outil puissant, ignoré de plusieurs gestionnaires, se doit donc
d’être questionné, revisité et mis au goût du jour avec l’aide
des intervenants du milieu.
06
POUR UNE GESTION AU SERVICE
DE LA MISSION
Michel BÉlANGeR
Consultant • Québec
la mission de l’entreprise est au cœur de sa vie, de sa
raison d’être. Il importe donc à chaque gestionnaire, à chaque
membre de l’équipe de la connaître, de la comprendre, de la
faire vivre. Mais vous, connaissez-vous la mission de votre entreprise
? est-elle au cœur de vos actions, de vos décisions ?
le premier acte de délégation de l’entreprise envers ses gestionnaires
est la délégation de la mission. en effet, comme gestionnaire,
je me dois de la faire vivre, de la véhiculer, de la comprendre
et de la propager. Mon quotidien en tant que gestionnaire, consiste
donc à me demander chaque jour, lors de chaque décision
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Tous doivent y adhérer afin que les services offerts soient en
lien avec lui. C’est par cette unification et par la compréhension
commune de cette mission / vision, que nous pourrons
offrir des services à la hauteur, voire supérieurs, aux attentes
des clients. C’est pour cette raison que le gestionnaire ne
devrait jamais hésiter à invoquer la mission. Rappel à l’ordre
pour les fournisseurs, par les employés, même pour les clients.
« Je ne peux agir ainsi, car ce n’est pas en lien avec notre mission
» est une phrase légitime en milieu de travail.
33
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Notre responsabilité de gestionnaire tourne donc autour de
la création d’un environnement mobilisateur, qui devient
motivant pour les employés, car il est en lien avec une raison
d’être, un sens que tous comprennent.
De même, ma relation avec la clientèle s’en trouve simplifiée,
car lorsque les clients lisent notre énoncé de mission, nos
valeurs, la couleur que l’on veut donner à notre environnement,
ils savent ce qu’ils « achètent » et sont rassurés par notre offre
de service. Ainsi en est-il de nos partenaires qui comprennent
notre place dans le processus d’accompagnement des enfants
vers l’école. Cela leur permet de nous traiter en partenaires
signifiants plutôt qu’en mal nécessaire.
Faire vivre la mission ! Voilà donc le défi du gestionnaire
mobilisateur et inspirant que vous devez être !
Bienvenue en pays de la gestion !
07
OBSERVER UN ENFANT POUR MIEUX LE
CONNAÎTRE
Alain leBel
Pédopsychiatre • Québec
Le Québec a la chance d’avoir développé un réseau de centres
de la petite enfance accessibles ainsi que l’accès à des congés
de maternité/parentalité substantiels pour les nouvelles
familles. Cela représente une avancée sociétale inestimable à
condition qu’elle soit utilisée à bon escient.
la réflexion de ce texte se fait à partir du cadre de l’observation
du nourrisson selon la méthode d’esther Bick qui, dès 1948, a
instauré une méthode d’observation en milieu naturel pour former
les psychanalystes d’enfants et d’adultes (Gilbert, 2000).
son cadre de travail en trois temps est simple, mais rigoureux :
1) il consiste à se rendre au domicile d’une famille qui vient
d’avoir un bébé pour observer, sans intervenir, les interactions
parents-enfant qui se mettent en place. l’observation hebdomadaire
dure au moins un an. 2) Des notes précises et factuelles
sont prises dès que possible après l’observation pour
rendre compte du déroulement de celle-ci comme si nous pouvions
la visualiser. 3) Ces notes sont ensuite discutées attentivement
dans un petit groupe de travail. le développement
de l’enfant et de ses relations est pris en compte de même
que les ressentis de l’observateur au moment et à la suite de
l’observation. les leaders du groupe de discussion cherchent à
créer un espace réflexif qui facilite la mentalisation.
34
Ainsi, observer comporte deux facettes quasi simultanées :
l’une est passive et consiste à recevoir et à absorber, l’autre
se veut active, visant à rassembler et à mettre ensemble ces
observations pour qu’elles prennent sens. Bion (1962) a
proposé le terme de « fonction contenante » comme base
d’émergence du monde psychique pour un enfant. Il entendait
par là qu’un adulte compréhensif s’efforce de sortir l’enfant
de l’état de confusion et cherche à créer du sens avec toutes
les manifestations physiques, sensorielles et même physiologiques,
transmises par un jeune enfant qui ne parle pas
encore avec des mots, en lui répondant par des gestes appropriés,
mais aussi par des paroles ajustées à ce qui a été perçu. Bick
(1992, Houzel, 2010) a parlé de la nécessité de l’intériorisation
d’une peau psychique, c’est-à-dire qu’à force de répétition
prévisible, un pattern sécurisant est rendu possible par
l’attention, la disponibilité et un état d’esprit réceptif aux états
mentaux de l’enfant chez ses parents et son éducatrice.
Une application de la méthode Bick peut être utile en garderie
pour permettre de se familiariser rapidement avec
l’aspect singulier de chaque enfant et de mieux le comprendre
autant lors d’interactions ou dans les inévitables moments où
il sera seul sans l’attention proximale de l’adulte. la position
d’observateur a souvent pour effet d’améliorer les capacités à
contenir les mouvements pulsionnels et à assouplir les capacités
identificatoires avec l’enfant ou ses parents (lebel, 2008)
et agit comme un puissant régulateur des émotions. Ces
qualités seront d’autant plus utiles quand surviennent des difficultés
avec l’enfant dans son groupe. les moments problématiques
potentiels entre l’enfant et son éducatrice sont multiples
: repas, siestes, changement de couche ou acquisition de
la propreté, jusqu’aux temps où l’enfant joue seul librement,
en groupe ou lors d’activités organisées. les transitions entre
les activités sont aussi sources de tension. l’arrivée du matin
ou les retrouvailles de fins de journée avec les parents sont
aussi potentiellement conflictuelles. Durant les discussions de
groupe, les thèmes abordés concernent souvent l’attachement
sous différents angles. on sait aussi que chaque enfant possède
le pouvoir de susciter en nous tantôt beaucoup de plaisir
à constater ses bons coups, mais parfois de la frustration
quand les mauvais coups reviennent à répétition. les parents
provoquent aussi des sentiments chez les soignants, soit dans
le constat d’un partage de valeurs similaires, mais aussi dans
les écarts de ces mêmes valeurs. Il n’est par rare que le contretransfert
alors suscité révèle, à travers les réactions intérieures
face à tel ou tel enfant, des liens significatifs avec le problème
sous-jacent. Au lieu de repousser ces sentiments perçus comme
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://5XB-4ybJZzge7eZ3D_e82_q0PjqVqRgreZ-uT_VJqbMÍùÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL‚׉EÚqperturbateurs, l’intervenant qui s’y attarde peut, au contraire,
y trouver matière utile pour comprendre ou dénouer une situation
(Jackson, 2005).
Plusieurs
autres considérations
militent
en faveur
de
l’observation : 1) Une des fonctions de l’observation est d’être
un témoin. Nous savons que cela a des implications profondes
au niveau existentiel ; être vu et se sentir regardé, avec bienveillance,
constitue un fondement du sens de soi (Rhode,
2007). 2) l’observation suppose un travail utile sur les frontières
interpersonnelles, une recherche de la bonne distance :
assez loin pour voir une situation dans son ensemble et assez
près pour demeurer impliqué émotionnellement et avec empathie
dans celle-ci. 3) observer permet de développer la
capacité d’attendre, de prendre le temps de percevoir et de
laisser émerger les pensées de façon à d’abord reconnaître,
puis partager des états mentaux (Monti & Crudeli, 2007).
Pour y arriver, l’éducatrice doit avoir la possibilité de ne pas
être trop préoccupée, mais curieuse et concentrée à observer,
partager et contenir. 4) Ceux qui observent notent en général
l’expansion de leurs capacités d’autoobservation et y trouvent
un facteur de développement personnel. 5) Il est primordial
d’être volontaire pour observer/être observé, car discuter en
groupe suppose un degré d’exposition de soi. on ne peut
forcer personne à le faire.
Des raisons empêchent ou nuisent à l’observation : 1) Des
craintes sont énoncées quant à un effet dommageable de
l’observation, en étant trop intrusive, trop stimulante, voire
en surdéveloppant le narcissisme de l’enfant ; pour certains,
observer peut signifier « scruter », critiquer, mépriser en mettant
l’emphase sur les erreurs ou les faiblesses. 2) la position
d’observateur est difficile à maintenir, sous-tendue par une
pression pour intervenir. 3) Ajoutons la difficulté à s’identifier
et à mettre en mots ce que peut ressentir un jeune enfant.
4) Il existe une tendance naturelle à se protéger des émotions
pénibles, qu’elles soient liées aux séparations, aux difficultés
rencontrées par l’enfant ou à la rivalité entre enfants, entre les
parents et l’éducatrice ou entre les éducatrices elles-mêmes.
5) les professionnelles peuvent avoir tendance à trop
s’identifier à la position parentale, notamment quand elles
sont elles-mêmes de jeunes parents.
Mon expérience a montré que des discussions de groupe
autour d’une observation incluant plusieurs éducatrices avaient
un effet multiplicateur pourvu qu’un climat de confiance
suffisant existe pour permettre d’ouvrir sur les ressentis indiviL’ENFANT
un monde à RE-CONNAÎTRE
duels sans être jugés. le groupe permet d’apporter plusieurs
points de vue différents qui, s’ils sont bien contenus, peuvent
aider à dédramatiser, sans banaliser, des situations complexes.
les éducatrices se permettent souvent de référer à des situations
difficiles pour elles aussi sans pour autant généraliser et
en arriver trop rapidement aux conclusions. observer peut
alors aussi servir de support mutuel entre éducatrices dans un
moment difficile avec un enfant. Pour une organisation, un
choix est à considérer quant à s’occuper ou non des impacts
des émotions sur le travail en garderie. offrir un support au
personnel pour digérer ces expériences affectives intenses
génèrera un sentiment plus grand de gratification dans le
travail et une valorisation de celui-ci. Au contraire, comme
Hopkins (1988) le rapporte, un haut taux d’absentéisme des
éducatrices et un roulement élevé de personnel seront des
indicateurs d’épuisement des éducatrices en bonne partie relié
aux conditions de travail non supportantes.
en conclusion, le thème du congrès indique clairement la
préoccupation pour le bien-être des enfants en garderie, y
compris leur bien-être émotionnel. Il m’apparaît clairement
que l’accueil, le soin ou l’observation des jeunes enfants dans
des milieux de garde ne peuvent être considérés isolément.
Ce que l’enfant y vit est indissociable de ce que les adultes
seront en mesure de lui proposer pour établir avec chacun des
relations plus personnalisées et plus profondes au plan affectif.
les liens établis le seront à trois : l’enfant, ses parents et les
éducatrices. Cette donnée incontournable ira donc de pair
avec l’offre d’un support réflexif en compagnie des éducatrices
pour bien souligner l’importance à accorder à la compréhension
du monde émotionnel des enfants (elfer, 2010).
Tout ne se joue pas avant six ans. Mais faisons que ce qui s’y
joue le soit de mieux en mieux.
35
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BIBLIOGRAPHIE
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Clinic, larmor-Plage, éditions du Hublot, 1998, 347 pages.
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training », Int.
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par D. Alcorn (annotée par M. Haag). 1992. « Remarques sur
l’observation des bébés dans la formation des analystes », Journal de
la psychanalyse de l’enfant, 12, p. 14-35.
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CHU sainte-Justine, 2000, pages 66 à 73.
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International Journal of Infant Observation and its Applications, 13,
2, oxon, Routledge, 2010, pages 119 à 133.
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staff », International Journal of Infant Observation and its Applications,
oxon, Routledge, 8, 1, 2005, pages 5 à 17.
leBel, Alain. « Accroître la fonction contenante des psychothérapeutes
par l’expérience de l’observation des nourrissons selon la méthode
d’esther Bick », Filigrane, 17, 1, Montréal, Revue santé mentale
au Québec, 2008, pages 105 à 120.
MONTI, Fiorella et Fabiola CRUDELI, « The use of infant observation
in nursery (0-3 years) », International Journal of Infant Observation
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RHoDe, Maria. « Infant observation as an early intervention », Signs
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LA SAINE GESTION,
PARLONS-EN !
SAINEGES TI ON.O RG
36
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://MQFxW-RhI_DQ7UBVHBk5PKoMRtK5crkhSdkKHVYkjAMÍµÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL†׉EÚ08 COMME SI NOUS Y ÉTIONS
REGGIO EMILIA,
Dale GolDHABeR et Jeanne GolDHABeR
Professeurs • États-Unis
Tenter de définir une « éducation à la Reggio » n’est pas une
tâche aisée. Il ne s’agit pas d’une méthode ni d’une quelconque
procédure qui dictent le comportement d’un groupe scolaire,
qui planifient les leçons, les apprentissages ou les évaluations.
Certes, tout cela s’en inspire. Toutefois, l’éducation préscolaire
inspirée de Reggio n’est pas synonyme d’une stratégie
du laisser-faire, même si les intérêts des enfants constituent
la pierre d’angle de leur expérience éducative. Cela ne devrait
même pas s’appeler une méthode, étant à la fois plus et moins
qu’une méthode.
Cette perspective se définit par six facteurs. D’abord, le processus
éducatif, à n’importe quel niveau, est incorporé dans un
contexte social de co-construction. Par ce fait, il doit s’adapter
aux intérêts et aux besoins de toutes les personnes impliquées,
particulièrement des enfants, les parents et les enseignants.
(smith, 2001).
Deuxièmement, les enfants sont reconnus pour leur compétence
plutôt que définis par leurs limites; un tel curriculum se
doit ainsi d’être authentique, adaptable et construit à partir
de cette compétence (Goldhaber & Goldhaber, 2000; Hull,
Goldhaber & Capone, 2002). l’éducation préscolaire inspirée
de Reggio aide les enseignants à voir le concept de curriculum
comme une expérience émergente ou négociée impliquant
autrui, plutôt que des activités ou des leçons préétablies,
planifiées, définies par l’enseignant.
Troisièmement, l’évaluation du progrès de l’enfant se réalise
mieux si le résultat des démarches et des recherches effectuées
par l’enfant est documenté ou analysé conjointement (Burrington
& sortino, 2003; Gandini & Goldhaber, 2001; smith &
Goldhaber, 2004).
Quatrièmement, l’arrangement physique et temporel de la
salle de classe constitue pour l’enfant un élément essentiel dans
la définition de ses expériences éducatives. l’environnement
doit être accessible et adaptable; l’horaire laisse aux enfants
le temps nécessaire à ce qu’ils puissent s’investir intellectuellement
dans leur travail.
l’éducation préscolaire inspirée de Reggio, comme celle qui se
pratique à Reggio emilia en Italie, devrait plutôt être décrite
comme une « approche ». Il s’agit en effet d’une approche,
en regard du curriculum conçu par les enseignants ; une
approche, en regard de la manière dont les enseignants créent
et re-créent l’environnement d’apprentissage ; une approche,
si l’on considère l’exceptionnelle collaboration établie entre
collègues, parents et enfants ; une approche, si l’on tient
compte de la signification donnée par les enfants de leurs propres
expériences pédagogiques et de la volonté des enseignants
d’apprendre à connaître ces significations ; et finalement, une
approche, car l’organisation de l’école elle-même en est imprégnée.
en d’autres mots, l’éducation préscolaire inspirée de Reggio
ne prescrit pas une façon de faire, mais offre une perspective
par laquelle chacune de ces définitions peut être entrevue
(Goldhaber & Goldhaber, 2007).
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Cinquièmement, les enseignants autant que les chercheurs
ou les dirigeants doivent venir constater par eux-mêmes se
qui se fait dans la salle de classe, et d’autant plus, s’ils jouent
auprès des enfants un rôle de direction pédagogique. Ils doivent
s’engager intellectuellement, autant que leurs enfants
(Goldhaber & smith, 2001).
sixièmement, enfin, l’éducation préscolaire inspirée de Reggio
soutient le principe que tous ces facteurs ont un poids équivalant
dans la balance, et ce, à tous les niveaux de l’expérience
pédagogique.
37
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09 POUR AMORCER UNE RÉFLEXION...
Michel MANCIAUX
Pédiatre social • France
le déterminisme est une doctrine
laquelle
philosophique
le parcours existentiel d’un individu est
suivant
lié à et
déterminé par la chaîne des événements antérieurs. Chaîne,
enchaînement, tout est dit, et, curieusement le dictionnaire
réfère le prédéterminisme au plan de Dieu, le confondant
quelque peu avec la prédestination. Personnellement j’ai
beaucoup appris du livre de Selma Fraiberg Fantômes dans
la chambre d’enfants. Dès avant sa naissance, un enfant fait
rêver, fantasmer ses proches pour le meilleur, mais aussi parfois
pour le pire. sa venue remet à jour des secrets de famille, des
drames parfois, des contentieux durables, et il est investi de
responsabilités, de missions qui vont le poursuivre tout au long
de son enfance. C’est particulièrement le cas dans quelques
situations aux enjeux massifs : enfant de remplacements après
la mort d’un aîné idéalisé et le prénom René (renatus) était
souvent utilisé dans ce sens ; la version moderne en est la
procréation qui suit rapidement, avant le deuil, le drame de la
mort subite et inexpliquée d’un nourrisson. C’est aussi l’enfant
thérapeute conçu pour fournir à un aîné malade des cellules
souches ou autres éléments biologiques qui lui manquent ;
l’enfant programmé pour réconcilier des parents en conflit.
on réalise facilement la charge qui repose sur un bébé dès
avant sa naissance : héritier innocent chargé de missions parfois
impossibles et qui vont empoisonner son existence. De
tels défis sont encore trop souvent posés à de jeunes enfants.
et aussi enfances gâchées par des pronostics dévalorisants qui
sont trop souvent des prophéties auto-réalisatrices.
Que le déterminisme soit porté par l’origine sociale ou par une
tare génétique, par des pratiques parentales douteuses, par
38
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
l’échec scolaire… il est une maltraitance à l’enfant même s’il se
pare souvent d’une aura scientifique. et soyons vigilants, nous
qui pensons parfois, devant tel ou tel enfant, « avec les parents
qu’il a, qu’est-ce qu’il va devenir ? ». la rigueur s’impose,
car le déterminisme a bonne presse chez nos gouvernants, à
l’école, dans les médias, dans le public. Dans les années 1950,
deux rapports britanniques ont été publiés, apparemment
contradictoires. le premier « Born to fail », du National Children’s
Bureau, parlait de ces enfants que leur hérédité, leur
naissance dans une famille défavorisée, instable, « à risques »,
leur promet un sombre avenir : échec scolaire, exclusion, pauvreté,
chômage, existence dévalorisée… le second, œuvre
d’un pédiatre réputé, sir Donald Court, s’intitulait « Fit for
the future » : il y était question de ces jeunes pour qui la vie
de présentait sous de meilleurs auspices. Ces deux messages
contraires invitaient bien sûr à donner aussi leurs chances aux
mal partis dans l’existence pour qu’ils rejoignent ceux à qui
la vie sourit. et Michel lemay nous en trace le chemin. Il n’y
a pas plus antidémocratique que la position de l’être humain
dans l’existence. sur le plan génétique, il tire de « bons » ou
de « mauvais » numéros :
-
Il connaît une vie embryonnaire et fœtale idéale ou devient
agressé par des éléments métaboliques, hémolytiques,
viraux ou toxiques.
- Il naît sans problème ou souffre des séquelles d’une anoxie.
-
Il est porteur d’un équipement neurobiologique et physique
intact ou souffre d’une maladie grave ou d’un handicap qui
risque de se chroniciser.
-
-
Il entre dans un creuset familial uni ou d’emblée désorganisé.
Il s’intègre à une microsociété et à une société qui garantissent
un minimum de conditions décentes d’existence
sur le plan de l’habitat, du droit au travail, de la répartition
des richesses, des soins médicaux, ou devient inséré à un
groupe marginal, rejeté, délaissé.
Une vision éthique suppose qu’on ose reconnaître ces
inégalités et qu’à tous les niveaux, une société, soutenue par
un système politique cohérent et juste, tente d’éradiquer au
maximum les multiples obstacles qui rendent incertaines les
chances de s’épanouir.
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L’IMPORTANCE DU LIEN QUE L’ON CRÉE
AVEC L’ENFANT
Anna TARDos
Psychologue et pédagogue • Hongrie
Vous êtes des professionnels auprès des enfants, vous avez des
contacts avec les enfants. Vous aimez les enfants, c’est pourquoi
vous faites ce travail. Mais qu’est-ce que c’est « aimer » ?
Aimer est un mot très riche, mais aussi très général : aimer
l’humanité, la nature, votre mère, votre père, vos grandsparents,
chaque amour est tout à fait différent. si vous avez
un conjoint, vous l’aimez, mais cet amour est tout à fait spécial.
et si vous avez des enfants, vous aimez les enfants en
général, mais vous aimez votre enfant d’une façon très différente.
Mais qu’est-ce que cette façon spéciale d’aimer ?
est un peu supérieure. C’est une attitude pro-sociale, une
attitude constructive.
De plus, dans ce groupe, huit femmes ont eu des enfants et
aucune n’a abandonné son enfant ou placé son enfant en
pouponnière. Donc, la spirale bien connue, que les enfants
abandonnés deviennent des adultes qui abandonnent à leur
tour leur enfant, a été interrompue. Pikler a réussi à réaliser
ce maternage insolite dont on parle depuis, c’est-à-dire
l’attachement réel entre la nurse-éducatrice et le bébé, ou le
petit enfant, privé de sa mère.
la réalisation d’une relation sécurisante, attentive et personnelle
entre l’enfant et l’éducatrice a fait partie des conditions
prioritaires de l’institution ; il fallait alors créer le cadre institutionnel
et les conditions pour permettre la relation personnelle
entre la nurse-éducatrice et l’enfant.
emmi Pikler était pédiatre et à ce titre, elle avait d’abord travaillé
avec les familles. elle avait avant tout fixé son regard sur
le développement physique et psychique sain du bébé et l’a
promu. l’image qu’elle avait du bébé était celle d’un bébé en
bonne santé, qui est paisible, qui a confiance en lui et en son
entourage, qui est actif, intéressé et compétent.
les enfants ont besoin d’un contact personnel ; comment,
dans un groupe de 8, 10 enfants, réussir à avoir un contact
que l’enfant sait être un contact personnel, un contact particulier,
avec lui ? Avoir une relation, c’est vraiment individuel.
Pour arriver à cela, je ferai un peu d’histoire. Depuis 1946,
après la seconde Guerre mondiale, emmi Pikler, pédiatre
hongroise qui avait fait ses études à Vienne, le berceau des
idées progressistes à cette époque, a fondé une pouponnière,
rue lóczy à Budapest.
Cette pouponnière a été connue dans le monde parce que
les enfants de lóczy n’ont pas souffert du syndrome de
l’hospitalisme,
mais,
au contraire, une étude (examens
psychologiques et entrevues) auprès de 100 adultes de 18
à 22 ans qui ont fréquenté lóczy dans leur petite enfance
a démontré que ces adultes n’ont pas une intelligence
supérieure à la population en général, mais que leur scolarité
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
-
Pour emmi Pikler, dans les familles comme dans la pouponnière,
le vécu constructif du bébé et du petit enfant est promu
par le soin. Il fallait laisser l’enfant se mouvoir en liberté.
C’était très novateur que de ne pas mettre l’enfant dans une
position qu’il ne peut prendre de lui-même. l’enfant a envie
de se développer, mais il faut lui donner le temps, respecter
son rythme, faire confiance aux compétences de l’enfant.
À lóczy, il y a des règles qu’il faut respecter :
-
-
s’occuper de chacun des enfants avec intérêt, avec attention.
C’est-à-dire donner le temps, ne pas être pressé ;
Profiter du temps ensemble avec l’enfant pendant le soin.
Toujours toucher le bébé et l’enfant avec des gestes très
délicats. on ne doit jamais être pressé avec lui, se presser
n’est pas vraiment être constructif pour le bébé, pour
l’enfant ;
Parler à l’enfant, lui permettre de coopérer en lui disant ce
qu’on fait, ce qui va arriver par la suite, prévenir l’enfant de
ce qui va se passer par la suite, lui permettre de se préparer.
l’enfant pourra devenir partenaire dans le soin ;
39
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- Être attentive non seulement au niveau de la parole, mais
aussi dans les gestes faits par la nurse-éducatrice. Comment
prendre le temps dans un groupe, comment tenir
l’enfant pour éviter que cela devienne une routine. Prendre
le temps... C’est une chorégraphie très précise... Comment
prendre le bébé, comment le tenir pour qu’il soit toujours
confortable, jamais en déséquilibre, prendre le temps d’un
contact avec l’enfant, avoir une vraie intimité. C’est très
important ; après quelque temps, les enfants maltraités
profitent vraiment de cela.
Il y a un vrai intérêt, une satisfaction, un plaisir mutuel. la responsabilité
pour cet enfant, c’est une observation, ce n’est pas
maternel. Il sait que je ne suis pas sa mère, ce n’est pas un amour
qui enferme l’enfant. C’est une vraie attention : « Je te comprends,
je te donne la place, je te connais, je te fais confiance ».
l’éducatrice a du plaisir d’être avec l’enfant, de donner le
temps à l’enfant. elle prend des notes chaque jour, elle les
consigne dans un cahier individuel et elle complète également
un cahier de développement tous les mois pour voir comment
se développe l’enfant.
Tout cela n’est possible qu’avec des petits groupes et si l’on
ne change pas l’enfant de groupe. Il faut assurer la stabilité
du personnel, afin de permettre l’établissement d’un contact
réel, d’une relation privilégiée avec son éducatrice. l’enfant ne
devrait pas changer d’éducatrice tous les ans : il faut préserver
le lien personnel établi avec l’enfant.
on ne demande pas aux parents de faire comme à la crèche, la
mère (ou le père) ne doit pas être une bonne professionnelle,
mais elle doit être une bonne mère. Dans la crèche, l’enfant
vit des relations personnelles parallèles, complémentaires, qui
donnent quelque chose de spécial et l’éducatrice peut enrichir
le répertoire de relations sans être la mère ou sans la remplacer.
Il faut donner quelque chose qui soit professionnel, chaleureux,
éducatif et parfois même thérapeutique. Parfois on peut
penser comme professionnelle que je suis mieux que la mère,
mais je ne suis justement pas la mère pour les enfants de
la crèche. leur relation, tout aussi fondamentale et significative,
se construit avec la mère, avec les parents, dans la famille.
Cette façon de faire, d’être ensemble avec l’enfant n’est pas
encore acceptée dans les formations de professionnelles ; ce
n’est pas spectaculaire, ce sont des attitudes, des gestes au
jour le jour, mais je le répète, c’est magnifique. Ce n’est pas
40
simple, c’est un long chemin, mais je pense que c’est très riche
pour l’enfant, pour l’éducatrice et aussi pour la famille, et je
pense que c’est possible.
La conférence a été ponctuée de séquences vidéos
afin d’illustrer ses propos.
PERDUS SANS LA NATURE
11
Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et
comment y remédier ?
François CARDINAl
Éditorialiste et chroniqueur • Québec
« Viens souper ! » Ma mère crie sur le pas de la porte. D’un
bond, je me lève. Je ramasse mon vélo et salue mes voisins :
« À tantôt ! » Puis je quitte le sous-bois sur ma monture,
empruntant le sentier qui me mène directement à la maison.
Cette scène qui se déroulait presque quotidiennement sur la
rue Pérodeau, à Québec, où j’ai grandi, vous est sûrement
familière puisqu’elle faisait partie du quotidien de la plupart
des enfants aujourd’hui adultes. Mais à mon fils de 6 ans, en
revanche, cette scène ne dit rien du tout. Tout comme elle ne
dit rien à ses amis et aux autres enfants nés au tournant du
millénaire, dont les rares temps libres sont passés entre quatre
murs, la plupart du temps devant un écran. si bien que
le son des enfants qui s’amusent se fait de moins en moins
entendre, en banlieue, en région, en ville et à la campagne,
à sherbrooke, à outremont, dans le quartier saint-Roch et à
Gatineau, ailleurs au Canada, aux États-Unis aussi bien qu’en
europe.
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://XHR3gTqJxSKz8zUl_daKPYWhpyicXqB2kckrxEcY_OwÍÜÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLŽ׉EÚ«Avons-nous, à notre insu, soustrait nos enfants à leur habitat
naturel ? Avons-nous éliminé le jeu libre de l’agenda des
enfants ? leur imposons-nous un cadre trop rigide, des horaires
trop chargés, des vies de fou ? et si c’est le cas, peut-on
faire marche arrière ? Doit-on le faire ?
le rouleau compresseur de l’urbanisation a lissé, uniformisé,
pavé et bétonné les paysages qui regorgeaient jadis de
cachettes, de lieux secrets et d’endroits sombres qui faisaient le
bonheur des enfants. si nous avions, dans le passé, l’occasion
de nous perdre dans un boisé, de jouer dans une rigole ou de
grimper un talus sans jamais quitter le voisinage, ce n’est tout
simplement plus possible aujourd’hui.
les
citadins,
les
banlieusards, les autoroutes
et
les immenses
centres commerciaux sont autant de rats qui grugent
les champs. Bon an mal an, la Commission de protection du
territoire agricole du Québec reçoit quelque 3 000 demandes
de dérogations de toutes sortes afin de bâtir des logements
ici, d’agrandir un golf là-bas, de construire un centre de distribution
au loin. Ce faisant, on accroît la pression sur les terres
agricoles... et sur les terrains de jeu officieux des enfants. De
verts, ils sont devenus gris. De riches, ils sont devenus pauvres
en biodiversité. « Dans ma cour, maintenant, c’est un nouveau
développement, un décor aseptisé, loin de mon doux souvenir
d’antan », chante Marie-Annick lépine. Avec raison. Dans
la vieille europe, où les urbains s’entassent dans des endroits
exigus, autant qu’en Amérique du Nord, où l’espace ne
manque pourtant pas, l’enfant qui jette aujourd’hui un coup
d’œil par la fenêtre (car il ne sort plus !) a de fortes chances de
ne voir comme animaux que des écureuils, des pigeons et des
chats en liberté, ce que confirme une étude publiée en 2004
dans la revue scientifique Bioscience.
« Dans les villes à travers le monde, écrivent les chercheurs
américains, la plupart des résidants se concentrent dans des
quartiers ayant une biodiversité grandement appauvrie. la
conséquence est tragique et sous-estimée : des milliards de
personnes n’auront jamais l’occasion de développer un intérêt
pour la nature ».
À l’urbanisation s’est ajoutée la popularité du petit écran,
encore plus avec l’avènement d’émissions éducatives dans
les années 1970. Trop contents que leurs bambins cessent de
« perdre leur temps », les parents ont tout de suite vu les bienfaits
de cette télé positive qui apprenait tant de belles choses.
la popularité de Passe-Partout ici et de Sesame Street ailleurs
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
a incité les chaînes de télévision à en offrir plus aux enfants,
privilégiant avec le temps, restrictions budgétaires obligent, la
quantité plutôt que la qualité. les amis de Cannelle et Pruneau,
de Big Bird et elmo ont eu des enfants à leur tour. le
petit écran a pris une place grandissante, allant même parfois
jusqu’à remplacer la gardienne, voire le temps parental
accordé aux bouts de chou.
Ajoutons à cela les Nintendo, devenus Xbox, devenus Wii,
si chers aux jeunes générations. la place prépondérante de
l’auto dans l’aménagement des villes. la culture de la peur
alimentée par les nouvelles en continu. l’illusion si caractéristique
de notre époque du sacro-saint risque zéro. et le
contrôle parental, croissant à mesure que le nombre d’enfants
par ménage décroît.
Résultat : nos enfants s’enferment de plus en plus pour
profiter des avantages de la maison, mais aussi pour s’isoler
des dangers de l’extérieur. Mot d’ordre général : la sécurité,
surtout pas l’expérience.
Inexistantes au Québec, les études sociologiques menées aux
États-Unis, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, entre autres,
confirment l’impact de ce virage sur les habitudes des plus
petits. Dans les années 1950 et 1960, jouer signifiait jouer
dehors. Plus maintenant, précise une analyse néerlandaise publiée
en 2005 dans Children’s Geographies. la chercheure lia
Karsten, de l’Amsterdam Institute for Metropolitan and International
Development studies, rappelle qu’à cette époque,
cela allait de soi, vu l’exiguïté des logements et la liberté accordée
aux enfants. Alors qu’aujourd’hui, pour diverses raisons
allant du contrôle parental aux peurs modernes, les enfants
s’amusent à l’intérieur.
Généralisation ? oui, mais une généralisation qui se confirme
sur le terrain, de l’avis des éducateurs, des gestionnaires des
Muséums nature de Montréal, des experts en santé publique,
des biologistes, des urbanistes, etc. « Il y a moins de contacts
avec la nature et, par conséquent, moins de connaissances de
la nature, confirme Yves Paris, chef de la division de la programmation
du Biodôme de Montréal. Ce manque de contact
a transformé nos jeunes en illettrés des éléments de la
nature ». les inscriptions chez les scouts, rare groupe basé sur
l’intérêt pour la nature, en témoignent, même si l’éloignement
de la nature n’est pas l’unique raison de cette désaffection.
l’Association des scouts du Canada comptait 26 356 membres
jeunes en 1999-2000, mais à peine 13 289 en 2008-2009,
une chute de moitié.
41
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Il résulte de l’écart grandissant qui sépare nature et enfants une
méconnaissance immense des écosystèmes, même urbains.
les études montrent que les enfants peuvent appeler les
Bakugan et les Pokémon par leur prénom, mais sont incapables
de nommer les arbres, oiseaux et plantes qui entourent
leur maison. sauf les écureuils, peut-être.
12
L’ALIMENTATION EN SERVICE DE GARDE
stéphanie CôTÉ
Nutritionniste • Québec
Développement des habitudes alimentaires et du goût
les habitudes et les comportements alimentaires des enfants
se façonnent au fil du temps, au fil des expériences et en fonction
des influences. Parmi les déterminants individuels qui
influencent les habitudes alimentaires, il y a les préférences
innées bien sûr, mais aussi la néophobie. la néophobie se
définie comme la réticence devant les nouveaux aliments. Ce
phénomène touche environ les trois-quarts des enfants d’âge
préscolaire. la manière de réagir à la néophobie de la part des
intervenants (et des parents) est cruciale pour influencer positivement
le développement du goût chez l’enfant. Notamment,
il faut offrir les aliments dans un contexte positif et
agréable, et prêcher par l’exemple. Il faut éviter les pressions
à manger, de même que les récompenses car elles pourraient
entretenir la perception négative de l’enfant face à certains
aliments.
Parmi les facteurs environnementaux qui influencent le
développement des habitudes alimentaires, la qualité de l’offre
alimentaire servie aux tout-petits joue un rôle de premier plan.
en effet, c’est en étant exposé à une variété d’aliments dès
son plus jeune âge que l’enfant apprendra à accepter une
alimentation diversifiée pour tout le reste de sa vie. en plus
de l’offre, le contexte dans lesquels s’inscrivent les repas et
les collations est d’une importance capitale afin d’instaurer
un environnement favorable à la saine alimentation. Ainsi,
certaines conditions ayant trait au moment, à la durée, au
lieu, à l’atmosphère et au déroulement des repas et des collations
doivent être mises en place pour contribuer au plaisir de
manger sainement.
Influence des adultes en service de garde
les rôles du service de garde entourant les repas et les collations
se résument à « quoi, quand et où ». en d’autres mots,
42
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
les paroles et les attitudes des adultes entourant l’enfant
ont un impact parfois insoupçonné, sinon sous-estimé.
le rôle de modèle de l’adulte prend sens lorsqu’il mange
avec l’enfant, mais aussi quand il fait des activités en
lien avec l’alimentation et même dans son propre rapport
avec les aliments et son corps qu’il laisse transparaître.
Par exemple, une femme – éducatrice, responsable de
l’alimentation, maman – insatisfaite de sa silhouette, au
régime, ou qui parle de certains aliments en les qualifiant
« d’engraissants » transmet des messages et parfois des
préoccupations à l’enfant.
Ressources supplémentaires
www.nospetitsmangeurs.org, un site d’extenso, le Centre de référence
en nutrition du Département de nutrition de l’Université de Montréal
s. Côté. Un enfant sain dans un corps sain, ed. de l’Homme.
il a la responsabilité d’assurer des contenus de repas et collations
nourrissants, variés, équilibrés. Il assume également la
responsabilité de déterminer un horaire prévisible de repas
et collations et de permettre aux enfants de manger dans un
endroit sécuritaire et confortable. la responsabilité du « combien
», c’est-à-dire que la quantité mangée incombe à chaque
enfant. si le service de garde s’assure de fournir les aliments
en quantité suffisante et adaptée, c’est seulement l’enfant
qui peut décider ce qu’il met dans sa bouche ou non. Quand
on lui permet, l’enfant respecte naturellement ses signaux de
faim et de satiété. Ainsi, il ne faut le forcer ou le restreindre
d’aucune façon, même par des paroles de type « bravo, tu as
tout mangé », qui sous-entend qu’on est fier de lui lorsqu’il
termine son assiette.
׉	Ú 7cassandra://dtjVwYD8Zd1K1leDzj1kUQaSlL7G47s20B_1VqN7DE8Í‰Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL’׉EÚv13
REGGIO EMILIA : MISSION BIEN-êTRE
lella GANDINI
Consultante et pédagogue • États-Unis
les enseignants ou les éducatrices qui liront ce résumé ou
qui ont assisté à cette conférence sont invités à consulter
le livre Children Spaces and Relations : Metaproject for an
Environment for Young Children, à la base de cette présentation.
Ils sont également invités à s’en faire une opinion
personnelle et à bâtir leurs propres réflexions par rapport
à leur espace et aux transformations qu’ils y initieront avec
les enfants.
Une douceur générale
la douceur, prise comme une métaphore, fait ici référence à
la qualité psychologique de l’espace et à la création d’un lieu
d’aimable hospitalité, d’accueil et de sérénité.
Traditionnellement, les espaces pour la petite enfance avaient
tendance à être organisés de manière plutôt rigide, proposant
des coins séparés pour les différentes activités proposées dans
l’école. Ce clivage physique délibérément établi avait pour
objectif de protéger l’autonomie des salles de classe et celle des
enseignants. C’était sans compter le risque de limiter d’autant
la communication. le choix devrait toutefois porter sur un
environnement
fonctionnel
où
différentes
dimensions,
différentes relations peuvent coexister et où les personnes
impliquées peuvent communiquer et travailler ensemble.
Par exemple, il faudrait pouvoir s’assurer que les poupons,
les trottineurs ou les enfants de 4 ans puissent partager les
mêmes espaces.
« Ce qui se passe dans les écoles à Reggio ne doit pas être
photocopié. Il doit devenir une inspiration, un appel à être
soi-même et à trouver sa propre excellence afin de la perfectionner
».
extrait du discours de Jerome Bruner à sa nomination de
citoyen d’honneur de Reggio emilia, tiré de All of Reggio, éd. Reggio
Children, 2000, page 123.
les descriptions et les termes utilisés dans cette conférence,
autant les mots-clés que les métaphores, sont tous liés les
uns aux autres. Ils ont été développés conjointement par des
architectes et des enseignants dans le cadre de travaux
communs, afin de poser un regard critique sur l’expérience
vécue dans les écoles de Reggio emilia. Cette démarche visait
à formuler certains critères généraux ou à établir une liste de
situations qui traduisent les caractéristiques et les qualités souhaitées
d’un environnement adapté aux jeunes enfants. Ces
idées sont basées sur les principes fondamentaux de maintien
d’une relation et de construction d’expériences éducatives,
par l’observation et l’écoute.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Comment est-ce possible? Cela peut être réalisé grâce à un
travail de coopération, d’organisation et par le déploiement
d’une stratégie d’écoute et d’accueil. Rester ouvert et porter
attention aux autres sont les seules manières d’inviter au
dialogue et à l’échange ; il s’agit d’ailleurs de l’une des valeurs
intrinsèques de la philosophie de Reggio emilia. l’objectif est
de créer un contexte d’empathie, où l’écoute est une façon
de respecter les enfants, dans toutes leurs expressions, même
dans leurs silences, et de respecter les idées et les intentions
des adultes impliqués.
Un espace relationnel
À travers le partage d’idées et de stratégies novatrices, un
réseau de relations et de communication entre adultes
et enfants rend possible la création de nombreuses voies
d’exploration, de questionnement et d’élaboration de projets.
les identités respectives de chacun peuvent trouver une
harmonie à travers les relations et l’interprétation de ce qui
est vécu à l’école. en apprenant ensemble, en échangeant
des points de vue et des idées à propos de nouveaux chemins
à explorer, ces relations contribueront à développer une
conscience de la valeur des relations et un sens agréable de
l’esthétique.
Dans son livre Mind and Nature : a Necessary Unity qui
réfléchit à l’interdépendance de toutes choses, Gregory Bateson
met en évidence l’importance de considérer l’approche
esthétique comme le fil qui peut relier les différents éléments
43
׉	Ú 7cassandra://oTOCTWbF702fw2k17NCYXDECTvuMtCBWtt5J1BPmuiEÍ¼Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL“�×W™ä°֓ÍL’�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://H6-YtHu31Nq7d8Yu_D11efSWFPxha_b-qZ_tNUEEHI0Î ѵÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://wEPfirFJ4g77n8S0ItjI4cRYUoC2RaCG6o7ocxz4J5sÍbÂÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://9k0SZRCHwSQ6Gl4LPjsf4lDZCMJrNe278m6s-hRA2NMÍ$Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://r1IpZzyBpqxu0u4QnFsuOlOkpFtG5jVTzMgwrOgnbPgÍM©ÍB͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL”טš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://hW2t_JXA5J06eWqBiou0O3SN5E9-OaTEtJ22l9KyaOoÎ 3ûÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://Z7TAbacSlxWf_bwgHxacb-P1aDifMedB1L6BO8pOtzIÍr§Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://KUKnwHyVN960tK8Nz8ipzC4e4rwJOmyg5NJ_XP6hkrUÍ$nÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://vtMGKdpRDwQf3Jdl3ndJo8XgE_aB7p-0Y-qJgb2tvpEÎ ßÀÍî͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL•׉EÚCOLLOQUE
de la réalité : « Par esthétique, je veux dire qui est sensible
aux structures qui unissent » (BATESON, G., New York : Bantam
Books, 1980).
Environnements et réseaux sociaux : une continuité à créer
les relations interpersonnelles peuvent se prolonger dans un
dialogue avec le monde des objets. Car oui, les objets parlent !
Ils utilisent leur forme ou l’endroit où ils sont placés pour
le faire… en outre, les relations créent une continuité entre
l’espace intérieur de l’école et l’espace extérieur. Pensez seulement
à l’impact de votre espace extérieur. Tout ce qui est
socialement relié à l’école permet cette continuité, et est filtré
par les valeurs et la philosophie pédagogique de l’école ellemême,
une philosophie qui est également partagée avec les
parents. Il est donc important d’enrichir les relations avec la
communauté, les autres organisations qui œuvrent auprès des
enfants, les bibliothèques, les parcs, les principales institutions
municipales, etc.
Une multitude d’expériences sensorielles
les tout-petits et les jeunes enfants découvrent la réalité à
travers l’exploration sensorielle, et construisent leurs connaissances
et leur mémoire à travers celle-ci. Cette façon individuelle
d’expérimenter le monde peut tout à fait se prolonger
dans un groupe d’exploration ! Comment est-ce possible ?
Un environnement qui invite à l’expérimentation sensorielle
en offrant de la variété et en stimulant les perceptions aide
les enfants à prendre conscience d’eux-mêmes. Il permet ainsi
aux enfants de trouver plus facilement un sens à leurs expériences
sensorielles. C’est ce qui permet aux enfants de créer
des relations qui mènent à des découvertes cognitives ; les
échanges et les conversations avec les enfants sont donc ici
cruciaux. Il est important de noter que la qualité de l’espace
ou de l’environnement résulte de multiples facteurs : la grandeur
et la forme, la fonctionnalité et l’expérience sensorielle
telles la lumière, la couleur, la sonorité, l’odeur, la température
et les textures.
Il n’y a toutefois pas une seule et unique façon d’optimiser
la combinaison de tous ces facteurs, car nous avons chacun
développé nos sens à différents degrés. Il est important
d’éviter la surstimulation et d’adopter plutôt la modération et
une variété de possibilités sensorielles afin que chacun puisse
y trouver son compte.
Flexible et adapté
Un espace d’apprentissage doit pouvoir s’adapter. Il doit être
44
assez flexible pour permettre aux enfants qui y vivent quotidiennement
de le modifier, soit en demandant aux adultes de
le faire, soit en le modifiant eux-mêmes. Cette flexibilité contribue
à la bonne marche du groupe d’enfants, celui-ci étant
souvent lui-même le moteur des changements apportés dans
un milieu scolaire. Mais comment maintenir le respect envers
tous les enfants autant qu’envers les intentions pédagogiques
des enseignants ? les adultes de l’école partagent la responsabilité
de maintenir un dialogue actif avec les enfants et les
enseignants pour bien faire connaître les motivations et les
besoins de l’ensemble de la communauté scolaire : questions,
réponses et négociations constituent d’importantes stratégies
d’apprentissage pour les enfants.
Participation citoyenne
Une école qui s’inspire des relations, du respect et de la participation
possède une vie communautaire dont les enfants, les
enseignants et les parents en sont le cœur. Ils participent tous à
la création du plan pédagogique et à la vie scolaire. la qualité
de l’espace favorise le dialogue, la réciprocité et les échanges,
elle donne un nouveau sens au mot « appartenance » ;
apparaît alors le plaisir de prendre part à l’expérience pédagogique.
L’école-laboratoire
ou le socioconstructivisme
la connaissance ne se construit pas de manière linéaire
ou progressive, mais dans un mouvement dynamique et
actif, souvent social. la connaissance personnelle se transfère
lors des échanges avec autrui, que ce soit entre adultes, avec
les enfants ou entre les enfants. À travers le partage et les
échanges, la connaissance, les compétences et les stratégies
sont modifiées, niées, affirmées, consolidées, reliées, interreliées,
raffinées et révisées. en se basant sur l’observation
des enfants, les enseignants ont la responsabilité créatrice
d’identifier ou de concevoir des expériences, au même titre
qu’ils doivent fournir une variété de matériaux et d’outils qui
serviront de sources d’exploration et de découvertes. Ces
expériences d’abord échafaudées par les enseignants deviennent
sources d’apprentissage partagé.
La narration
Jerome Bruner a écrit que si nous ne racontons pas nos expériences,
nous n’existons pas. D’un point de vue philosophique,
il existe une tendance qui considère deux niveaux de narration
que l’école devrait atteindre. la communication est
essentielle et l’espace offre une grande possibilité d’informer
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://9k0SZRCHwSQ6Gl4LPjsf4lDZCMJrNe278m6s-hRA2NMÍ$Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL–׉EÚ|les personnes qui entrent dans l’école de la préoccupation
des enseignants envers le bien-être et l’éducation des jeunes
enfants, envers le professionnalisme des enseignants euxmêmes
ainsi qu’envers la participation des parents. C’est un
premier niveau de narration. la visibilité et la transparence
dans la classe reflètent ce qui se passe dans l’espace. Mais
c’est dans la documentation que l’on produit pour l’ensemble
des processus pédagogiques que les recherches des élèves
et des enseignants peuvent être vues. Un grande somme de
documentation peut être préparée. les mots, les dessins, le
matériel, la couleur et les objets peuvent faire entendre la voix
et les pensées des enfants en traduisant qui ils sont, même s’ils
sont absents. C’est le deuxième niveau de narration dans la
classe et dans l’école.
La richesse de l’intensité : une attente partagée et non une
exception
Chaque jour, en observant et en écoutant les enfants, il est
possible de remarquer l’extraordinaire capacité d’invention
et de découverte qu’ils développent dans leur petit monde
scolaire. Il y a tant d’occasions d’apprendre dans un environnement
bien organisé et bien pensé. le sentiment de
bien-être vient de l’harmonie, de l’équilibre et des interactions
positives des différents éléments en jeu. en un mot, une symphonie.
la richesse, l’intensité, la générosité et la normalité
intéressante peuvent résulter d’une combinaison balancée de
plusieurs éléments : tout comme la lumière blanche du soleil
est la somme de toutes les lumières du spectre.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
45
׉	Ú 7cassandra://KUKnwHyVN960tK8Nz8ipzC4e4rwJOmyg5NJ_XP6hkrUÍ$nÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL—�×W™ä°֓ÍL–�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://eddwEg0RZQSWlnSvxXi2rrhdcAlsi7mkxNLaml3VlEoÎ m¬Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://b6m5FgRnqB6J_7b6eSb_nBcDD5sYAipnZFHVdBId_t8ÍaÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://cvupHjLG_tOwI-7gaUu5fwM5WupMcrQygddH9ju2UkMÍGÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://l73etRy0ua4GhOb6jbF6PHAZFDNSMrgqX6lSN7P36NQͥ· ͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL˜טš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://im0jIEBqqYgN7iBfSeLyXtUY1SIuNDHxGs6F_4EUwLsÎ ÛWÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://DUp05XeOmZUzwq6rCDOclZeusj5aQsfUk2uPw2Q77coÍd›Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://pDtJirW6gYm_p2wMxL65U_RrUrJbW6USKUynJmcV5q8Í-Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://IlPAuXYo29EfNd_pEada-Bq140runiugbUIhSpy5XPcÍG]ÍÚ͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL™׉EÚCOLLOQUE
14
L’ATTACHEMENT
Une grande première : une conférence à deux voix entre
Michel LEMAY, pédopsychiatre • Québec
Michel MANCIAUX, pédiatre social • France
en des mots personnels et avec beaucoup de générosité,
Michel lemay et Michel Manciaux présentent l’origine de leur
intérêt pour la théorie de l’attachement, avant d’ouvrir un dialogue
improvisé et de partager les réflexions.
Un historique de la théorie de l’attachement
l’idée que les enfants séparés de leur mère souffrent existait
avant la théorie de l’attachement. Déjà en 1926, la question
de la séparation était posée ; déjà on disait que le besoin de
l’attachement est un besoin vital, aussi impérieux que la faim.
« l’amour de la mère envers l’enfant est aussi important pour
sa santé mentale de l’enfant que le sont les protéines et les
vitamines pour sa santé physique », disait Bowlby.
la psychologue Mary Ainsworth a complété l’approche de
Bowlby en travaillant sur la manière dont la mère répond à
ce besoin vital ; bien sûr, on savait que le lien d’attachement
n’est pas réservé à la mère, elle est vécue par l’autre parent et
même par d’autres personnes. l’attachement est donc inné,
mais se développera conjointement par l’enfant et sa figure
d’attachement.
Puis les éthologistes, comme Konrad lorenz et ses travaux
portant sur les oies, ont beaucoup appris aux théoriciens de
l’attachement. Ces travaux furent même les débuts conceptuels
et de l’observation clinique de la notion d’attachement.
l’expérience vient d’un travail effectué auprès de délinquants,
qui se sont avérés être des « anthropophages de l’amour ». Ils
captaient tout, mais étaient incapables d’assimiler l’affection
qu’on leur donnait. Cela éveillait en eux un manque, et
on devenait vite des persécuteurs. Par la suite, nous avons
été famille d’accueil d’une jeune fille qui vivait des troubles
d’attachement importants, une expérience qui fut difficile. À
la suite de cette expérience, j’ai écrit J’ai mal à mal mère, alors
qu’à cette époque, je ne connaissais pas John Bowlby et les
concepts d’attachement. C’est à ce moment que je me suis
intéressé à l’attachement.
- Michel lemay
Je suis père d’une famille nombreuse, à l’époque du baby
boom ; l’intérêt face à la théorie de l’attachement relève d’une
expérience particulière. J’ai donc eu 5 enfants qui avaient
entre 13 ans et 4 ans lors du décès de ma première femme.
J’ai par la suite épousé Geneviève, et j’ai eu 3 enfants. Huit
fois m’est revenu le problème de l’attachement de l’enfant à
sa mère, puis un attachement des enfants du premier lit à une
mère qui n’était pas leur mère biologique. l’attachement, ça
me parle…
- Michel Manciaux
46
Aujourd’hui en 2012, après 60 ans d’émergence du concept,
il se passe bien des choses. D’une part, un des grands apports
contemporains a été d’apporter une rectification, que Bowlby
et Ainsworth avaient quand même déjà abordée : le « monotropisme
», qui voulait que l’attachement ne se fasse qu’avec
la mère, s’est révélé inexact. le bébé peut en effet s’attacher
en même temps à plusieurs personnes, sans qu’il s’agisse de
figures d’attachement secondaires. on questionne donc les
modalités d’attachement : sont-elles les mêmes pour le père,
les grands-parents, les frères et sœurs, ou y a–t-il quelque
chose de singulier entre ces différentes figures d’attachement ?
D’autre part, les théoriciens ont ainsi abordé et approfondi
deux concepts : le modèle opérant interne et le processus de
mentalisation.
le modèle opérant interne
Au fur et à mesure de son développement, le bébé découvre
que les figures d’attachement ont des intentions à son
égard. Il peut dans la mesure où ces intentions sont cohérentes,
développe un modèle dans sa tête, il comprend peu
à peu ce que les autres veulent. Quelque chose se prépare
pour le bain, la nourriture, les caresses. Cette capacité qu’a
le petit enfant de pouvoir se construire un modèle. on
l’appelle « opérant » parce qu’il devient opératoire, à savoir
que l’autre a des intentions, l’enfant comprend qu’il aura lui
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://cvupHjLG_tOwI-7gaUu5fwM5WupMcrQygddH9ju2UkMÍGÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLš׉EÚ¯aussi des intentions sur l’autre. « Interne » signifie que ça se
développe à l’intérieur même du sujet.
le processus de mentalisation
le parent, figure d’attachement, conçoit dès le départ
l’enfant comme un enfant pensant et non pas un bout de
chair et d’os qui ne comprend pas les choses ; il s’adresse à
lui comme un objet pensant. Des projections se font alors
sur l’enfant : l’enfant se voyant comme un objet pensant
va se mettre lui aussi à penser. Il passe de la sensorialité à la
motricité, à la pensée.
Un autre point qui évolue sont les liens qui commencent à
s’établir entre différentes écoles de pensée jusqu’ici rivales :
les écoles psychanalytiques, les écoles du cognitivisme (comment
se développe l’intelligence), les écoles de la neuroscience
(la maturation) et les écoles de la sensorialité et de l’image
corporelle. Il est évident qu’il faut que l’enfant mature et se
transforme au niveau de son système nerveux central, car un
enfant qui peut bien voir, qui a des gestes volontaires ou qui
se tient debout ne va pas développer le même mode de relation
d’attachement. Grâce à son niveau de maturation, il peut
commencer à intégrer bien des éléments de cette relation.
Il a en outre des capacités d’imiter des modèles, ce qui s’intègre
dans ce qui sera sa future pensée. l’attachement n’est pas
seulement un processus affectif, mais également un processus
sensoriel, postural, un processus d’échange. l’essentiel étant
la synchronie entre la figure d’attachement et le petit enfant,
pour que puisse se faire, à partir de cela, un partenariat partagé.
Un
contre-modèle qui bouleverse
en matière d’attachement, il existe un contre-modèle terrible,
l’horreur de la Roumanie du temps de Ceausescu. les enfants
non désirés ou qu’on trouvait trop nombreux par rapport aux
capacités d’accueil du pays, étaient placés dans des « pouponnières
», un titre ici bien prétentieux, puisqu’il s’agissait
de centres de rétention où personne ne s’occupait de leurs
besoins affectifs, et à peine de leurs besoins physiologiques.
Ils étaient au lit, abandonnés, nourris mécaniquement et
rarement, jamais changés dans la journée, sans contacts
humains par les personnes qui auraient dû être maternantes.
le non-développement, l’état dans lequel on a trouvé ces
enfants quand la Roumanie a été libérée était épouvantable.
Ils étaient à peine des êtres humains. Il aura fallu des efforts
considérables pour essayer d’en sauver quelques-uns, à un âge
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
pas trop tardif. le taux de mortalité y était très important ;
ceux qui étaient dans ces mouroirs depuis quelques années
n’ont pas survécu ou n’ont pas récupéré. Pour les autres, ce
fut extrêmement difficile et coûteux et ça a montré que sans
attachement, la vie n’est pas possible.
L’attachement commence bien avant la naissance
le mouvement même du bébé pendant la grossesse permet le
rapprochement de deux verbes : le verbe« se mouvoir » et le
verbe « s’émouvoir ». Ce moment du tressaillement originaire
constitue la naissance de l’attachement. Cette précocité possible
de l’attachement lors de la grossesse se traduit par les
différentes étapes de verbalisation aux travers desquelles
passe la femme enceinte ; après le « Je suis en retard dans
mes règles » et le « Je suis enceinte » arrivera le « J’attends un
bébé », traduisant bien la transformation du lien.
la pratique de l’haptonomie, le contact de la main de la femme
enceinte à travers sa paroi abdominale, a joué un grand rôle
dans la compréhension du concept d’attachement prénatal.
le contact entre la main caressante et le pôle céphalique de
l’enfant peut se partager en famille. le père devient complice
et aime à sentir les mouvements de l’enfant, qui tressaille et
vient offrir sa tête aux mains caressantes. les frères et sœurs
peuvent aussi communiquer avec le petit qui se prépare à
naître. Cette théorie a fait école, comme chez Catherine
Dolto qui a beaucoup réfléchi au rôle de l’haptonomie dans
la création de l’amitié et de l’amour au sein de la dyade mèreenfant
ou de la triade mère-père-enfant, qui inclut quelquefois
les autres enfants de la famille. la technologie permet de
constater que la main posée sur l’abdomen fait réellement
bouger et approcher le fœtus de la paroi abdominale.
De l’empreinte à l’attachement
Quand Bowlby a remarqué qu’il y avait une sorte d’attachement
immédiat entre le bébé et la mère, et que ça allait tout à fait
contre les théories de l’étayage, qui relève de l’assistance
apportée par l’adulte à l’enfant ; ce message était révolutionnaire,
alors que les éthologistes, dont Konrad lorenz, connaissaient
cette situation : ce mouvement de l’empreinte se
retrouve chez tous les mammifères.
Période sensible que cette période où l’attachement se développe
; on a beaucoup questionné les ratés ; si on rate le
départ, sera-t-il possible de se rattraper ? la pratique a prouvé
que rien n’est perdu. Il y a des moments clés, mais il y a aussi
une capacité adaptative remarquable chez l’enfant. s’il a raté
47
׉	Ú 7cassandra://pDtJirW6gYm_p2wMxL65U_RrUrJbW6USKUynJmcV5q8Í-Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL›�×W™ä°֓ÍLš�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://lfQs7J44zKT42fglfUeNVaD5HNmd90CxwYmBgzFn4MkÎ ü1Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://jx8NzhMHZzyKzd3kdqCow-RL7BPN1p1Yx-H3DWPEUO8ÍjÜÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://ccRgEh6uP3-94aI6Qr8Fx--_49CNGZXCV-6A0H_dtE8Í‰Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://myTRCk_WVoW32M7d8GmnKFkpTLVMb4ZsPVhStN9mIXMÍONÍB͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLœטš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://zz1_YAIrUSFEkGlfUs4IA2OZ4inPsSERn-L9mai3obUÎ ãúÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://flMFSdjM2qzIceIOu4ViF7OUyFBLINZtpoOaxDVrYkAÍf!Í`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://K7iPzTR76wkyAG-N096LyvXLgS_dsyu59iRn_jc2ov8ÍNÍ`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://prLGlKVFXQXnWJi4s7z-iYnic5-9CzE0yA54NxboqP0ÍKLÍÚ͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL�׉EÚxCOLLOQUE
une période sensible, il serait terrible de dire ou de croire que
l’enfant puisse rester marqué pour la vie. lorsqu’un enfant
a longtemps manqué de nourriture affective, d’une relation
sécurisante et confiante, il demeure avec des séquelles, mais
tout n’est pas perdu ; il s’agira d’un enfant fragile et il lui faudra
organiser un milieu d’aide. Cela amène la question de la
transmission de l’attachement. Y a-t-il des attitudes fondamentales
dans l’attachement? Trois attitudes sont possibles :
l’empathie, la fonction de contenance, l’anticipation positive.
L’empathie
l’empathie est cette capacité que l’on a intuitivement de
pouvoir ne pas confondre les besoins et les désirs de l’autre
avec nos propres besoins et désirs. Plus on est capable de
vibrer aux besoins de l’enfant, mais de ne pas se laisser
submerger et confondre avec celles de l’enfant, plus il peut
s’établir un partenariat partagé.
La fonction de contenance
Quand le petit enfant est dans l’angoisse, la rage, la
désorganisation, c’est la capacité de l’adulte de pouvoir
le contenir, le rassurer, de mettre en mot ce que l’enfant
vit et ressent. Grâce à cette « boucle » que nous mettons
autour de l’enfant, l’enfant se calme. si l’adulte entre dans
la même angoisse que l’enfant, une désorganisation se crée
et s’installe autour de l’enfant.
L’anticipation positive
Il s’agit de cette capacité que nous avons ou non de voir
l’enfant non pas tel qu’il est mais tel qu’il va devenir. Nous
anticipons toujours les capacités de l’enfant. on interprète
qu’il est un sujet désirant, capable de montrer. Il lève le bras ?
C’est nécessairement qu’il nous montre quelque chose…
Alors qu’il a peut-être simplement mal au bras ! l’enfant est
pour le parent un enfant parlant, et face à cela, l’adulte lui
parlera. Il l’entre dans un quotidien partagé, dans le quotidien
des soins, de attitudes fondamentales et fondatrices
qui permettent au sujet de se construire.
Sécurité, insécurité, instabilité
Alors que l’attachement peut se construire positivement dans
un mode de sécurité, d’autres types d’attachement existent,
des attachements pathologiques. Toute cette nomenclature
de types d’attachement comporte toutefois des risques
d’étiquetage, des risques amenant à vouloir « psychiatriser »
l’enfant. les professionnels doivent donc agir avec une grande
prudence. D’ailleurs, l’enfant qui vit un attachement sécurisant
n’est pas nécessairement en meilleur état que l’enfant qui
n’en vit pas, car à un moment donné, il faudra que l’enfant
48
se désillusionne, il faudra qu’il comprenne qu’il n’est pas toutpuissant
et qu’il peut manquer de confiance. Dans la mesure où
le climat est suffisamment contenant et où il y a un groupe de
parents qui peut rattraper les choses, le sentiment de manque
entraîne aussi un certain dynamisme, des images peuvent se
construire et rendre possible l’impossible. Dans le fait de catégoriser
et de dire qu’il existe des types d’attachements négatifs,
on fait fi de la plasticité, de la capacité de développement
de l’enfant. l’attachement est quelque chose de dynamique
qu’il est dangereux de fixer avec un objectif.
L’attachement fusionnel
surtout quand il y a une fratrie sans problème, la pathologie
d’un nouveau-né peut déstabiliser la famille. C’est alors
qu’il faut mettre en garde contre l’attachement fusionnel. Cet
attachement relève de la mère qui risque de faire une fixation
profonde et constante pour cet enfant qui se développe difficilement,
au détriment des autres enfants qui se développent
normalement. Ces familles vivent un grand risque de désunion
à cause de la mère qui ne va pas bien. l’attachement fusionnel
nie la possibilité de développement de l’enfant en difficulté : la
mère considère qu’il a toujours besoin d’elle et elle vit pour lui.
Cela démolit aussi la mère; non seulement est-ce astreignant,
mais ce n’est certes pas un service à lui rendre.
Un attachement positif, mais pas toujours
l’attachement est un mouvement de réciprocité entre les
parents et l’enfant, un mouvement qui va aboutir au fait que
l’enfant se sentira tellement en sécurité et confiant qu’il se permettra
de se détacher et d’explorer. Mais dans l’attachement,
il y a aussi le mot « attacher » qui comprend le mot « lien »,
comme « être en laisse », tellement en fusion avec l’autre que
précisément il reste soit une sorte de confusion avec l’autre,
soit la persistance d’un fantasme de toute-puissance. Tout
est permis : l’enfant devient l’enfant-roi. Un jour, il rencontrera
les frustrations de la vie quotidienne, et il réagira soit
d’une manière opposante soit d’une manière déprimée. Ce qui
est paradoxal, c’est le jeu un peu contradictoire entre le fait
qu’il faut que l’enfant reçoive beaucoup, se sente en sécurité
et en synchronie par rapport au monde qui l’entoure, qu’il
sente qu’il est respecté et considéré comme un sujet et non
pas qu’un objet de possession. en même temps, il faut aider
l’enfant à pouvoir se séparer par moment, avoir des activités
libres, des expériences exploratrices, pour pouvoir se développer
en lui-même et devenir un enfant individué et non pas un
enfant confondu, fondu avec le monde qui l’entoure.
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://ccRgEh6uP3-94aI6Qr8Fx--_49CNGZXCV-6A0H_dtE8Í‰Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLž׉EÚóQuand l’attachement tarde…
Les cliniques d’attachement, et le Québec y fait figure de
pionnier grâce aux travaux de Gloria Jeliu et Yvon Gauthier,
sont des cliniques médicalisées et « psychologisées », où on
essaie d’aider la famille à créer autour de l’enfant un véritable
attachement et à démarrer positivement dans la vie. Quand
l’attachement tarde ou ne se fait pas très bien, est-ce que
ces cliniques rendent de réels services ? la question se pose,
car certes, quelquefois, les intervenants qui y œuvrent ont
l’impression d’être dépassés.
Ces cliniques constituent toutefois une très grande avancée ;
auparavant, quand de graves problèmes se posaient, on
séparait l’enfant de ses parents, on le plaçait en institution.
l’enfant déprimait, et déprimant, il devenait opposant, et
devenant de plus en plus opposant, il ne pouvait plus rester
dans le lieu ; c’était donc la succession des placements.
souffrir d’un manque ou d’une carence d’attachement pendant
l’enfance et garder un manque immense à l’intérieur : à
partir de cette réalité, l’adulte peut profondément désirer un
objet de possession pour pouvoir compenser la souffrance en
lui. Par exemple chez une jeune femme, il risque d’apparaître
le désir d’avoir une grossesse rapide et d’avoir un bébé réparateur.
À partir de ce désir, l’enfant n’est plus un sujet qu’on
a à côté de soi, mais un objet qui va essayer d’empêcher de
sombrer dans la dépression. Il est clair que ce bébé est en danger
! Un travail peut bien sûr être fait entre le parent en difficulté
et le petit enfant. Généralement ce n’est pas un duo
dont il est question, mais d’un système familial. on procède
à l’intégration du rôle d’un papa, d’un grand-parent ou d’un
membre de la fratrie, afin de reprendre un nouveau dynamisme,
de changer les rôles. la rencontre enfant-parent se fait
avec un intervenant, pour tenter de rompre le cercle vicieux.
le problème le plus important relève souvent du temps ; le
temps du parent n’est pas celui de l’enfant ! Alors que le
parent apprend à devenir empathique, l’enfant commence à
montrer des signes de pathologie, et on se demande s’il vaut
mieux continuer ou arrêter. C’est là qu’apparaît l’importance
des lieux substitutifs, dont les CPe, et du rôle qu’ils sont
appelés à jouer.
Par les activités, il faut lui donner confiance en lui-même ; le
quotidien est immensément signifiant pour l’enfant. le lieu
d’accueil permet de voir apparaître en même temps une réanimation
de l’enfant et du système familial dans lequel il était
inséré.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
Rôle et possibilité d’action, limite du rôle des professionnels
les professionnelles de la petite enfance connaissent les difficultés
d’« élevage » au quotidien ; elles doivent être complètement
désemparées quelquefois, de voir de enfants s’enfermer
dans un début de psychose, ou plus banalement, des difficultés
à obtenir un sourire, à voir au jour le jour un enfant qui
ne s’épanouit pas. Comment alors aider un enfant qui a un
attachement désorganisé ? La France a récemment vécu un
conflit national parce que le gouvernement avait prévu une
loi obligeant les professionnels de la santé et du travail social à
déclarer les enfants de trois ans suspectés d’avoir des troubles
de développement, afin, disait-on, de prévenir la délinquance
à l’adolescence. Poser un problème en ces termes mène à une
voie dangereuse. Face à ce mouvement aberrant, des psychiatres
et des pédiatres ont créé un mouvement appelé « Pas de
zéro de conduite ». À l’instar des discours de ce mouvement,
il faut se garder d’établir des pronostics qui sont portés par
la peur de voir des enfants aller mal et devenir asociaux. le
problème reste réel. Il faut être un peu fou dans nos métiers,
pour croire en des possibilités d’évolution. Il est clair que plus
un enfant est symptomatique, plus la structure autour de lui
semble nous échapper, plus nos anticipations qui devraient
être positives deviennent négatives.
Toutefois, quand on revoie ces enfants quelques années plus
tard, quelquefois on a de mauvaises surprises. Mais souvent,
il y a eu quelque chose dans ce qu’on a fait avec eux, quelque
chose qui a eu une fonction organisatrice, puis d’autres personnes
et d’autres fonctions organisatrices sont entrées dans
sa vie et le sujet « sort du trou » alors qu’on avait l’impression
qu’il n’en sortirait jamais.
Le temps et la résilience, deux alliés
la résilience, c’est être prêt à l’inattendu ; c’est être réceptif
aux choses inespérées ; c’est savoir être à l’écoute pour discerner
des petits signes prometteurs d’amélioration. Il ne faut
absolument pas minimiser notre tâche, notre rôle, dans le
partage du quotidien, qui est d’être des figures d’attachement
symbolique significatives. Dans cette rencontre avec un
intervenant, quelque chose reste attaché dans le psychisme
de l’enfant, quelque chose qui mûrit, germe et qui finit par
donner des résultats.
le meilleur thérapeute est le temps ; autant il peut désorganiser,
autant il peut finir par organiser. C’est le propre
de nos métiers de pouvoir à la fois vivre des moments de
49
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succès et des moments de désillusion. C’est notre galère,
on l’a choisie!
- Michel lemay
Il ne faut pas enfermer les gens dans une petite case d’un
protocole prévu par des administratifs ou des savants, qui sont
coupés du concret quelquefois. les grilles d’évaluation enferment,
les grilles étant faites pour enfermer. Il n’existe pas de
grilles d’évaluation d’une situation qui soit satisfaisante en
tous points. Il faut faire le bilan d’une situation, mais il fait toujours
trouver du positif en tout. les athlètes handicapés sont
un exemple formidable : dans les situations les plus tragiques,
ils ont des projets de vie. Ce sont des praticiens du positif !
« Quand je dois préparer un signalement, rédiger un
signalement pour un enfant gravement maltraité dans
sa famille, je passe autant de temps, je noircis autant de
papier pour dire ce qui ne va pas dans cette famille et qui
justifie le signalement, que pour dire ce qui va bien ou qui
pourrait aller bien et ce sur quoi on pourrait s’appuyer pour
commencer un travail de réparation ».
- Témoignage d’un éducateur de rue
si les professionnels de l’enfance et du développement avaient
cette vision-là, que de voir le positif même dans les situations
apparemment les plus insolubles et bloquées, ils auraient
peut-être des résultats inattendus. À ce sujet, le proverbe
anglais Nothing succeeds like success veut dire bien des
choses ; un petit succès s’il est bien reçu et bien interprété peut
être le point de départ de beaucoup de choses.
Beaucoup de petites choses, faites par beaucoup de petites
gens, dans beaucoup de petits endroits, peuvent changer la
face du monde.
- Proverbe chinois
50
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://IfNfgBtpHh7E9RnH0_IxPb-xHzbe_H1rVhwquo9CAWkÍÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL¢׉EÚ 15
DÉVELOPPEMENT DE LA MOTRICITÉ AU
PREMIER âGE SELON EMMI PIKLER
Agnès SZANTO-FEDER
Psychogénéticienne • France
Parler d’emmi Pikler, c’est d’abord parler d’une découverte
faite il y a 60 ans, puis développée dans des lieux variés.
elle a découvert que l’enfant arrive de lui-même à s’asseoir,
à se mettre debout et à marcher - même si l’on ne le lui
apprend pas - par ses propres moyens et à sa manière. Même
si aujourd’hui cela ne nous semble plus très « surprenant »,
que ce soit prouvé statistiquement et dans des conditions
vérifiables a son importance. Cependant, Pikler va plus loin,
en proposant de permettre à l’enfant de parcourir effectivement
ce chemin.
sécurité, combien il est sûr de son équilibre, combien il est
détendu même en exécutant un mouvement compliqué. Ce
sont des éléments propres à ce développement, faisant donc
partie de la découverte de Pikler. Ces propriétés, ainsi que
l’apparition de chaque mouvement chez chaque enfant permet
de supposer qu’il existe un programme génétiquement
déterminé qui, cependant, ne peut apparaître que dans les
conditions de « liberté » que Pikler propose.
Il existe deux conditions à la « liberté motrice », à l’activité
autonome :
1. la sécurité : préserver l’enfant de dangers que son niveau
de motricité et de perception ne lui permet pas encore de
maîtriser, les deux aspects étant fonction de son âge mental.
2. À l’intérieur de ces limites : mettre en place les conditions
les moins restreignantes pour ses gestes et mouvements.
lorsqu’elle explique les
conditions
d’environnement adéLiberté
motrice signifie : permettre à l’enfant, à tout âge,
de découvrir, d’essayer, d’expérimenter, d’exercer puis de
garder ou d’abandonner au fil du temps toutes les formes
de mouvement dont il a l’idée au cours de son activité autonome.
L’adulte ne met jamais l’enfant dans une position ni
ne l’incite à exécuter un mouvement qu’il ne saurait faire de
lui-même avec aisance, un mouvement qu’il aura préalablement
appris, par son initiative propre au cours de son activité
autonome.
l’autonomie, l’activité soutenue : un premier sentiment de
compétence est inhérent à cette liberté ainsi définie. Ils ont
une influence certaine sur le développement de la personnalité
de l’enfant. Cependant, d’autres éléments, plus directement
liés à la qualité de la vie quotidienne doivent être considérés.
Il est en effet frappant, en regardant l’enfant rouler ou se
tenir appuyé sur un coude par exemple, de constater combien
l’aisance, l’harmonie de ses gestes et de ses mouvements sont
remarquables. Il est frappant de réaliser combien il se sent en
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
quates pour cette motricité et leurs raisons, on pourrait les
résumer par une volonté de limiter les limitations des mouvements
que l’enfant veut exécuter à chaque niveau de
son développement. Ainsi, la qualité des mouvements et le
besoin de mouvements du très jeune enfant se confondent
dans cette même liberté. Dans ces conditions, à tous les
stades, tous les mouvements déjà acquis sont utilisés dans une
grande mobilité : cela constitue la manière d’être du moment
de l’enfant. Également, dans ces conditions, les mouvements
et les postures des enfants évoluent, leurs formes se suivent de
manière très régulière d’un enfant à l’autre. Par contre, et cela
semble être la règle, les âges d’acquisition sont très variés, et
le rythme de progrès d’un même enfant n’est pas constant au
cours des acquisitions. si ces valeurs nous semblent importantes
pour le jeune enfant, nous agirons de sorte qu’il puisse
en bénéficier....
De l’empathie ?
C’est là où, en plus de nos connaissances, nous pouvons
aussi faire preuve « d’empathie » envers l’enfant. Dans cette
optique, en effet, voici quelques remarques qui nous concernent,
nous, les adultes :
1. Il est bon de se mouvoir (du moins, pour la majorité d’entre
nous...) ;
2. Nous n’avons pas beaucoup de plaisir à être maladroits ;
3. Avant d’agir, nous préférons nous assurer qu’au bout du
geste rien de dangereux ne nous attend ;
51
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͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL¥׉EÚ²COLLOQUE
4. et enfin, le plus souvent sans même le savoir, nous n’agissons
qu’en étant en équilibre ; ou plus précisément : si l’on n’est
pas ou si l’on ne se sent pas en équilibre, on ne peut pas
agir.
Au bout du compte, ce que Pikler nous propose n’est rien
d’autre que d’élargir aux enfants la validité des « valeurs »
citées ; et ce, avec d’autant plus d’attention que ces enfants
sont petits, car il leur faut d’autres conditions qu’à l’adulte
pour en user.
La place de l’adulte
Cependant, il faut bien préciser : le complément indispensable,
dans l’esprit et donc dans la pratique de Pikler, ce sont
des soins de qualité, moments d’échanges et de dialogue prolongés,
plein d’attention et de respect de la part de l’adulte
pour le partenaire qu’est l’enfant. Ce qui fait que l’enfant aussi
connaît l’adulte intimement. Dans une démarche complexe
de la manière dont la vie de l’enfant au quotidien est gérée
par l’adulte, la confiance et le respect mutuels constituent
l’essence de leurs relations, où le développement psychomoteur
« en liberté » et le mode particulier de l’investissement de
l’enfant par l’adulte sont indissociables et s’influencent réciproquement.
16
AMÉNAGEMENT
COMESTIBLE
ET ÉCOLOGIQUE
Ismael HAUTeCoeUR
Architecte paysagiste • Québec
Un aménagement comestible et écologique est un aménagement
qui joint l’utile à l’agréable en proposant un paysage
qui est à la fois ornemental et comestible. Dans un contexte
éducatif, ce type d’aménagement représente un potentiel
intéressant pour tricoter de nouveaux liens avec le paysage, le
voisinage, le cycle alimentaire, les saisons et l’environnement.
À l’heure des changements climatiques, de la dégradation
environnementale et des enjeux de santé liés à l’alimentation,
goûter tôt aux plaisirs de jardiner favorise l’adoption de bonnes
habitudes de vie tout en permettant l’émergence d’une
culture engagée, écologique et participative. l’émerveillement
que procure le simple fait de semer, d’entretenir et de récolter
offre aux enfants et aux grands de multiples occasions de
découvertes, d’apprentissages et de dégustations.
52
Dans le contexte actuel du « déficit nature », le fait que les
enfants soient de moins en moins en contact avec la nature,
les CPe peuvent jouer un rôle important en intégrant du
comestible dans leur aménagement paysager. les CPe possèdent
plusieurs atouts pour jouer le rôle stratégique de
mentor nature : les enfants y passent beaucoup de temps
et particulièrement l’été pendant la période de croissance, le
programme pédagogique plus souple permet plus de flexibilités
et, de plus, la récolte peut être intégrée aux repas offerts
sur place. la présence des parents dans le milieu des CPe
constitue également un atout.
De nombreuses options s’offrent aux CPe qui désirent jardiner :
culture en pleine terre, culture en bacs, en pots, semis intérieurs,
compostage. elles peuvent intégrer à leur paysage
des plantes vivaces et annuelles. le site peut être entièrement
comestible ou intégrer des sections pour le jardinage.
les CPe peuvent également collaborer avec la communauté
avoisinante pour maintenir un jardin dans le cadre de partenariats
gagnant-gagnant. Il existe de nombreux groupes environnementaux
ou horticoles qui peuvent aider à la mise en
place d’un aménagement comestible et de plus en plus de
professionnels offrent ce type de services.
Intégrer aux CPe une activité cyclique horticole permet aux
enfants de bénéficier chaque année des bienfaits du jardinage :
développement de compétences, activité multisensorielle,
respect de l’environnement, bonnes habitudes de vie. les
liens affectifs que développent les enfants de bas âge avec la
nature en jardinant offrent de nombreux bénéfices pour le
développement harmonieux des enfants dans leur milieu de
vie.
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://oEnXNGiTmELHwArVLZeD2yGYAuXehQlfftseCrCJ5KcÍHÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL¦׉EÚ17
ENTRE COLLÈGUES, DES RELATIONS DE
qualité • Théâtre-forum
ÉTINCelle
Conseil et formation en développement relationnel • France
la collaboration au sein d’une équipe de professionnels et
entre professionnels et parents est un atout essentiel pour
permettre aux enfants accueillis de se sentir en sécurité et de
développer la confiance en eux-mêmes et dans la vie. Cette
collaboration est parfois laborieuse du fait de la diversité des
expériences et des visions du monde et peut générer des tensions
ou des non-dits pesants. l’élaboration des relations de
confiance constitue un apprentissage relationnel.
en donnant à manger à Mathieu. Ce dernier mange d’abord
avec entrain, puis refuse et commence à jouer avec la nourriture.
Armelle s’énerve. Mathieu se met à pleurer, Raphaël
également. Armelle hausse le ton. Mireille n’ose rien dire et
tente sans succès de rassurer les enfants.
Comment garantir la qualité de présence auprès des enfants
sans rejeter Armelle ni la blesser ?
les échanges dans la salle ont permis de prendre conscience
de l’impact des émotions des adultes sur les enfants, de la
contagion de ces émotions et de la marge de manœuvre de
chacun pour faire évoluer la situation vers plus de sérénité.
Plusieurs propositions ont été soumises : proposer à Armelle
de la relayer, dire ouvertement à Armelle que ce n’est pas le
moment d’aborder ces sujets, mais se rendre disponible plus
tard…
la deuxième scène aborde la manière dont des propositions
de changement sont accueillies dans les réunions d’équipe :
À la suite d’une formation qu’il a suivie sur l’intérêt des liens
transgénérationnels, Antoine, éducateur de jeunes enfants,
propose une rencontre avec les résidents de la maison de
retraite. ses collègues lui opposent de nombreuses objections
et, pour finir, il abandonne son idée.
les situations jouées illustrent la problématique et la rendent
vivante. l’animateur invite les participants au débat pour faire
émerger les ressentis, les interprétations et les propositions de
changement. Un spectateur vient remplacer un personnage
pour tester son idée. la scène est rejouée. les spectateurs
font part des changements qu’ils ont observés. D’autres idées
émergent et enrichissent la réflexion, de nouvelles propositions
sont jouées…
Il ne s’agit pas de trouver la solution miracle qui règlerait tous
les problèmes, mais de développer chez chacun la capacité
créatrice de trouver la juste attitude dans une situation donnée,
attitude qui prenne en compte les besoins de chacun et
apaise les tensions.
la première scène présentée aborde la manière dont on peut
interpeller une collègue qui a un comportement qui nous
choque :
Armelle et Mireille donnent à manger à Mathieu et à
Raphaël qui ont environ 12 mois. Armelle a de gros soucis
à la maison et explique à sa collègue ce qui lui arrive, tout
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
53
Comment transformer les différences de points de vue en dialogue
et en intelligence collective nourrissant la créativité et
l’enthousiasme ?
les nouvelles propositions effraient et déclenchent parfois des
peurs et des résistances fortes. Chacun s’acharne à convaincre
les autres ; cela tourne au dialogue de sourds, un dialogue
épuisant et stérile. les participants ont joué des propositions
basées sur l’écoute, la reformulation et le questionnement.
Rechercher en équipe des solutions en prenant en compte des
avis de chacun ; voilà un but professionnel à favoriser, à viser,
à poursuivre !
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18
Vania JIMeNeZ
Médecin de famille • Québec
L’accueil du bébé
Cette conférence s’adressant à des éducatrices, nous précisons
que nous aborderons l’accueil de l’enfant en faisant
un détour par l’accueil de la mère elle-même. Comme
dans
tous
les
cas,
la
mère
porte
en
elle
un
corps
« qui n’est pas elle », le bébé, qui arrive toujours dans un milieu
étranger à lui est également lui-même un étranger pour
sa mère et sa famille.
Dépendant des conditions, il s’agira de « degrés » différents
d’étrangeté. Pour qu’il soit bien accueilli, en tant qu’être
unique dans sa famille, nous formulons l’hypothèse que pour
que l’enfant soit bien accueilli (porté) par sa mère, il est essentiel
qu’elle-même (et également sa famille) soit bien accueillie
(portée), en particulier durant sa grossesse. Pour cela, il est
essentiel de considérer la question du portage.
Ce qu’est le portage culturel
le portage comme tel est un concept dérivé du portage physique
des bébés (contre soi), pratique courante dans la plupart
des pays non occidentalisés, qui profite aux bébés et qui a été
réintroduit dans les pays occidentalisés au cours des dernières
années.
Il a trait au portage du bébé, mais l’expression portage
culturel comporte aussi une signification sur le plan psychique :
la mère ne pourrait offrir au jeune enfant un cadre sécurisant
qu’à condition qu’elle puisse elle-même s’appuyer sur un
cadre culturel externe. or la migration l’éloigne de sa culture,
l’isole et la confronte avec un cadre culturel très différent.
Étayage et notion d’enveloppe culturelle
les 4 fonctions sont présentées dans l’ouvrage Corps espacetemps
et traces de l’exil, sous la direction de Abdessalem
YAHYAOUI (1989).
1. La maintenance
lien avec les 3 fonctions maternelles de Winnicott : holding,
handling et object presentation
2. La contenance
le groupe de femmes, la grand-mère servent de dépôt, de
réceptacle (sensations-images-affects) de la jeune mère et
lui permettent de ne pas être dépaysée par des références
54
les stratégies de portage sont de plus en plus complexes selon
que l’on fait affaire à un milieu familier, moins familier et pas
du tout familier. Ce sont ces stratégies de portage qui sont
expérimentées et étudiées à la Maison Bleue.
Quelques mots au sujet de la Maison Bleue
la Maison Bleue ouvrait ses portes en mai 2007 dans le quartier
multiculturel Côte-des-Neiges à Montréal. l’objectif était
d’offrir pendant la période périnatale des services de santé et
sociaux à des femmes et à des familles en situation de vulnérabilité,
différemment de ce qui existait jusqu’à présent dans
le réseau de la santé, et inspirés par les projets de pédiatrie
sociale mis de l’avant par le docteur Gilles Julien.
la plupart des familles fréquentant la Maison Bleue sont immigrantes.
Certaines femmes ont un statut de demandeur
d’asile ou de réfugiée et ont fréquemment vécu des situations
traumatisantes avant de venir au Canada. elles se retrouvent
souvent isolées, dans une situation économique précaire, loin
de leur famille et de leur pays, coupées de leur culture. elles
arrivent ici enceintes, ou deviennent enceintes peu après leur
arrivée. Comment, lorsqu’on se retrouve dans cette situation,
peut-on prendre soin d’un bébé ? Comment peut-on le porter ?
Un des objectifs centraux de la Maison Bleue est d’offrir un
cadre qui porte ces femmes enceintes, ces familles ayant de
jeunes enfants et qui leur permette à leur tour de bien porter
leur bébé, lors de cette transition difficile qu’est leur émigration
au Québec. Cette notion de portage, et de portage culturel
a été mise au jour par la psychiatre française Marie-Rose
Moro. Mais elle n’avait pas été définie jusqu’à présent.
À la Maison Bleue, les stratégies sont ajustées en fonction du
degré d’étrangeté (2 ou 3), ce qui est fondamental notamment
pour pallier l’absence d’étayage culturel relié à la maternité
: (par exemple, le rôle traditionnel de la grand-mère, la
prise en charge par le groupe de femmes de la mère, du bébé,
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
L’ENFANT ET SA FAMILLE
culturelles non familières (menant à se sentir débordée ou
détruite)
3. La fonction de pare-excitation
Régule les tensions et simulations que l’enfant provoque
chez la mère et vice-versa, protège la dyade contre les atteintes
extérieures
4. La fonction d’inscription de traces
se reconnaître dans une appartenance, une filiation
׉	Ú 7cassandra://ZoPNU8VZDO6d1x7rVKxQkWkCWU6q5oAP-Evl7WrOSKEÍüÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLª׉EÚ÷et du reste de la famille). la Maison Bleue vise à recréer, par
sa philosophie de proximité avec la clientèle, les activités et les
services offerts par son personnel, un cadre porteur pour la
mère et pour son bébé en constituant une « enveloppe », un
« contenant » qui aideront la mère à mieux porter individuellement
son bébé.
Alors que dans son pays d’origine la mère est « portée » par sa
culture, sa communauté, son village ou son quartier, la Maison
Bleue vise à reformer en quelque sorte un « village » pour pallier
ce qu’elle a perdu en quittant les siens et sa communauté,
étant entendu qu’il ne s’agit aucunement de remplacer sa culture,
c’est-à-dire les références, pratiques et savoirs issus de
celle-ci, mais de la respecter.
Une étude a été menée sur le portage culturel. elle visait à
comprendre ce qui permet à la clientèle d’avoir une bonne
expérience en périnatalité, de bien porter son bébé, et la manière
dont la Maison Bleue peut faciliter cet objectif. Pour ce faire, ont
d’abord eu lieu des focus groups avec des femmes fréquentant
la Maison Bleue, tant francophones qu’anglophones, fin 2008
et début 2009, sur leur expérience d’immigrantes enceintes,
accouchant au Québec et mères de jeunes enfants. Puis, à
partir de ces propos, une pièce de théâtre a été écrite en 2009,
et elle a été bonifiée par l’apport des participantes lors de la
2e
réflexion et de créativité, et de bonnes relations dans l’équipe.
Ils comprennent aussi la création de réseaux sociaux, et notamment
l’entraide. l’étude souligne aussi l’impact que peut avoir
un tel portage chez la clientèle : autonomisation (empowerment)
et transformation - par exemple un accroissement de
l’estime personnelle - la guérison de blessures psychologiques,
la création d’un réseau social.
19 Pour une psychopathologie de l’hyperactivité
L’ENFANT QUI BOUGE TROP
Bernard Golse
Pédopsychiatre et psychanalyste • France
étape de l’étude : une trentaine d’ateliers de théâtre tenus
de l’automne 2009 à mai 2010, ateliers auxquels ont succédé
des lectures publiques de la pièce de théâtre par les participantes
aux ateliers.
les résultats de l’étude menée à la Maison Bleue ont permis
de mieux définir ce qu’est le portage culturel, et d’y ajouter
une dimension sociale qui n’avait pas jusqu’ici été mise au
jour dans la littérature. elle révèle que les femmes enceintes
venues d’ailleurs y bénéficient de ce qu’on pourrait appeler
un « portage global » dans lequel la dimension culturelle
occupe toujours une place importante et à laquelle il importe
de rester attentif à tous les stades du processus périnatal. les
obstacles à ce portage sont l’insécurité chez la clientèle, reliée
à la précarité des conditions de vie, à l’éloignement de la
famille et du pays d’origine, aux négociations avec les agences
d’immigration, à la méconnaissance des mécanismes de fonctionnement
de la société d’accueil.
les ingrédients de ce portage sont faits de maternage, de rencontres
sur une passerelle entre les intervenants de la Maison
Bleue et la clientèle, de qualités humaines de l’équipe telles
l’ouverture d’esprit, la souplesse, la capacité d’adaptation, de
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
l’hyperactivité, on le sait, fait couler beaucoup d’encre, depuis
maintenant de longues années. elle est devenue quelque peu
emblématique, car sur elle converge aujourd’hui toute une
série de débats et de controverses qui renvoient à une longue
histoire d’oppositions de différents vertex dans le champ de la
pédopsychiatrie : organogenèse versus psychogenèse, pédagogie
et rééducations versus psychothérapies, modèle médical
versus modèle psychopathologique ou psychanalytique,
traitements médicamenteux versus approches relationnelles,
et finalement corps versus psyché !
Dans le monde anglo-saxon, elle est considérée comme l’un
des troubles neuropsychiatriques les plus fréquents au cours
de l’enfance. Toutefois, il est frappant de constater les grandes
divergences épidémiologiques qui existent, en réalité, entre
les données recueillies aux États-Unis et celles qui le sont en
europe, divergences qui témoignent à l’évidence d’un manque
de cohérence et de consensus entre les critères diagnostiques
et les systèmes classificatoires.
en dépit de l’idée qui considère l’hyperactivité comme une
entité clinique stable, les révisions et les redéfinitions continuelles
du syndrome plaident, en réalité, en faveur de
l’hypothèse inverse. seule une analyse psychopathologique,
au cas par cas, de chaque histoire d’enfant hyperactif, permet
de véritables choix thérapeutiques, multidimensionnels
et spécifiques de chaque enfant. Il s’avère aujourd’hui que
l’hyperactivité véritable est finalement assez rare, et qu’elle
répond à un modèle fondamentalement multifactoriel qui
fait d’elle un trouble partiellement génétique et grandement
environnement-dépendant.
55
׉	Ú 7cassandra://IaMii7ZHUuMNKlnBQpWX4XVvbHQieyNhJsnxsLF5PwYÍ™Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL«�×W™ä°֓ÍLª�Í€ÍVבC’טš�   �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://G1EBags842yruMwYWQh9eoWSXIxebJBnP7A1ShjGdyUÎ ºÍ`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://yzIORolvdnlOJSw4e4u2M3-hmY4jlvhylBMXOWoY-zgÍfûÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://JQ0iTYadcZXDZLZE-eTBdhw8OkUAieUdGc6-CBYmor8Í‰Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://_LTlbQHVMXqnS74qPR6iDzHyd_dgNfM1CywcmkOoCXQÍTúÍ”͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL¬טš� ÍÀ �ÍÀÍV�u׉œ”׉	Ú 7cassandra://e1X8LK1dpjbBepTqRcUe_RCUQWlqd4PTP3y3HqXIOrYÎ £°Í`�ÍKÍF׉	Ú 7cassandra://ZAO5wEGe_Gl5s9T9hBkPbT_3lhXiOhAaE_epGKaFBQUÍJúÍ`�ÍŸÍà׉	Ú 7cassandra://FdDI854JSVatlnLStFCJ4tMvVS9xBwe0iqaWsaFDBdMÍ?Í`�ÌÝÍ ׉	Ú 7cassandra://rtwZJSOv91esRISXrw48jaQlNj6Tc8UQMjC8D-10jFkÍõ=Íz͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍL­׉EÚÚCOLLOQUE
les travaux de l’institut Pikler-lóczy (à Budapest) démontrent
clairement la possibilité d’une prévention précoce de
l’hyperactivité. l’hyperactivité nous amène ainsi à nous questionner
quant aux définitions du normal et du pathologique
dans le cadre du développement et de l’évolution mentale de
l’enfant, avec la délicate problématique des variations de la
normale. elle pose aussi des questions sur l’acceptation par la
société d’un supposé trouble de l’enfant. Mais, il importe aussi
de dire, que plus une société est agitée, moins elle supporte les
enfants agités, et plus elle crée pourtant, paradoxalement, les
conditions mêmes de leur agitation !
Fondements épistémologiques des différents modèles
étiopathogéniques
lors d’un congrès de l’esCAP (european society for Children
and Adolescent Psychiatry) qui s’était tenu à Paris, en 2003,
nous avons bien senti la substitution de clivage qui s’était
opérée avec le passage du clivage classique entre organogenèse
et psychogenèse, à un nouveau clivage entre une « clinique
de l’instant » et une « clinique de l’histoire ». Il y avait
déjà là une certaine bascule du point de vue épistémologique
général, mais la réflexion épistémologique nous amène également,
me semble-t-il, à bien différencier, dans le champ spécifique
de l’hyperactivité, les modèles endogènes, les modèles
exogènes et les modèles interactifs, avec une sorte de gradient
progressif quant à la composante interactive qui les imprègne.
-
les conceptions anglo-saxonnes renvoient, de fait, à des
modèles endogènes. on citera ici le modèle médical linéaire
fondé sur la notion de « trou métabolique » (notamment
dopaminergique) et l’hypothèse d’une anomalie de la
modularité des processus d’attention.
- la psychopathologie réactionnelle renvoie, quant à elle,
à des modèles exogènes (carences d’ambiance, dépressions
maternelles précoces, troubles de l’attachement...). Il
importe, toutefois, de laisser toute sa place à la théorie de
l’après-coup, car il est clair que ces diverses conditions environnementales
ne font pas la même chose à chaque enfant
en fonction de son histoire trans- et intergénérationnelle.
-
les modèles interactifs, enfin, peuvent être compris, désormais,
en termes constructivistes.
Le rôle des dépressions primitives du bébé
Qu’il s’agisse de carences d’ambiance et d’apport relationnel
ou de dépressions maternelles (ou parentales), il y a là des
situations dépressogènes pour le bébé en l’absence de tiers
56
capable de protéger le bébé. Il importe de souligner qu’il est
actuellement très difficile de dire si le bébé souffre directement
de la sous-stimulation interactive ou de l’absence de tiers en
tant que telle, ou des deux à la fois. en tout état de cause,
la faillite du holding initial amène le bébé, dans la perspective
des travaux d’esther Bick, à se constituer une « deuxième
peau substitutive » par l’agitation motrice qui renvoie à la fois
à la question des défenses maniaques et des défenses opératoires.
Ces défenses ne donnent pas lieu véritablement à un
risque cognitif, mais elles permettent au bébé d’éprouver
moins intensément les affects négatifs (anxieux et dépressifs).
si la situation perdure, la synchronie polysensorielle se trouve
compromise avec la possibilité d’émergence de mécanismes
autistiques non structuraux. Comme on le sait, cette deuxième
peau motrice s’avère longtemps réversible, mais l’anamnèse
se doit d’être très soigneuse afin de tenir compte de cette
histoire dépressive précoce pour guider l’offre thérapeutique
(psychothérapie individuelle ou groupale).
En guise de conclusion : les enjeux thérapeutiques
la réflexion épistémologique n’est en rien un luxe gratuit, car
il n’y a pas de choix thérapeutique possible qui ne renvoie,
de fait, à une conception épistémologique des modèles de
référence. les enquêtes récentes ont révélé un décalage croissant
aux États-Unis entre la réalité des pratiques de terrain
d’une part, et d’autre part les recommandations officielles.
Il en résulte une expansion considérable des prescriptions
de psychotropes. l’exemple de ces dérives doit nous inciter
à maintenir les règles strictes qui encadrent les prescriptions
de psychostimulants en France, et qui semblent avoir permis
de maintenir l’usage de ces médicaments dans des limites
acceptables.
l’axe psychopathologique de nos réflexions ne saurait ainsi
être sous-estimé, de même que l’approche psychanalytique
de ces difficultés dont la mise en sens permet à l’enfant, non
pas de modifier les événements relationnels auxquels il a été
confronté, mais de changer le regard qu’il porte sur eux, c’està-dire
d’en élaborer progressivement une narrativité différente
et qui représente, en soi, une modalité efficace d’intervention
parallèlement aux autres mesures disponibles. Telle est, en
tout cas, notre conception actuelle d’une approche raisonnée
de l’hyperactivité dont les fondements épistémologiques
demandent donc à être explicités avec, précisément… la plus
grande attention !
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://JQ0iTYadcZXDZLZE-eTBdhw8OkUAieUdGc6-CBYmor8Í‰Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL®׉EÚxACTIVITÉ s D e ClôTUR e
20 LE MONDE DE L’ENFANT
ÉTINCelle
emmanuel leVRARD, Alex GRACI, Véronique GUÉRIN,
Flavien LAFOSSE, Élisabeth LOMBAT et Cathy LUMALÉ •
France
Très loin, très ténus, des bruits sourds m’enveloppent,
emplissent mon univers noir et liquide. Qu’est-ce, sinon
l’impression d’un battement de cœur, d’une respiration, d’une
voix soudaine qui s’extasie. Je l’entends la voix de celle qui
m’enveloppe, me couve, me protège. J’entends peu à peu sa
voix à lui aussi, je sens ses mains m’entourer au-delà d’une
paroi qui s’amincit au fil des mois.
Puis une lumière éblouissante m’accueille, des odeurs déjà
familières, et cette voix de maman que je connais et que
j’aime, avant même de lui avoir donné un nom.
Une année, deux années s’écoulent. les frontières de mon
univers s’étendent, les limites s’éloignent. Je bouge, je souris,
je mange et je pleure. Je marche, je parle, je vis ! Je deviens
moi, je partage peu à peu une nouvelle vérité, celle des grands
et celle des autres petits.
les regards se sont croisés, ils partagent le bonheur d’avoir
vécu une enfance heureuse, avec vous mes parents, avec toi
ma famille, avec vous mes éducatrices. la petite enfance est
finie, mais le monde est à moi et le chemin s’ouvre : prends ma
main, j’ai encore besoin de toi.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
57
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Animation : stéphan BUReAU, journaliste
Panellistes : Michel LEMAY, pédopsychiatre et professeur titulaire • Anna TARDOS, psychologue et pédagogue • Michel
MANCIAUX, pédiatre social • Agnès SZANTO-FEDER, psychogénéticienne • Marie-France DUCAS, éducatrice au CPE
Franquette la Grenouille • Cassandra LETARTE, conseillère pédagogique au CPE Les Petits Semeurs • Mélanie GAUTHIER,
directrice générale du CPE Franquette la Grenouille • Claudette PITRE-ROBIN, directrice générale du RCPEM
Dimanche matin : il ne reste plus que quelques heures avant de quitter l’Hôtel des seigneurs, ce lieu de convergence d’idées et
de questionnements fondamentaux qu’il est devenu, le temps d’un Colloque. Dernière rencontre pour 760 professionnelles de
la petite enfance, dernier moment de partage pour les conférenciers ; après le retour aux sources de l’enfance que nous a offert
l’équipe de l’Étincelle, la table est mise pour un bilan de clôture.
Réunis à la table, spécialistes et intervenants du milieu sont invités tour à tour à apporter et à confronter leurs points de vue
respectifs, leur vision, leurs inquiétudes, à dresser un portrait de la situation quant au monde de l’enfant et à notre volonté de
le re-connaître, tel qu’il est véritablement.
COLLOQUE
Sous forme d’échanges à bâtons rompus, d’idées lancées en regard des propos tenus lors des conférences, nos panellistes
réfléchissent ensemble :
Michel LEMAY
la pièce que vient de nous proposer l’Étincelle met bien en
lumière l’existence d’une zone intermédiaire, une ambivalence
entre le parent et l’environnement, ce dernier n’offrant
pas toujours ou offrant mal le soutien dont le parent a besoin
pour jouer son rôle. Tout en étant reconnaissant à ce milieu,
le parent développe non pas tant une méfiance, mais une difficulté
à lui faire entièrement confiance. Car ceux qui se disent
théoriciens, mais qui ne sont pas dans l’exigence du quotidien,
ont du mal à comprendre la force et la richesse de la quotidienneté.
le discours de ces spécialistes qui inondent le parent
de conseils et de recommandations se situe quelquefois à mille
lieues des personnes, des parents, qui eux, travaillent directement
sur le terrain. Pourtant, on connaît bien la difficulté de
ne pas entrer en fusion avec les enfants ; l’accompagnement
du professionnel suggère en effet l’existence d’une kaléidoscopie
de souvenirs personnels qui reviennent, chaque fois qu’il
rencontre un enfant.
58
Je ne suis pas d’accord sur le fait que les enfants naissent tous
égaux ; ils ont leurs propres capacités, mais il existe une grande
antidémocratie dans le domaine du développement de l’être
humain, que ce soit en terme de génétique, de grossesse, de
naissance, des premières semaines de la vie, de transmission
virale ou non, de milieu encadrant ou désorganisé, de société
qui tente ou non d’apporter des choses pour l’enfant : il est
donc certain que les chances de départ ne sont pas égales.
Mais en tant que professionnels, nos interventions individuelles
et notre militantisme social peuvent jouer un rôle de
grande importance. Nous devons faire respecter leurs besoins
réels car au même titre qu’on peut rendre des enfants obèses
de nourriture, on peut les rendre obèses d’activités, sans tenir
compte de leurs besoins. l’essentiel, que nous partageons tous
que l’on soit parent, grand-parent, pédopsychiatre ou éducateur,
c’est d’être convaincus que le rôle des éducatrices et des
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://iipaaf8Jr1krW2ShJ5OKiGWYajP-X-eqBebPD7-DMdIÍóÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL²׉EÚCPe est essentiel. Il s’agit d’un travail enthousiasmant, mais
des plus difficiles. les éducatrices ne sont pas les parents, mais
des figures d’attachement ; elles ne sont pas des enseignantes,
mais elles préparent les enfants à leur avenir. elles ne sont pas
des monitrices, mais ouvrent à l’imaginaire. elles ne sont pas
des thérapeutes, mais rectifient la trajectoire par leur présence.
les intervenantes de la petite enfance cherchent la qualité et
le dosage de leur présence, de leurs actions, de leurs attachements
; elles doivent s’engager, tout en restant distanciées.
elles deviennent signifiantes pour permettre aux enfants de
développer un chemin de vie.
Anna TARDos
on ne se souvient pas de sa naissance ni même quelquefois
de sa propre petite enfance, mais on la revit à travers celle
de ses enfants. Être avec l’enfant, le comprendre ; c’est un
temps de vie qui devrait être heureux. Toutefois, les soucis
quotidiens existent bel et bien, à chaque moment. les difficultés
sont liées aux solutions que l’on doit sans cesse trouver, à
des réalités que l’on doit quotidiennement vivre et surmonter.
Comprendre l’enfant est une longue démarche pédagogique !
les parents font le chemin assez bien, et il est heureux de
se rappeler que les enfants n’ont pas besoin de parents parfaits
! Winnicott nous rappelle qu’ils ont besoin « d’assez bons
parents ». Pour les professionnels, toutefois, c’est une autre
réalité ; il est essentiel de poursuivre sans cesse son perfectionnement.
Cette nuance doit être bien comprise, si l’on
ne veut pas être sujet à l’irritation, à la colère ou même à la
panique, quelquefois.
Il faut distinguer « besoins généraux » et « besoins individuels
» : il faut savoir que nous pouvons influencer ou créer
les besoins des enfants. Dans son livre pour les parents, emmi
Pikler propose un chapitre intitulé « Éduquer ou pleurer ». elle
y explique que quand l’enfant pleure, on le prend, comme
une réponse à ses pleurs. Ainsi, à force de le faire, le bébé a
« appris » ce besoin. l’enfant pleure ou est inconfortable, la
maman le met au sein : encore là, on crée un besoin. Il est
ainsi facile de détourner les besoins réels ou naturels. C’est
une question d’éducation que de comprendre que l’enfant a
besoin d’être porté, de se promener, de dormir. Ça peut être
vrai, mais peut-être pas : est-ce un besoin fondamental, ou
est-ce que j’ai développé ce besoin, parce que je l’ai imaginé ?
la question se pose.
Par rapport aux parents et à une nouvelle approche qu’on leur
propose, il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
d’« appliquer » une théorie, un courant. Il y a un grand danger
au terme « appliquer » ; il faut réfléchir : ça aide à mieux
comprendre. Il ne faut pas « appliquer », comme une recette.
C’est à prendre comme un modèle à réfléchir. on doit toujours
se questionner. les enfants ont besoin d’une attitude franche :
il faut être convaincus, et il ne faut pas appliquer si l’on n’a pas
compris. sinon, ce sera plaqué et pas intégré, problématique,
incohérent, inconsistant.
Dans une bonne crèche, les parents doivent être accueillis. Il
faut montrer l’attitude, l’atmosphère et ne pas trop se mêler
à la vie familiale. Il faut éviter de dire « je connais Pikler, j’ai
maintenant la vérité ». C’est un autre métier que de savoir
comment réfléchir avec les parents et de travailler avec eux ;
il ne faut absolument pas outrepasser ses compétences. les
compétences des éducatrices, c’est avec les enfants, pas avec
les parents. Ainsi, il faut éviter de les conseiller dans leur rôle
de parent. sinon, on peut enlever la sécurité des parents.
Michel MANCIAUX
les spécialistes doivent revoir leurs façons de faire ; ils ne doivent
pas parler doctoralement. Comme le disait le grand pédagogue
polonais Janusz Korczak qui, directeur de l’orphelinat
du ghetto de Varsovie, accompagna, alors qu’il pouvait
s’échapper, ses petits protégés au camp de la mort : « Vous
dites c’est difficile de s’occuper des enfants et vous avez raison.
et vous dites parce qu’il faut s’abaisser pour se mettre à
leur niveau et là, vous avez tort. C’est difficile parce qu’il faut
se hausser sur la pointe des pieds pour s’élever à leur hauteur ».
Georges Duhamel, auteur et académicien, parlait des enfants
qui nous déstabilisent complètement, qui nous permettent
de refaire un chemin d’humilité et de tout remettre en question,
que l’on soit parent ou grand-parent. Il disait « Avec des
enfants, tu remettras des peut-être aux ailes de tous tes projets ».
les enfants sont là pour nous redonner la modestie, pour nous
rendre plus sensibles à la parole des autres, y compris celles
des tout-petits, même par nos réactions non verbales. Nous
garder ouverts à la parole des enfants, c’est rester ouverts à
l’inattendu.
Il faut aussi se méfier des comparaisons entre enfants, des
échelles d’évaluation, des théories. en tant que parent ou
éducateur, on met souvent la barre trop haute et l’on met
l’enfant en situation d’échec. Compte tenu des moyens et
du temps nécessaires pour progresser, l’enfant n’arrive pas à
ce qu’on attend de lui. les Américains ont cette phrase ter59
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rible : le « blâme de la victime ». on blâme les enfants s’ils
ne répondent pas à nos attentes, alors qu’ils n’ont pas eu les
moyens ni le temps nécessaires. Évitons donc les comparaisons
entre les performants et les plus lents, et respectons le rythme
de chacun. Faisons ainsi un contrat de développement avec
l’enfant…
Agnès SZANTO-FEDER
Nos enfants ne fonctionnent pas avec leurs propres enfants
comme nous l’avons fait nous-mêmes. Ainsi, chaque
parent et chaque couple a ses instincts, ses façons de faire,
ses préoccupations. se soulève alors la question du besoin :
on ne connaît pas aujourd’hui tous les besoins des enfants. la
vie continue et nous allons continuer à en découvrir. Bien sûr,
presque tout le monde travaille en pensant donner ce dont
les enfants ont besoin, c’est ce que nous avons appris, mais
on ne le « saura » jamais réellement. Pour y arriver au mieux,
on ne peut faire autrement que laisser une place immense à
l’observation : observer avec empathie et tenter de comprendre
par l’observation, pour adapter nos actions.
lors de ce colloque, on a parlé beaucoup de lóczy, mais
on a aussi parlé de Reggio emilia et d’autres approches qui
promeuvent des approches similaires ou qui amènent des
changements de mentalité ou de façons de faire, en intégrant
le respect des besoins et du rythme propre à l’enfant.
Ainsi, certains CPe travaillent actuellement à modifier leurs
approches. Mais du point de vue opérationnel, dans un univers
de productivité, est-ce réalisable de concilier les attentes
et besoins de tous et de chacun, que ce soit le prix de la garde
jusqu’au rendement, des attentes élevées des parents face à
la garderie et des pressions qu’ils vivent et qu’ils exercent. Il
ne faut pas en cours de route oublier les parents ; un équilibre
reste à maintenir, c’est un absolu à respecter. Il est impossible
de s’occuper des enfants si l’on ne connaît pas son milieu
familial. et on sait que les parents aussi doivent gérer une
grande anxiété, autant que les enfants peuvent en vivre sous
la pression qu’on leur impose.
Par rapport aux besoins des enfants, la question se pose à
savoir si l’on crée de nouveaux besoins ou s’ils sont réels et
adaptés aux nouvelles connaissances scientifiques. les besoins
peuvent bien sûr être dynamiquement changeants, en fonction
des changements des parents, et de nouveaux besoins apparaissent
en regard des nouveaux besoins des familles. Toutefois,
ils sont « perdus » quelquefois en matière d’éducation :
ils sont confrontés à trop d’informations, à trop de « conseils »
60
professionnels. on oublie malheureusement qu’on a fait tout
un chemin pour être convaincus de l’approche piklérienne,
Reggio ou autres, et l’on souhaiterait que les parents adhèrent
à nos vues sans avoir cheminé eux-mêmes ?
les enfants naissent avec des besoins fondamentaux, et
ils ne sont pas égaux, c’est certain. la plus grande découverte
de notre siècle, un des besoins fondamentaux du petit
enfant, c’est le besoin d’activité. Pas d’agitation, mais d’activité
que l’adulte peut essayer de comprendre et d’observer. Ils ont
tous besoin d’être vus, regardés, ils ont le souci d’être entourés.
Tous les enfants sont des individus et il faut les respecter
comme tels.
COLLOQUE
Cassandra leTARTe
l’approche piklérienne commence à prendre forme dans nos
milieux, on peut y arriver quand on se donne une direction.
Madame Tardos a parlé d’un chemin : il est important de
s’installer dans un chemin, de se diriger dans un sens commun.
Pour une installation, il est possible d’arriver à quelque
chose de concret, si l’on se donne collectivement une direction.
Mais
des choix doivent être faits ; plusieurs parents ont ainsi
assisté à la journée colloque du samedi. la société exerce des
pressions immenses sur les parents, qui demandent beaucoup.
les parents demandent des résultats, les spécialistes doivent
actuellement leur dire qu’ils veulent laisser le temps aux
enfants d’être des enfants, sans qu’ils aient à « produire ». Il
s’agit d’un « freinage » sur la course à la productivité.
le processus ne sera jamais terminé; les besoins se transforment
et les choix que font les CPe doivent être pris pour
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://8Yfj_sFyQd6eqxBPxxxMLkOLqjsdVOjOtt1rj7DBv-MÍYÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍL¶׉EÚl’avenir, pas pour l’immédiat. Il faut permettre aux éducatrices
de prendre du temps de réflexion. elles ne sont pas nécessairement
toutes au même point dans le processus de réflexion. les
questions de gestion et de coût jouent également un rôle et
ont nécessairement un impact. Il faut faire preuve d’ouverture,
de patience.
Pour qu’ensemble parents et éducatrices puissent travailler et
arriver à un but commun, on doit peut-être quitter le livre et
décider ensemble ce qu’on doit faire avec cet enfant-là…
Marie-France DUCAs
Dans un monde de rapidité et de résultats, les démarches
prennent du temps pour se mettre en chemin. Des réflexions
importantes doivent être entreprises, particulièrement pour ce
qui est du temps : prendre le temps, leur laisser du temps. les
professionnelles doivent elles-mêmes prendre le temps. elles
doivent amener la réflexion dans leur milieu, aux parents et au
reste de l’équipe, qui doit en être convaincue. Il faut amorcer
une réflexion : il faut laisser le temps au temps.
Mélanie GAUTHIeR
la directrice d’un CPe a le privilège de travailler avec tous les
intervenants, autant les parents que l’équipe éducative. la
notion de temps est importante, mais elle doit aussi être amenée
au niveau de la société entière. les spécialistes ont vécu,
appris, observé, réfléchi… on prend conscience que l’on
vit dans un monde qui roule, qui laisse peu de temps à
l’observation des nouvelles découvertes de l’enfant, du bébé
ou de l’adolescent, de le regarder évoluer. Comme directrice,
nous avons des apprentissages théoriques à faire, ce qui
occasionne beaucoup de travail pour entreprendre de nouvelles
démarches.
si tout le monde n’est pas convaincu, l’équipe doit prendre le
temps de l’intégrer, de se l’approprier, peu importe le temps
que cela prendra : une graine à la fois pour avoir un jardin !
Claudette PITRe-RoBIN
Tout parent veut le mieux pour son enfant. Mais le « mieux »
n’est pas toujours le même pour tous, et le « comment » peut
différer. les parents sont très sensibles à tout ce qui se dit et
se vend : on offre des cours de gymnastique, de musique,
des ateliers, des activités... le « commerce de l’enfance » est
florissant et face à tout cela, il est normal que les parents veuillent
trouver le mieux. Ils se lancent alors dans toutes sortes
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
L’enfance doit être reconnue et appréciée comme ce
qu’elle est : une période fondamentale de chaque existence
; un âge de désir, de plaisir, de devenir ; un âge aussi
de fragilité qui demande une attention respectueuse et un
soutien affectueux ; une chance pour les familles, les communautés,
les sociétés, le monde. Les petites personnes
que sont les enfants ne sont pas des adultes en miniature :
elles sont des personnes à part entière et ont droit à notre
soutien, à notre respect, à notre affection, à nos soins.
Michel Manciaux
d’avenues. Ils deviennent experts en taxi plutôt que d’être
juste avec leurs enfants. Mais quand on leur présente les films
de Bernard Martino, les parents sont franchement bouleversés,
soulagés, rassurés; ils voient que c’est possible pour eux,
malgré la société de vitesse, de compétitivité et de pression
qu’on leur présente, de vivre autrement avec leurs enfants.
Ainsi, entre la famille et le service de garde, il est essentiel
de proposer une phase d’intégration. Actuellement, il n’y a
malheureusement pas encore de politique qui soutienne cette
pratique d’accueil. et comme c’est essentiel pour les enfants
et pour les parents, on en appelle au gouvernement pour le
permettre. l’angoisse des parents doit être prise en compte ;
en tant que professionnels, non seulement faut-il les écouter,
mais surtout, les respecter.
61
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COLLOQUE
Ils sont des centaines en Montérégie à s’investir bénévolement au conseil d’administration de leur CPe. elles sont des milliers à
accueillir chaque jour dans leur service de garde en milieu familial des enfants dont elles prennent soin. le RCPeM tenait donc
à soutenir les parents utilisateurs au conseil d’administration de leur corporation et les RsG en milieu familial reconnues, en
leur offrant une journée toute particulière dans le cadre de ce Colloque international. Cette journée a été l’occasion de faire
converger en un même lieu une somme considérable de réflexions, de questionnements et d’idées partagées, autour et pour
l’enfant que nous voulons tous et toutes mieux Re-CoNNAÎTRe.
01
L’ENFANT : CENTRE DES PRÉOCCUPATIONS
DE L’ADMINISTRATEUR (pour les parents)
louise CHAMPOUX-PAILLÉ
Administratrice de sociétés certifiées • Québec
siéger au conseil d’administration d’un centre de la petite
enfance est un défi de taille. Motivé par la volonté de s’assurer
que son ou ses enfants compteront sur le meilleur milieu
d’épanouissement, le parent propose sa candidature à titre
d’administrateur avec ses préoccupations et ses rêves : il
oublie parfois que l’administrateur d’une organisation doit
exercer ses fonctions dans l’intérêt supérieur de l’organisation.
Engagement en regard des valeurs, de la mission, de la vision
Quelles sont les valeurs de notre CPE et comment se reflètentelles
dans notre organisation : intégrité, pérennité, transparence,
équité, efficience, prudence, solidarité, entraide, respect ?
Un tel enjeu de gouvernance doit faire l’objet d’une politique,
d’un code d’éthique promu par ses administrateurs et sa
direction générale et d’un suivi, afin de mesurer le respect de
celles-ci dans le cadre du fonctionnement du conseil et de la
direction générale.
Avons-nous une mission et une vision et si oui, est-elle à jour,
la comprenons-nous bien et l’utilisons-nous comme cadre de
référence à notre processus décisionnel? Comment voyonsnous
notre CPe dans cinq ans : offrirons-nous les mêmes
services, notre clientèle sera-t-elle toujours la même, doit-on
faire des investissements pour être davantage efficaces?
D’une manière générale, on définit le rôle d’un conseil
d’administration comme étant celui de gérer les activités et les
affaires de l’organisme et en surveiller la gestion. Ce rôle doit
s’inscrire dans une mission et une vision nourries de valeurs où
les besoins éducatifs de l’ensemble des enfants desservis par
le Centre tant aujourd’hui que demain servent de phare aux
administrateurs.
Conférence axée sur la pratique, les grandes lignes de bonne
gouvernance de conseils d’administration ont été abordées de
manière à inviter les administrateurs à s’autoévaluer sur les
points suivants.
62
Atteinte des objectifs à court et à moyen terme
le rôle d’un conseil d’administration est de gérer les activités
et surveiller la gestion. Quels moyens prenons-nous pour bien
connaître les besoins de nos parents et connaître leur taux de
satisfaction ? Révisons-nous notre offre de service périodiquement
et avons-nous des critères mesurables pour évaluer
notre efficience. A-t-on déjà pensé à identifier les risques auxquels
notre organisation est exposée et des moyens que nous
pourrions prendre afin de réduire notre vulnérabilité ?
Relation entre le conseil d’administration et la direction
générale
le conseil d’administration fixe les objectifs et la direction
générale met de l’avant les moyens pour les atteindre. A-t-on une
vision claire des rôles et responsabilités respectifs des administrateurs
et de la direction générale ? Comment s’assure-t-on
que les deux parties travaillent dans un esprit de collaboration
et de respect mutuel ? est-ce que le conseil d’administration
transmet des objectifs clairs à sa direction générale ? Comment
effectue-t-elle sa reddition de compte et quels moyens
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://9mQQhyUY-UXacALhzar6OetZsRDl_Ix38HhusknV9mQÍvÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLá׉EÚ·le conseil met-il de l’avant pour l’appuyer dans cette tâche ?
Y a-t-il un processus d’évaluation de la direction générale à la
lumière de critères bien définis et établis d’un commun accord ?
Comment nous organisons-nous à l’interne afin d’atteindre
nos objectifs avec un souci d’efficience et d’équité ?
Fonctionnement du conseil et évaluation
le fonctionnement efficace d’un conseil repose sur un président,
chef d’orchestre, qui sait gérer les réunions en faisant
appel à un ordre du jour bien conçu et bien préparé, des discussions
ciblées aboutissant à des décisions claires, des procèsverbaux
dans lesquels les décisions et les points litigieux sont
consignés de manière claire et acheminés rapidement ainsi
que des opportunités régulières ou périodiques permettant
des discussions entre administrateurs. Comment se classe le
conseil d’administration à ses différents égards ? Avons-nous
suffisamment de temps pour discuter des points à l’ordre du
jour et le nombre de réunions est-il adéquat pour remplir notre
rôle et nos responsabilités ? les administrateurs reçoivent-ils
toutes les informations nécessaires pour exercer leurs devoirs
d’administrateurs ? Comment prévoit-on l’intégration des
nouveaux administrateurs ? Disposons-nous d’un tableau de
compétences requises de manière à déterminer si nous disposons
de toutes les compétences requises pour que le conseil
joue efficacement son rôle ? Nos comités répondent-ils à nos
attentes, ont-ils un mandat clair et rendent-ils compte auprès
du conseil ? les administrateurs reçoivent-ils une rétroaction
quant à leur contribution au conseil ?
Reddition de compte
Annuellement, le conseil d’administration doit rendre compte
de ses décisions et de ses activités. l’assemblée annuelle et
le rapport annuel servent à cette fin. est-ce que ce processus
de reddition de compte répond aux attentes : moment de la
réunion, période de questions, etc. ?
Ce tour d’horizon des bonnes pratiques en matière de
gouvernance visait, outre un partage de connaissances et
d’expériences, de transmettre aux participants des outils de
base pour améliorer le fonctionnement de leurs conseils en
tenant compte du caractère particulier de l’engagement d’un
administrateur au sein d’un centre de la petite enfance.
Dans le cadre de cette conférence, monsieur Jean-Marc Félio
présente un outil internet créé pour les administrateurs :
le cpe.reseauCA.net, disponible via le RCPEM.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
01
ACCUEILLIR L’ENFANT (pour les RSG)
Pendant la conférence de madame Champoux-Paillé offerte
aux parents administrateurs, les RsG en milieu familial
ont assisté et participé à la conférence Accueillir l’enfant,
présentée par le truchement du théâtre-forum. Le résumé
de cette conférence est disponible en page 32 du présent
document (conférence no. 05).
02
COMPRENDRE LE MONDE DE L’ENFANT
Jean ePsTeIN
Psychosociologue • France
Alors qu’il rencontre généralement le personnel des centres de
la petite enfance, lors de ses passages au Québec, ce présent
colloque offre l’occasion au conférencier de rencontrer les parents
et les responsables d’un service de garde en milieu familial.
Ces dernières sont des professionnelles, mais qui accueillent
les enfants dans leur milieu de vie. le titre de « RsG en milieu
familial » donne alors une image beaucoup plus représentative
de la réalité que celle de leurs vis-à-vis européennes.
En France, on les appelle des « assistantes-maternelles », ce
qui fait disparaître l’idée du lieu, du milieu familial. Ça sousentend
que le père n’existe pas, ou pire, que la mère n’est pas
particulièrement bonne, puisqu’elle a besoin d’une assistante.
en Belgique, on les appelle des « gardiennes encadrées », et
en suisse, des « mamans de jour ». Ici, on a compris qu’il peut
y avoir le conjoint qui apporte le côté masculin du milieu, que
chez elles ou qu’il y a des règles qui ne sont pas les mêmes que
chez l’enfant. C’est la faculté d’adaptabilité qui est développée
chez l’enfant.
Comprendre le monde de l’enfant
Pour comprend le monde de l’enfant, il est nécessaire d’avoir
63
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͠�Í Íñ�×W™ä°֓ÍLä׉EÚ6COLLOQUE PARENTS ET RSG EN MILIEU FAMILIAL
une certaine connaissance, mais on se rend vite compte qu’il
est si facile d’oublier… Par exemple, plus on étudie le rythme
de développement des enfants, plus il semble que la question
de la « normalité » est étendue. Ainsi, on dit que l’enfant
devrait commencer à marcher entre 10 et 16 mois. Pourtant,
il faut qu’il ait développé tout à la fois la force et l’équilibre,
que sa calcification soit terminée, et il faut aussi qu’il en ait
envie ! Tout cela est important et chaque enfant peut vivre
des décalages en fonction de l’acquisition de l’une ou l’autre
des conditions. on le sait bien, mais on continue à acheter des
marchettes (des « youpala », en France) pour accélérer les
apprentissages. on peut donc voir des parents qui consultent,
parce que leur enfant a les « pieds qui tournent ». C’est simplement
qu’il a été mis debout trop tôt, alors que son squelette
n’est pas encore capable de suivre. Un peu de patience, et les
pieds de cet enfant redeviendront comme ils devraient être !
Connaître l’enfant, certes, mais aussi le reconnaître. et le
« re-connaître », c’est combler le fossé entre ce qu’on sait et
ce qu’on en fait.
Comme on se plaît à dire souvent en réaction au fameux livre
de Brazelton, « tout se joue avant… ». C’est faux, car on sait
bien que tout se joue avant la mort ! l’adolescent, par exemple,
n’est ni bébé ni adulte, il est simultanément, et tour à tour,
les deux. Il y a donc nécessité pour lui de faire des « sessions
de rattrapage », parce que l’adolescent a encore souvent du
travail de bébé à faire ou à compléter. les CPe et les familles
sont des hauts lieux d’apprentissage. si le bébé y fait bien ses
apprentissages, il aura beaucoup moins de travail de bébé à
faire quand il sera adolescent.
Cela constitue donc le cœur même de la prévention. Il y a
plusieurs années, affiché dans le bureau d’une ministre québécoise,
un parchemin reprenait la phrase suivante : « Il coûte
moins cher d’aider un enfant et une famille à se construire que
d’attendre qu’ils dysfonctionnent pour les soigner ». Cette
phrase avait été tirée d’une étude commandée à des bailleurs
de fonds, des gens qui parlent d’argent. C’était en 1995, et
on tentait d’évaluer le coût des violences, des incivilités, des
problèmes comportementaux des adolescents,
des
dysfonctionnements
familiaux : il se sont rendus compte que
d’attendre que ça casse avant de réagir provoquait inévitablement
un gouffre, et que d’investir dans les CPe ne coûte rien
à côté des frais de thérapie à venir…
sérieusement, grâce au travail immense des parents administrateurs
et de l’équipe du CPe, les tout-petits peuvent réussir
leurs apprentissages de bébé ; ils peuvent faire leur travail
64
de bébé, et les adolescents qu’ils deviendront risquent peu
d’avoir des problèmes. Ils auront de bonnes fondations, en
terme de construction.
en tant que parent et professionnel, il faut comprendre que
l’adolescent se pose toujours la même question : est-ce que
mes parents m’aiment tel que je suis ? la question est d’autant
plus pertinente lorsqu’il y a plusieurs enfants dans la famille.
Respecter le rythme d’un enfant, c’est lui donner toutes les
chances. si on se met à comparer les enfants entre nous, c’est
l’horreur. Tout comme si l’on demande à l’enfant d’occuper
une place qui n’est pas la sienne. Il est important de savoir que
l’enfant ne peut être que l’enfant de ses parents. Il ne peut pas
être le confident, le conjoint ou le thérapeute ! la juste place
de l’enfant est à revoir; en effet, il n’est pas rare que l’enfant
ne soit pas à sa place au sein de sa famille. À preuve, on voit
beaucoup d’enfants ou d’adolescents chefs de famille. Pour
l’enfant, pour l’adolescent, il est essentiel que la place qu’il
occupe soit la bonne, tout autant qu’il est important pour lui
d’être dans une famille où il y a des règles. l’enfant a besoin
d’interdits. Un enfant à qui on laisse tout faire se sentira profondément
seul.
« Nous sommes des parents formidables »
en tant que parents, on sait et on doit savoir que c’est avec
nous que nos enfants vont se construire : nous sommes donc
les meilleurs parents ! François Dolto avait bien dit que les
spécialistes allaient se bâtir un fonds de commerce sur le sentiment
d’incompétence des parents. et c’était en 1988… on
peut voir ce que c’est devenu aujourd’hui ! Méthodes, émissions,
sites internet, tout est développé sur cette impression
d’incompétence du parent.
les enfants grandissent dans un triangle : l’enfant, le parent, la
professionnelle. Ce triangle est d’une grande importance, pour
qu’il fonctionne, il faut qu’il y ait une confiance mutuelle entre
les parties. l’enfant doit avoir confiance en lui, les parents doivent
avoir confiance en eux, chacun doit faire confiance aux
autres pointes du triangle. Il faut que la professionnelle fasse
confiance au parent, mais les règles du jeu doivent être bien
claires ; iI est très important pour l’enfant et pour les adultes
de respecter le monde de l’autre. « Quelle est ma place dans la
famille? » se questionne l’enfant. Il pourra y répondre en fonction
des trois lois qui sont portées et apportées par la famille :
les lois sociales, les lois familiales et les lois individuelles. si les
lois sont incohérentes, l’enfant trouvera rapidement comment
profiter des failles et perdra sa contenance.
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
COLLOQUE
׉	Ú 7cassandra://bTGklSoP5dT-ApbCVglX1lj0HEAzTrIUivhz23JVaX0Í¼Í`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLå׉EÚTCinq mots clés doivent alors être gardés en mémoire : la compétence,
la confiance, la cohérence, l’interdit et la valorisation.
la question de l’interdit est liée la à notion de sanction, qui a
pour but de faire comprendre que l’adulte n’est pas d’accord
avec le comportement adopté par l’enfant. Ainsi, quelques
règles sont toutefois nécessaires :
la sanction doit être véhiculée par la personne à qui
s’adresse ce comportement un peu excessif.
la sanction doit être immédiate. l’enfant ne comprendra
pas si on le sanctionne aujourd’hui pour une bêtise qu’il a
faite la veille.
la sanction doit être juste et ne pas se tromper de « coupable
».
la sanction doit être proportionnée, en ce sens que l’on ne
peut pas punir de façon très excessive pour une toute petite
bêtise.
la sanction doit être expliquée. Pour que l’enfant puisse
accepter ce cadre, il faut lui expliquer cette limite, il faut
qu’il comprenne le lien qu’il y a entre la sanction et ce qu’il
vient de faire. elle doit également être réaliste. Cette notion
de sanction est essentielle, mais à la condition qu’elle fasse
sens par rapport à l’enfant.
on ne doit pas avoir peur que notre enfant ne nous aime pas
si on le sanctionne. De nombreux parents n’osent pas sanctionner
par peur de ne pas être aimé ; c’est le contraire qui
arrive, en autant que les critères précédemment mentionnés
soient respectés. le moment où les parents récupèrent leurs
enfants au service de garde est très significatif à ce égard :
si les adultes n’ont pas défini entre eux qui du parent ou
de l’éducatrice établit les règles le soir au service de garde,
l’enfant fera toutes les bêtises possibles, faisant avec son éducatrice
toutes les bêtises interdites à la maison, et avec ses
parents, ce qu’il n’a pas le droit de faire au service de garde.
en fait, le mot « autorité » partage ses racines avec le mot
« hauteur » : prendre de la hauteur, élever. Respecter l’enfant,
donc : aujourd’hui, maintenant, tel qu’il est. C’est ça, le
Re-connaître.
03
L’APPROCHE PIKLER-LóCzY,
GRANDIR AUTREMENT
Bernard MARTINo
Cinéaste documentariste • France
Après 65 ans de fonctionnement en tant que « pouponnière »,
telle que nous nommons ce type d’institution en europe, c’està-dire
un internat où sont accueillis des bébés et de très jeunes
enfants orphelins, abandonnés ou placés, l’Institut Pikler communément
appelé « lóczy » vient de se convertir en une
« crèche » accueillant en semaine et pour la journée des
enfants d’âge préscolaire qui vivent en famille. l’équivalent
donc pour le Québec d’un centre de la petite enfance. Rendue
quelque part obligatoire par l’évolution des mentalités
qui conduit à privilégier systématiquement l’accueil dans une
famille de substitution à l’accueil en institution, cette mutation
récente de l’Institut Pikler est intéressante à observer scrupuleusement
pour plusieurs raisons.
Tout d’abord cette approche innovante de la relation adulte /
enfant (avec la mise en lumière des besoins essentiels des
enfants et leur satisfaction pointilleuse par un adulte attentif,
le concept de soin global qui en découle et qu’elle fait
émerger, l’atmosphère ainsi créée qui se dégage du lieu, très
justement qualifiée de « thérapeutique » par Bernard Golse)
concerne désormais ipso facto la petite enfance en général et
non plus la seule enfance défavorisée, comme on l’a cru trop
longtemps.
Ce qui valait pour la pouponnière vaut toujours pour la crèche,
même si – les professionnels de nombreux pays qui réfléchissent
depuis des années et s’essaient à une transposition des
savoirs en ont fait l’expérience – l’expertise de la pouponnière
n’est pas automatiquement convertible dans l’organisation
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
65
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de la vie quotidienne en crèche. Une chose apparaît quoiqu’il
en soit évidente, que les premières images tournées dans la
crèche de Budapest mettent en exergue : ce que les femmes
détiennent là individuellement, mais qui se nourrit à la source
d’une longue expérience collective, c’est une qualité tout à
fait exceptionnelle de présence à l’autre, dans le « ici et maintenant
» ; c’est, au-delà d’un savoir-faire qui s’enseigne, un
« savoir-être » autrement efficient vers lequel on ne peut que
lentement cheminer.
la pouponnière n’existe plus et si l’on n’y prend pas garde,
quelque chose peut se perdre de cette connaissance unique du
bébé que les femmes avaient accumulée au fil des ans. Pour
l’instant, il n’y a plus de bébés de moins de huit mois dans la
crèche lóczienne alors qu’ailleurs, on trouve de plus en plus
de bébés de trois mois dans les crèches tant publiques que
privées. la pouponnière fondée par Pikler, en tant que cœur
d’une expérience vivante, a cessé de battre le 15 avril 2011 et
c’est une grande perte pour nous tous, mais, grâce à la crèche
qui la prolonge, quelque chose de fondamental pour tous les
enfants du monde continue à profiter à la trentaine d’enfants
qui l’investissent annuellement en compagnie de leurs parents.
Pour aller à l’essentiel, on peut dire que ce quelque chose de
difficile à cerner se caractérise, au nom de l’intérêt de l’enfant,
par une résistance tranquille à l’air du temps, placé sous le signe
de la vitesse et voué au culte de la performance. À l’Institut
Pikler, depuis l’origine, qu’il s’agisse des enfants de la pouponnière
ou de ceux de la crèche, le respect de la personne qu’ils
sont se décline sur tous les tons. Respect du temps qu’il leur
faut pour grandir en santé ; respect des étapes qu’ils doivent
franchir et respect des aptitudes et du rythme propre à chacun
pour qu’il y parvienne sans être contraint de les brûler.
Il faut être au quotidien sur le terrain de l’enfance, mesurer le
stress que les enfants ressentent face à des adultes déboussolés
et à un système qui les plie à ses contraintes, voir les
dégâts que cela occasionne sur le fonctionnement de leur psychisme
pour comprendre l’actualité d’un lieu tel que lóczy et
l’importance cruciale qui s’attache à la prolongation de son
activité sous une forme nouvelle.
Avec le relais d’une intense couverture médiatique, on entend
de plus en plus parler des droits de l’enfant dans les instances
internationales, alors même que partout, au quotidien, on
tourne de plus en plus le dos à ses besoins. À terme, on en
finirait presque par se demander si l’affirmation tonitruante
66
des uns ne masque pas la négation silencieuse des autres. on
finirait par croire inévitables les dégâts et accepter la réparation
vaille que vaille comme solution unique.
l’existence d’un lieu où se perpétue une gestion rassurante du
temps, une occupation sécurisante de l’espace par un adulte
disponible et attentif, sûr de ce qu’il faut faire et de ce qu’il
fait, nous rappellent sans cesse que les besoins primordiaux
de l’enfant sont incontournables et que le temps qu’il lui faut
pour grandir est un temps incompressible qui ne peut pas être
le temps qui reste. la prévention peut et doit être la règle,
alors que la réparation doit rester l’exception, pas l’inverse.
04
LA VALEUR LUDIQUE D’UNE AIRE DE JEU
sylvie MelsBACH
Psychomotricienne • Québec
observer chez le nouveau-né des gestes orientés vers des
objets atteste l’existence de circuits perceptivo-moteurs
précâblés, c’est-à-dire de connexions innées entre des stimulations
sensorielles spécifiques et des conduites motrices.
COLLOQUE
le développement moteur est lié à la mise en place de programmes
de base qui vont être enrichis et perfectionnés
au fur et à mesure de la maturation du système nerveux et
de l’expérience. en effet, bien que génétiquement prévue,
l’émergence de ces conduites motrices n’est possible que si le
milieu les sollicite, leur actualisation n’étant pas automatique.
l’exemple des enfants sauvages montre bien que sans modèle
ni sollicitation, la marche érigée n’apparaît pas.
Il faudra de nombreuses années de comportements exploratoires
et de recherches d’adaptation aux contraintes de
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
׉	Ú 7cassandra://U7rLLb4gD2SExbYQqwGiC_TnN14el3OuJC0dplL2nN8ÍæÍ`�ÌÝÍ �×W™ä°֓ÍLé׉EÚ•l’environnement pour que la motricité de l’enfant devienne
réellement efficace. Il s’agira donc dans les premières années,
jusqu’à six ou sept ans, non pas de faire acquérir des postures
ou des mouvements déterminés, mais de proposer des situations
d’explorations les plus variées possible pour permettre
aux enfants de développer une maîtrise croissante de leur
corps. le plus difficile étant d’offrir un environnement qui
sollicitera l’action spontanée de l’enfant en stimulant son activité
sans l’exciter ou entraver ses explorations.
C’est dans un univers adapté à ses besoins que l’enfant saura
s’engager dans des activités défiant ses capacités, développant
de nouvelles habiletés, exerçant de nouvelles compétences
et ultimement, atteignant de façon optimale son plein
développement. Dans des espaces où il pourra, à son rythme,
y découvrir sa sensorialité, organiser ses coordinations sensorimotrices
et ses habiletés motrices, explorer, découvrir et
conquérir toutes les dimensions de l’espace et de son espace,
libérer ses émotions et ses tensions.
Mais c’est à partir de son activité spontanée et en fonction
des transformations de l’environnement que provoque cette
activité qu’un enfant cherchera à reproduire l’action par répétitions
successives vers la construction d’une action motrice de
plus en plus volontaire, organisée et efficace.
De tels objectifs ne peuvent être atteints que si les équipements
et les aménagements des aires de jeu où l’enfant est
accueilli au quotidien permettent une liberté de mouvement,
sans contraintes et limites inutiles tout en offrant des défis
appropriés au développement des jeunes enfants. Ceux-ci
pourront alors prendre les risques nécessaires pour grandir
sans dangers. Plus un équipement de jeu ou une zone de
jeu offre de possibilités, plus il est complexe, plus il est donc
naturellement valable.
Un environnement qui pose un cadre de conduite clair et qui
apporte la sécurité, mais autorise la liberté motrice, c’est à cela
que doit répondre une aire de jeu pensée, réfléchie, sécurisée.
Au-delà des limites de l’espace, il y aura aussi l’attitude de
l’adulte qui accompagne. Alors puisque l’être humain possède
dès sa naissance un potentiel inné à se développer au contact
de son environnement, au lieu de stimuler constamment, si
les adultes passaient plus de temps à observer les enfants qui
jouent, ils pourraient sûrement mieux satisfaire leurs besoins
et leur offrir ce qui leur convient pour grandir.
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
67
Toutefois, il est primordial d’offrir des endroits où les adultes
pourront également jouer leur rôle, sans vivre dans la peur,
l’anxiété ou l’angoisse des accidents. Pour y arriver, la mise en
place d’un cadre de conduite est nécessaire, d’abord dans le
« contenant environnemental », mais aussi dans le contenu du
discours de l’adulte, qui doit être bienveillant, qui expliquera
clairement et simplement les exigences. Dans l’aire de jeu, tout
est balisé : « Vous pouvez sauter en bas, vous suspendre, glisser
à plat ventre et c’est à cet endroit, seulement là, que ça se
passe. » Dans cet encadrement, l’enfant pourra alors exprimer
sa liberté, une liberté accompagnée par des adultes qui se
seront éloignés de la peur, ce sentiment qui freine et handicape
les enfants dans leur propre démarche d’apprentissage.
Parce qu’elle exige de lui une trop grande énergie, cette envahissante
angoisse de la sécurité excessive empêche l’adulte de
faire et de laisser-faire, ce qui devient un obstacle important à
l’épanouissement même des enfants.
l’environnement physique, tout comme l’environnement
social et les relations interpersonnelles, a une influence directe
sur le développement de l’enfant et l’attitude de l’adulte. Il
est nécessaire pour toute collectivité de penser ses environnements
de jeu en regard d’une réponse aux besoins, aux potentialités
et aux compétences des jeunes enfants. Pour ce faire,
ces environnements doivent tenir compte des particularités de
ceux-ci dans leur façon d’aborder le monde, de se connaître et
se reconnaître à travers les expériences sensorimotrices qu’ils
vivent. Ainsi, on pourra donner sens à la place des tout-petits
dans la société et les outils d’accompagnement nécessaires
pour les adultes qui cheminent jour après jour à leurs côtés.
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CoNCoUR s D e PHoToGRAPHIes
UN REGARD SUR L’ ENFANT
l’organisation du Colloque a ouvert la voie à la tenue d’un concours de photographies, lancé dès juin 2011 à travers la
Montérégie. Profitant des quatre saisons et de toutes les couleurs qui peuvent y éclore, les parents et les membres du Regroupement
ont accepté de se prêter au jeu de l’objectif et de poser un regard sur l’enfant et sur son monde. Thématique du regard,
thématique de l’enfant… Ce concours de photographies a permis de témoigner de la beauté de l’enfance.
Aussi touchantes les unes que les autres, 351 photographies ont été soumises aux membres du jury, trois personnes qui ont eu
la difficile tâche de choisir :
le photographe de presse Ivanoh Demers a accepté d’assumer la présidence du jury. largement reconnu pour la qualité de
ses photographies, monsieur Demers a été plusieurs fois primé dans le cadre de ses reportages. le jeune garçon haïtien qu’il a
photographié quelques secondes à peine après le tremblement de terre de janvier 2012 a fait le tour du monde dans les heures
qui ont suivi le drame. Il a également remporté le prix de la meilleure photographie de reportage lors du 23e
gala du Concours
canadien de journalisme tenu en avril 2012 à Toronto. le RCPeM a pu compter sur les grandes qualités de cœur et d’esprit de
madame Isabelle Lizée, responsable du module vie associative et formation au Carrefour Action Municipale et Famille, et de
monsieur Steve Fontaine, coordonnateur du marketing et événement à la Fondation Lucie et André Chagnon, pour compléter
ce jury prestigieux.
les quinze prix et deux mentions spéciales ont été dévoilés le samedi 5 mai 2012, lors du Colloque.
les 351 photographies soumises dans le cadre de ce concours ont pu être vues et appréciées tout au long du Colloque, de
même qu’elles serviront au fil du temps à illustrer l’une ou l’autre des productions du Regroupement des centres de la petite
enfance de la Montérégie, qui se fera un grand honneur de les utiliser.
68
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
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1
1er
er
prix
2
prix : « FIERTÉ » ••• stéphane Thellen, parent au CPe Abracadabra
3
prix : « DoUCe MÉlANColIe » ••• Brigitte Baraby-Larose, éducatrice au CPE Domisol • Pour la technique parfaite de la
photographie où notre regard est irrépressiblement attiré par le regard de cet enfant qui pose un million de questions, qui attend
quelque chose et qui, de façon intangible, nous interpelle.
2e
3e prix : « PAs DRôle » ••• Caroline laflamme, éducatrice au CPe de saint-luc
CATÉGORIE L’ ENFANT, UN ÊTR e D e R el ATIoN s
1
1er
er
prix
2
prix : « INsÉPARABles » ••• Vicky Larin, éducatrice au CPE Mon Monde à Moi • On y voit
des enfants de dos, mais la relation entre eux est évidente; ils se donnent la main, on imagine
la discussion et la complicité qu’ils peuvent avoir. Une excellente technique et une composition
efficace.
2e prix : « DANS LES YEUX » ••• Vicky larin, éducatrice au CPe Mon Monde à Moi
3e prix : « LA BANDE DES QUATRE » ••• louise Mandeville, directrice du CPe la Petite semence M
Mention spéciale du jury : « lA VIe DeVANT soI » ••• Caroline laflamme, éducatrice au CPe
de saint-luc
L’ENFANT un monde à RE-CONNAÎTRE
69
3
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COLLOQUE
1
er
prix
2
3
1er prix : « lA MARCHe De l’AlGUe » ••• Caroline Laflamme, éducatrice au CPE de Saint-Luc • Techniquement impeccable,
offrant des couleurs parfaites, il y a dans cette photo quelque chose qu’on ne voit pas, mais que l’enfant voit, sans aucun doute.
2e
prix : « ÉlÉGANCe » ••• Carole Mondor, directrice du CPe ses Amis
3e prix : « NoAH lIT les INsTRUCTIoNs » ••• Karine Abdel, parent au CPe les Mousses du Mont
CATÉGORIE L’ ENFANT, FIER DE SA FAMILLE
2
1
1er
er
prix
3
prix : « ReGARDs » ••• Émilie Auclair, éducatrice au CPE Domisol • Tout va bien dans cette famille, les regards échangés
traduisent la complicité, l’humour, la fierté, la joie de l’enfance et la tendresse de la plus grande face aux petits !
2e
prix : « CIel eT RACINes » ••• Caroline laflamme, éducatrice au CPe de saint-luc
3e prix : « Mes soeURs » ••• luc loiselle de longueuil
70
ACTES DU SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
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3
1
1er
er
prix
2
prix : « le DRoIT CHeMIN » ••• Martin Filion, parent au CPE Les Trottinettes • Au-delà d’une
technique parfaite, tout dans ce moment de vie est pensé pour le bien-être des enfants. la chaleur
du lien est évidente et on y sent presque la tarte aux framboises que mamie va servir au souper !
2e
prix : « PeTIT TRÉsoR » ••• Brigitte Baraby-larose, éducatrice au CPe Domisol
prix : « AUX PETITS SOINS » ••• Brigitte Baraby-larose, éducatrice au CPe Domisol
Mention spéciale du jury : « MATeRNel » ••• Caroline laflamme, éducatrice au CPe de saint-luc
3e
M
FICHES D’ACTIVITÉS
de réinvestissement sur le Programme éducatiati
Fruit du travail accompli au fil des ans par les conseillères pédagogiques
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Programme éducatif, guidées par des réflexions approfondies sur l’enfant et sur le rôle de
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rl’enfantet
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pédagogique dans un service de garde ou un bureau coordonnateur.
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éducatif incluant 3 DVD sont disponibles au RCPEM :
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71
érégie cet
du
NOUVEAU
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LE SYMPOSIUM ET COLLOQUE INTERNATIONAL 2012
UN RENDEZ-VOUS PETITE ENFANCE MÉMORABLE
pour 28 conférenciers et 1 506 participants
ÉVÉNEMENT S.O.S PLANÈTE
Une gestion
ÉCO-RESPONSABLE
C’est avec beaucoup de fierté que le Regroupement des centres de la petite enfance de
la Montérégie (RCPEM) a accueilli les participants et les conférenciers dans le cadre d’un
événement qui s’est distingué par sa gestion éco-responsable, un événement « S.O.S.
Planète ». En collaboration avec l’Hôtel des Seigneurs de Saint-Hyacinthe et la participation
de son Comité Vert l’Avenir, le Regroupement a organisé le Symposium et Colloque
international 2012 dans une perspective de développement de société viable et de
développement durable.
La gestion écologique de cet événement a contribué, de manière responsable, à
l’atteinte des objectifs du plan de gestion des matières résiduelles que le gouvernement
du Québec s’est assignés. Quant à la plantation d’arbres pour compenser les gaz à effet
de serre produits par les déplacements des participants et des conférenciers, elle
représente pour le RCPEM un engagement tangible en faveur du respect du protocole
de Kyoto.
L
72
L
SOS PLANÈTE
C
O
O
Q
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Í`�ÌÝÍ �×W™	ä°֓ÍLö׉EÚLE SALON DU LIVRE, UN LIEU DE RENCONTRE ET D'ENRICHISSEMENT
Ils nous ont parlé et fait réfléchir tout au long du Symposium et Colloque international, et presque tous, ils ont aussi écrit, un
jour ou l'autre ! Pour que leur réflexion puisse se poursuivre et être approfondie dans nos milieux respectifs une fois l'événement
terminé, le Regroupement a offert aux participantes l'occasion de se procurer leurs ouvrages : livres, films ou revues étaient
disponibles aux stands du Salon du Livre. Ce fut un moment pour bouquiner et pour faire signer les auteurs !
SE RETROUVER EN ÉQUIPE…
Les équipes inscrites au Banquet se sont retrouvées pour un repas et une soirée de danse dont on se rappellera longtemps. C’est
avec brio que DG Abeille, Jean-François Gagnon et Patrick Lalancette ont fait bouger 739 personnes jusqu’aux petites heures
du matin. S’arrêter pour prendre le temps de vivre ensemble un moment festif entre collègues contribuent à tisser les liens et à
enrichir les équipes de travail.
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Le succès d’un tel événement réside dans l’engagement d’une équipe, dans l’implication de professionnelles du milieu,
dans le partage de visions, la mise en commun d’expertise… Dans le cadre du Symposium et Colloque international 2012,
le Regroupement a su s’entourer d’une équipe exceptionnelle, merci à chacune et à chacun d’entre vous !
••• Jean-François Beaule •••
••• Nathalie Blouin •••
Chantal Bellavance •••
Naïma Boumedine •••
Cécile Hanna •••
••• Sylvain Duquette ••• Cloé Émery Brassard •••
••• Johanne Gauvin •••
••• Cassandra Letartre •••
••• Sylvie Martel •••
••• Céline Ricard •••
••• Annie Tremblay •••
Sylvie Melsbach •••
Réjean Robin •••
Lucie Veilleux •••
Jocelyne Bernier •••
Josée Charette •••
Thérèse Émery •••
Julie Brassard •••
Manon Cardinal •••
Charlotte Bergeron •••
Manon Ferland •••
Diane Héroux-Jean ••• Carole Leclerc •••
Annie Rodrigue •••
Laurent Verville
Josée Leroux ••• Annie Marcotte ••• Julie Marois (RCPEM) •••
Johanne Pelletier •••
Claudette Pitre-Robin •••
Lise Rosa ••• Patrick Roy •••
Monique Legros
Loïc Côté ••• Josée Dumoulin •••
France Bertrand
Anik Dupuis
Pierre Gagnon ••• Mélanie Gauthier
•••
Brigitte Lépine
Julie Marois (CPE Rayons de Soleil)
Nathalie Quintin •••
Nathalie Sapina •••
Danielle Renaud
Karine Tétreault
NOUS REMERCIONS CHALEUREUSEMENT
l’équipe du Centre des Congrès de St-Hyacinthe qui s’est particulièrement démarquée.
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LE COFFRET DE DVD INTITULÉ LÓCZY VU PAR...
Miriam David, Maria Vincze, Judit Falk, Geneviève Appell et Anna Tardos
LES PARTENAIRES
DU SYMPOSIUM
ET COLLOQUE
Un événement qui accueille 1 506
personnes sur trois jours ne peut se
réaliser sans l’apport incontournable
de partenaires. Le Regroupement des
centres de la petite enfance de la
Montérégie est reconnaissant d’avoir
bénéficié de la confiance et du
précieux soutien de ses partenaires :
Devant l’expression des intervenantes et éducatrices à la petite enfance d’une réelle
avidité de mieux connaître l’approche piklérienne, le RCPEM a souhaité trouver les
meilleures façons pour leur faire profiter de la richesse de cette dame exceptionnelle
qu’était Emmi Pikler.
En collaboration avec l'Association Pikler Lóczy - France, le RCPEM a ainsi conçu et
réalisé un rêve : celui de capter, en images et en mots, le témoignage de cinq femmes
exceptionnelles qui ont côtoyé et partagé le quotidien d’Emmi Pikler. Myriam David,
Maria Vincze, Judit Falk, Geneviève Appell et Anna Tardos ont ainsi accepté de se
prêter à l’expérience et de livrer un peu d’elles-mêmes au cinéaste Bernard Martino à
qui le mandat a été confié. Des cinq femmes dont le cinéaste a su capter le regard, les
souvenirs et leur passion encore bien vive pour l’enfance, trois ne sont plus de ce
monde.
Regroupées dans un coffret intitulé « Lóczy vu par… », les entrevues de ces femmes
incomparables constituent le témoignage d’une époque encore bien vivante, en
interpelant quiconque croit que le respect de l’enfant est à la base de toute intervention
pédagogique. Chacune parle de l’Institut Pikler avec circonspection, pesant
chaque mot, abordant la réussite d’avoir fait exister pendant plus d’un demi-siècle ce
« haut lieu d’humanité ». À travers le regard que portent Myriam David, Maria
Vincze, Judit Falk, Geneviève Appell et Anna Tardos sur l’Institut, sur sa fondatrice et
sur l’avenir de la crèche, on perçoit clairement que la place de l’enfant est centrale
dans tout geste éducatif que l’on pose sur lui.
Le coffret de DVD « Lóczy vu par… » est en vente au RCPEM. Il est disponible en
version NTSC pour l'Amérique du Nord et en version PAL pour l'Europe.
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- Centre des Congrès de St-Hyacinthe
- AON Hewitt
- Cain Lamarre Casgrain Wells
- Les producteurs laitiers du Canada
- Amigest
- Éric Le Peintre
- Institut de Saine Gestion
- Assurances Andrée Bernier & Filles inc
- Samajam
- Imaginéo
- William Coop
1 506 fois merci !
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ä°֓ÍLý׉EÚ 9Notre équipe est fière
d’avoir collaboré au succès
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ä°֓ÍLþ׉EÚ¾Participant au Symposium et au Colloque international 2012
le CPE L’APPRENTI SAGE
est l’heureux gagnant d’un prix de
6 000$
Ainsi le CPE pourra faire repeindre gratuitement
aux couleurs de son choix 5000 p2
par un peintre spécialisé en CPE.
Pour un travail minutieux appelez Le Peintre nocturne, spécialisé en CPE, au
514.815.3457
Le RCPEM remercie Éric Le peintre, fier partenaire grâce à qui cette remise de prix a été possible.
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Tél. : 450.672.8826
Téléc. : 450.672.9648
www.rcpem.com cpemonteregie@rcpem.com
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